Jouer le jeu

 

Les acteurs passent leur temps à jouer. Les spectateurs ne peuvent que les regarder faire. Il est donc grand temps d’agir.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Théoriquement, n’est acteur que celui qui agit. S’extasier devant son jeu, c’est être à côté de la plaque. Plus on voit qu’il joue, moins bon est l’acteur. Observez un vincentlindon, une isabellecarré ou un depardieu hors d’âge : ils ne jouent plus, ils sont. A la rigueur, ils incarnent leur personnage. Mais « César de la meilleure incarnation », ç’aurait fait ectoplasme. Acteur est plus parlant, y compris dans le muet, où l’on surjoue à qui mieux mieux.

 

Au moins, dans les autres arts, le verbe colle à son sujet sans chichis. Les sculpteurs sculptent, les peintres peignent et les écrits vains. Musiciens ? Comme les acteurs : toujours partants pour jouer. Jamais pour « musiquer », vous pensez bien.

 

On n’est pourtant pas fou : l’acteur sur les planches enchaîne bien les actes. Chose totalement assumée dans la langue de Shakespeare : to act, voilà en quoi consiste le métier d’actor. La « pièce » dans laquelle il joue prend cependant le nom de play. Dont acte.

Et dire qu’on demande à certains acteurs de « jouer leur propre rôle ». Il y a de quoi devenir schizo, pardon.

Les théoriciens de la distanciation se la joueraient moins s’ils enseignaient comment agir. Plus tripal, non ?

 

Pourquoi zalors nous cassâmes-nous la nénette à former le mot acteur ? Sans doute par opposition à spectateur, lequel se contente d’être au spectacle. De là à dire qu’il « specte », un peu de respect.

 

Quant au terme générique de comédien, c’est une tragédie. Qu’il s’agisse de comédie ou de tragédie, on s’accorde à dire qu’il « joue la comédie ». N’entrons pas dans ce jeu-là.

Merci de votre attention.

 

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Carrément

 

« Avec joie », « bille en tête », « pissaladière », on hésite encore sur le prochain sens de carrément. N’hésitez pas à proposer le vôtre. Le gagnant recevra tous les billets de ce blog en avant-première. Carrément.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Difficile de trouver un équivalent potable à cet adverbe épatant. Selon qu’il habille un verbe ou une épithète, seuls « même », « aller jusqu’à » ou « ne pas hésiter à » lui parviennent à la cheville. Carrément dingue quand on songe que carrément est construit sur carré. Essayez avec d’autres quadrilatères.

Quant à savoir pourquoi carrément en est venu à signifier carrément, ce n’est pas qu’on n’en ait rien à carrer mais c’est son futur qui nous tarabuste.

 

En devisant avec votre prochain, vous aurez noté qu’on est – sans raison apparente – passé de carrément le terrible à carrément l’imbécile heureux.

Jusque-là, l’option était radicale :

il l’a carrément giflée.

Version branchée, carrément se contente d’approuver au superlatif :

– Tu viens ?
– Carrément !

Comme si la chose requérait une audace folle.

Dans la même veine, pourquoi pas « excessivement » ou « trop » ? Ah, on nous signale que « trop » est déjà concerné.

 

Tout porte à croire que le pedzouille ayant inauguré la formule pensait plutôt à « et comment ». Et que, faute de vocabulaire, par rapprochement phonétique, il s’en est pris à carrément.

Symptomatique d’une époque où surjouer c’est exister. Comme on ne cesse de le baver ici même, c’est la langue que nous chargeons de ressentir à notre place. Et une langue chargée, c’est signe qu’on ne va carrément pas bien.

Merci de votre attention.