Document

 

Tégument, cette « couverture » pour initiés, provient du verbe latin tegere (participe tectum) dont les préfixes ont lancé la carrière française (pro-téger et d’autres que vous dé-tecterez tout seuls). Docere (participe doctum) a donc accouché de document. Et aussi de docteur, pas besoin de se documenter bien loin.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Et zieutons les abréviations : dans l’intimité, document et documentation deviennent bien un ou une doc ; idem pour le médecin de famille. Documentaire a droit à « docu », pour pas confondre. Documentariste n’a pas de petit nom en revanche – sauf JP, dans l’éventualité où il s’appelle Jean-Pascal.

Docere, donc, signifie « enseigner, instruire » comme nous l’enseigne l’indo-européen deik (« montrer »), qui laisse derrière lui pas mal d’indices : latin dicere (« dire »), discere (« apprendre »), vieux grec didaskein (« enseigner, instruire » derechef), à l’origine de didactique et des didascalies chères aux théâtreux.
Il va sans dire que le disciple d’un docte professeur avalera sa doctrine docilement.

 

Quant à l’« enseignement » que constitue le document, il prend généralement la forme d’un papelard, à la limite du quelconque :

un document.

Ou au contraire, d’un trophée à la limite du scoop :

un document.

Auquel cas on lui fourgue l’adjectif exceptionnel, voire unique si on est à court (ou à jardin, selon la didascalie).

 

Attardons-nous zenfin sur -ment, suffixe interchangeable avec son compère -men. Il aurait donc suffi d’un rien pour que la face de cérumen ou de légume changeât du tout au tout.
Si vous venez de prendre pour vous « légume » ou « face de cérumen », vous êtes de sacrés spéciments.

Merci de votre attention.

 

Consulting

 

C’est des coups à se cloîtrer chez soi : plus moyen de faire un pas dans la rue sans tomber sur un cabinet de consulting. Il semble que ces sociétés de conseil aient pignon sur ladite depuis un mini-quart de siècle. Pompé au monde anglo-saxon toujours à la pointe du flan de l’image, le consulting se targue en gros d’améliorer la stratégie des boîtes qui ont les moyens. Concept à faire dans sa culotte si le terme itself ne jurait autant dans le paysage linguistique.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Les gens qui pratiquent ce beau métier vendent donc leurs services à qui le demande, à l’instar des toubibs dans une autre branche. Rien à voir toutefois avec une consultation obligeant à faire aaah et à tousser sous la menace d’un stéthoscope tout froid : les consultants ne palpent que votre pognon. Pourquoi diantre ces spécialistes indépendants ne se font-ils pas appeler conseillers, comme le suggère la moins mauvaise traduction de l’anglais consultant ? Soyons sérieux, s’agit de rester nébuleux. On bombardera consultant le moindre sportif reconverti en… commentateur, je vous rappelle.

Curieux hein, ce besoin immémoriel de s’en remettre à quelqu’un pour s’entendre dire ce qu’on sait déjà (conjonction de fièvre et courbatures = grosse grippe) ou pire, ce que personne ne peut savoir (conjonction de Vénus et Mars = grand malheur).

 

Il va de soi que prononcer à la française un suffixe 100 % anglais derrière ce radical commun accentue grandement le toc de la chose. Et parking alors ? Pas pareil : le seul équivalent à n’avoir pas le cul entre deux côtes était aire de stationnement. Y’avait point photo.

Allez, sur l’échelle du ridicule, consulting ne culmine pas moins haut que « stationning » ; c’est mon avis et je le partage. Et pour peanuts en plus.

Merci de votre attention.