Comment faire avouer à un magicien qu’il n’est pas magicien ?

 

Vous savez qu’il y a un truc. Et lui sait que vous le savez.
Ça ne l’empêche pas de passer consciencieusement les mains au-dessus de son attirail pour prouver qu’il n’est pas truqué.

Comme tous les moutons dans la salle, vous vous faites à cette idée. Mais votre for intérieur, toujours alerte, aura rectifié pour vous : ce n’est pas truqué à cet endroit-là.

A vrai dire, ce que vous trouvez fortiche est moins le tour en lui-même que la dissimulation du mécanisme. Si bien qu’à cet instant, vous assistez à tout sauf de la magie. A moins de considérer comme « magique » ce qui relève de l’inexpliqué. Auquel cas la khônnerie en tant que forme ultime de sorcellerie est promise à un bel avenir.

Votre « magicien » lui-même est certainement un peu atteint. Il lui suffirait de dévoiler ses trucs moyennant double tarif pour se changer les khôuilles en or – et ce ne serait toujours pas de la magie.

 

Publicité mensongère, donc. « Illusionniste » serait plus juste. Ou « prestidigitateur » à la rigueur, dont l’assonance rappelle celle d’abracadabra et qui, étymologiquement, vante simplement un individu preste de ses doigts.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en cartésien civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Lorsque le « magicien » vous demande de choisir une carte, prétextez une phobie des cartes. Toujours plus rationnel que de jouer aux devinettes.

 

♦  Au moment de couper l’assistante en deux, exigez que la manœuvre soit exécutée hors de la boîte, afin de bien prouver que la scie n’est pas truquée.

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♦  En coulisse, remplacez les colombes par des lapins. Ceux de départ, changés en d’autres lapins, apporteront une dimension tout aussi poétique (sinon plus) que l’oiseau de paix.

 

♦  Depuis Houdini, se défaire de ses chaînes en milieu hostile n’est qu’une formalité. Mettez le « magicien » à l’épreuve en l’encerclant de khôns de compétition dont il devra se débattre. Laissez-lui le temps qu’il faudra.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Jusqu’où s’arrêteront-ils ?

 

Fabricants d’électro-ménager, constructeurs automobiles, machinistes œuvrant globalement pour notre feignantise bien-être au quotidien, sauf votre respect, vous surchauffez du bulbe. Exactement comme les engins issus de votre savoir-faire.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Nous sommes d’accord, depuis que le petit déj est petit déj, le grille-pain est réglé de telle sorte que vos tartines croustillent juste ce qu’il faut dans leur habit mordoré. Soit, grosso modo, à la moitié des capacités du bidule. La notice confirme qu’au-delà de 3, vous les exposeriez aux flammes de l’enfer. A 6, aucune chance d’en réchapper : c’est du carbone.
Autant dire que vous avez payé plein pot pour un compagnon du matin au design certes agréable et aux couleurs pimpantes mais à demi-inexploitable. On ne portera pas un toast à pareille aberration. La logique voudrait que vous le rameniez au magasin et exigiez la ristourne correspondante.

 

Quant au frigo, une fois manipulé le thermostat en tous sens pour voir si c’est vers là ou vers là qu’il fait plus froid, mettez-le donc au taquet ; cryogénisation assurée. Une semaine de courses bonnes à jeter aux ordures.

 

Sitôt quignons et yoghourt avalés, vous filez au turbin. A moins de subir vos semblables dans les transports en commun ou d’y aller à peton, vous grimpez dans titine. Et qu’avez-vous sous le nez ? Un compteur de 0 à 180, 220 voire 240. Pourquoi pas Mach 1 ? On est plus vite rendu.
Avouez que même très très très en retard, avec une parturiente perdant les eaux sur le siège passager ou toute autre urgence nécessitant de rouler à tomber ouvert, vous n’atteindriez pas le 180. Ne serait-ce que parce qu’aucune route dans ce pays ne tolère plus de 130 km/h.
Quel intérêt de proposer une possibilité technique sans possibilité matérielle (le lambin de devant) et encore moins légale (le code de la route) ?

Le pognon.

A l’évidence, les constructeurs sont de mèche avec les forces de l’ordre. Tentation de l’excès de vitesse constamment à la vue = caisses de l’Etat renflouées en permanence.

 

Passons sur le volume de votre chaîne hi-fi qui, poussé à fond, décollerait tympans et papier peint, faisant de plus belle marcher le petit commerce et les affaires de votre ORL.

 

Vite, des seuils qui ressemblent à quelque chose ! Sans quoi nous pleurerons bientôt sur notre dernier kopeck.

Merci de votre attention.