« Déroulé »

 

Un nombre croissant de quidams se targue, sans mauvaise intention particulière, de revenir sur le « déroulé » des événements. Et déroule sa phrase sans jamais être inquiété. Inquiétant, non ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

A l’intention des mous du système limbique qui ne verraient pas le blème, appliquons aux cousins de dérouler la même géhenne. Pardon d’avance, les couz, ça risque de piquer un peu.

Ecouler → écoulement, ça coule de source. Un « écoulé » aurait l’air de quoi, je vous le demande ?
Quant à l’articulation de l’acteur, on n’hésitera bientôt plus à articuler qu’on en apprécie le bel « articulé ».

 

Pour leur défense, certains sortiront fièrement de leur chapeau défilé. Pardon, s’agit de savoir sur quoi on insiste. Vue du trottoir, c’est moins la « succession » qui est digne d’intérêt que les « personnes » qui défilent. Le suffixe –é semble donc plus indiqué que pour défilement, qu’on n’ouïra guère qu’au cours d’opérations militaires (« accident de terrain, défense artificielle qui protège de l’ennemi ») ou dans une cabine de montage (la fréquence de défilement des images).

 

La vraie question est : pourquoi déroulement est-il ringard, tout soudain ?
Le brave désigne pourtant, depuis le XVIIIe siècle, une

action de dérouler ou fait de se dérouler ; résultat de cette action.

Avec l’ersatz du jour, pouvez faire ce que vous voulez, toute notion de résultat est définitivement mise au rencart. A « déroulé » la chronologie brute. Vigueur du scénario, enchaînement des faits, déroulement prend tout, c’est sa tournée.

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Sous ses airs vifs, « déroulé » est une coquille vide. Un mot de chaîne d’infos en continu, qui n’a pas le temps de s’appesantir sur les causes ; un mot qui n’explique rien.
Même pas un mot, tiens.

Merci de votre attention.

 

Quelles nouvelles ?

 

Imaginez l’homme du XVIIe téléporté à notre époque. Fortuitement, présentez-lui ça :

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Si le pauvre homme est largué que c’en est pathétique, c’est normal : il n’est pas habitué il est comme nous, il ne peut pas faire plusieurs choses à la fois. Deux bandeaux qui défilent sous quelqu’un qui parle = au moins deux infos perdues dans le néant.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

A un moment, les chaînes d’info en continu se sont donc mises en rond, co’ ça, en se tenant par les épaules. Qu’est-il sorti de leur conciliabule ? Que développer un titre après l’autre, boâârps, c’était du journalisme de papa. Et que, pour paraître sur le coup, il fallait concomitamment que s’immisçassent brève sur brève comme autant de sangsues, qui d’obscurs scores de foot, qui le cours de la bourse dont on n’a que fout’ j’t’ai d’jà dit. ‘Agadez-moi ça :

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Même image arrêtée, calculez les plombes qu’il faut pour digérer l’ensemble !

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Conseil aux téloches : plus la peine de miser sur le minois de la madame, on ne la voit plus. C’est à peine si on l’entend encore. On avait pourtant de l’entraînement avec les films en VO.
CNN, BFM, i>TELE, LCI et consorts pourront toujours vanter une actu « chaude », exhaustive, voire « nature » (puisque « tombant » dans l’instant non torréfiée) : on n’a que deux yeux (sauf la maîcresse qui en a un troisième dans le dos).

De ces bombardements journaliers, on devrait faire le bilan de ce qui nous reste le soir venu. Que dalle probablement. Car nous fuyons, ne sachant plus où donner de la tête, écœurés de ne retenir que pouic. Exactement comme en présence de quelqu’un qui, sous le coup de l’émotion, nous livrerait la dernière en vrac. Allez couper la dame dans le poste avec force « Holà holà ho » et autres « Atta atta atta ».

 

Meuh y’a pas que les robinets d’info à flux tendu qui en pissent dans tous les coins. Depuis quelque temps, la mode est au tweet à forte valeur ajoutée en direct. Du style :

Il était beau comme un dieu, Yannick !

pendant la rediffusion de la finale de Noah à Roland-Garros.

Et pourquoi l’animateur d’un magazine de société choisit-il, en fin d’émission, un spermatozoïde victorieux (la question d’un téléspectateur), si c’est pour faire défiler tous les flagelles malchanceux en même temps que la réponse pour ne fâcher personne ?

Trop d’info tue l’info.
Eteignons.

Merci de votre attention.