Le tube de l’été

 

Si vous avez pensé crème solaire, votre innocence vous honore. Parce qu’à chaque solstice, c’est la même limonade : le tube de l’été retentit ad nauseam. Aucun souvenir de celui de l’an dernier ? Vous le faites exprès, c’était le même que les quinze étés précédents.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Le tube de l’été est calibré pour plaire au plus grand nombre. C’est-à-dire à personne en particulier. Bien pour ça qu’il s’auto-légitime « incontournable » : impossible de passer à côté, littéralement.

Le tube. Comme s’il n’y en avait qu’un, déjà. Que tout le monde reprendrait en chœur et en schlappas, à la faveur de la mollesse moite – ou de la moiteur molle – des mois chauds. La moutonnerie à son maxi.

De l’été. Comme si les autres saisons étaient pauvres en tubes. Il est vrai qu’on ne parle jamais du « tube de l’automne ». Encore moins de celui des premières neiges. Ce qui signifie que le reste de l’année, les tubes pleuvent. C’est bien simple, on ne sait plus où donner de la tête. Heureusement, en été, on décide pour nous.

 

Voyez le peu de cas que l’on fait du vacancier standard. Est-ce à dire que le farniente en ferait un décérébré ? Pas s’il l’est déjà.

D’ailleurs, il n’est de tube de l’été qui ne se danse. Non chorégraphié, c’est le bide assuré. Modèle estival, celui qui carbure à la bière.

 

Musicalement, l’intérêt du tube de l’été avoisine celui d’une sonnerie de téléphone dans un ascenseur pour chiens. Outre la chose, c’est le mot lui-même qui donne des boutons. Et toute résistance est suspecte puisqu’il est établi que « ça va faire un carton sur les plages ».

On peut préférer la montagne.
Et se curer les oreilles au son de tubes intemporels.

Merci de votre attention.

Pourquoi assurer le gros du déménagement lorsqu’autrui n’en fout pas une rame ?

 

Tout le monde est habillé en sale. Comme endimanché mais dans l’autre sens, d’ailleurs c’est samedi. Les coreligionnaires ainsi accoutrés se révèlent parfois sous un jour inattendu, notamment lui là, que vous ne voyiez pas si costaud, sans parler de la petite voisine qui jusque-là ne payait pas de mine.

Le temps de maudire sur dix-neuf générations les dégonflés de dernière minute et vos manches se retroussent toutes seules. Vous partez à l’assaut de l’encombrant comme du fragile, confiant dans la bonne volonté des personnes présentes. Qui toutes, a priori, ont signé pour en chier.

Sauf qu’indépendamment du degré de préparation de la manœuvre, vous êtes tombé dans ce qu’il est convenu d’appeler un déménagement de merde. A savoir que la suée royale qui vous brouille la vue est inversement proportionnelle au foulage de rate des autres. Même le grand costaud ne vous est d’aucun secours.
Redoubler d’efforts n’arrange rien : on vous regarde faire, muet d’admiration dans le meilleur des cas, dans une loquace indifférence le plus souvent.

demenager2

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en bénévole civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Glissez-vous discrètement dans le frigo. En votre absence, une paire de tire-au-flanc finira bien par se couper les doigts à votre place. Leurs ahanements tout proches vous feront savourer votre vengeance comme un plat qui se mange de la même froidure que celle, résiduelle, de l’habitacle.

♦  Personne fors vous-même n’a encore soulevé un traître carton ? Repérez celui marqué SALLE DE BAIN, confiez-le à un membre de la cantonade qui le videra spécialement en vue de la bonne douche que vous allez vous offrir. Après quoi il réempaquètera soigneusement le nécessaire de toilette ayant à peine servi. La feignasse aura fini par se rendre utile et vous vous sentirez ragaillardi à double titre.

♦  Quoique sans limite, la force d’inertie n’incommode jamais ceux qui en font montre. A l’instar du judoka, retournez cette force à votre avantage. Placez deux ou trois individus bien à plat pour caler le chargement, au lieu des couvertures et sangles habituelles. Sinon pissage de sang, du moins estafilade, ces dernières vous auraient de toute façon cherché noise, compromettant gravement la suite des opérations puisque c’est vous qui vous tapiez tout depuis le début.
Dans la foulée, accroupissez-en un au hasard, chaussez-le de patins à roulettes puis commencez à le charger dans cette position. Il fera un excellent deuxième diable.

♦  Entamez à l’écart du groupe la danse de la pluie. Mais attention hein, allez-y franco. Lorsque les nuages s’amoncelleront au loin, incitez votre monde à mettre les bouchées doubles afin de terminer avant le déluge. Changement de braquet garanti.
Si vous avez mal calculé votre coup et que l’orage frappe trop tôt, pas de panique : tout le monde à la douche. Voisine comprise. Cette désastreuse journée pourrait se transformer en souvenir radieux.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.