« Les un an »

 

On ose à peine l’écrire. Pourtant, on ne perd jamais une occase de l’annoncer haut et fort (hein ? de « les » annoncer pardon). Il n’est pas jusqu’à la télévision française qui ne revienne sur « les un an » d’existence d’un parti, par exemple. Vous voteriez pour, vous ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Fêter les deux ans du petit dernier, les trois ans du blog voire les cinq-cent-vingt-sept ans de mariage de Lucette et Marcel (noces de béton armé, pour ceux que ça intéresse), tout à fait bonnard. Mais de grâce, ne prévoyez rien pour « les un an » de quoi que ce soit, ou la colère divine pourrait s’abattre sur vous.

Evidemment, « le premier anniversaire » a une gueule de premier de la classe, à côté. Plutôt injurier la grammaire qu’aligner des syllabes à n’en plus finir, c’est bien connu.

 

Les tenants des « un an », inarrêtables, étayeront leur ignominie par l’argument suivant : étant donné qu’on a déjà fêté « les six mois », repasser par le singulier ne revient-il pas à prendre le toboggan à contresens ? Remémorez-leur le jour où ils avaient fêté « les un mois », pour rire.

Il faut dire que un est à la fois adjectif cardinal (le premier d’une longue série d’entiers) et article indéfini (au féminin une). D’ailleurs, conviez les poteaux aux une année d’un événement quelconque et observez comme la pilule ne passe déjà plus de la même manière : ils déclineront l’invitation les uns après les autres.

 

Certes, « le + un » pique les yeux. M’enfin quoi, se rabaisser à dire « l’an » ? A la guerre comme à la guerre, « les + un », au moins, augure d’une suite. Et tant qu’y’a de la vie, y’a de l’espoir, c’est bien connu derechef.

Dans la même logique, « les un quart de siècle » n’aura pas lieu de résonner puisque la prochaine étape sera le demi-siècle et non deux quarts tout juste bons à attendrir les matheux pur sucre.

 

Les éphémères, eux, préfèrent clamser sitôt leurs « un jour » passés. On les comprend.

Merci de votre attention.

 

Antoine II Caunes

 

Il nous avait laissés en plan pour des raisons qui lui appartiennent, il revient d’entre les morts et ça le regarde derechef. On le regarde derechef vu qu’il nous appartient un petit peu, Antoine de Caunes.

Le Grand Journal se suivait jusque-là d’un œil distrait. Michel Denisot, autre figure du Canal historique, y questionnait ses invités les bras croisés avec le mordant d’une fine de claire. De temps en temps, il se tournait vers la caméra. Ça se passait sans nous.
Depuis que le goguenard a repris la barre, on revit. Il n’aura pas fallu trois jours.
Résurrection mais pas révolution : même plateau, même déroulement, quasiment les mêmes intervenants. On devine toutefois, aux regards amusés du Jean-Michel Aphatie, au vibrionnant et mimétique hommage à Didier Lembrouille dès la deuxième émission par Doria Tillier (plus miss que météo), que la requinque est unanime.
Papa est là, faisons-lui la fête.

Le plus anodin lancement, la moindre transition, c’est impalpable mais ça secoue. Toujours familier, toujours inattendu. Et quand un invité fait référence « au journal Le Monde pour ne pas le citer », qui est-ce qui le coupe aussitôt, relevant la prétérition moitié khoûillon moitié pince-sans-rire, avant de filer la vanne sur toute l’émission ?
Impensable sous Denisot, désolé.

Comme il le souligne lui-même, il y a quelque chose d’étrange à penser que les boutonneux de maintenant ne connaissent de l’intéressé que des pitreries de best of, témoignages mille fois rediffusés de l’« esprit Canal » période Nulle part ailleurs. Ces bleubites ignorent tout de l’interviewer au quart de tour et du ciseleur de mots, partagé entre absurde et pipi-caca assumé. Ils peuvent désormais combler cette lacune en direct. Pour un peu, on les envierait.
Rappelons qu’en 2007, c’est lui et personne d’autre que la quatrième chaîne vient tirer de sa retraite volontaire pour aller cuisiner Paulo de passage à L’Olympia. Petit Scarabée face au Grand. Antoine déconne et les superstars jouent le jeu. Même sa prononciation anglaise de Prisunic nous avait manqué.

 

De Caunes aborde la soixantaine. Outre que le temps n’a pas prise sur lui que c’en est passablement énervant, c’était aussi l’âge de Philippe Gildas au moment de quitter NPA. Autre siècle. Manifestement, le fils caché est resté frais comme un gardon.
D’ailleurs, dès son coucou liminaire, l’a pas pu s’empêcher d’évoquer un « monstre de Basse-Bretagne » que tout le monde aura reconnu à ses extravagantes esgourdes, photomontage à l’appui. Il a pris son air de sacripant et c’est comme si tout le monde s’était quitté la veille. Ne manquait que la moue déconfite de Gildas, celle d’il y a dix-huit ans.

Laps durant lequel le gus n’aura, de son propre aveu, « pas fait grand-chose » à part du cinéma et deux-trois cérémonies pour récompenser les collègues d’adoption.

Dis, tu nous refais plus ça, hein ?