Pèlerin

 

Il suffit de rester accroupi trois minutes pour mesurer la détermination du pèlerin à genoux. Et les litres de San Pellegrino nécessaires à sa survie.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Comme le rappelle cet épatant préambule, le pellegrino italien s’est délesté de son g dans les Alpes. Plus exactement, le pèlerin se l’est gardé sous le coude lors de ses pérégrinations, pour ne le ressortir qu’outre-Manche, où on l’appelle pilgrim.

 

La lente agonie du verbe pérégriner laisse à penser que pèlerin est condamné au même sort, puisque c’est le même mot. D’abord pérégrin au sens d’« étranger » (XIe-XIIe siècles), il devient bientôt pellerin (1694), pelerin (1718), pélerin (1762), pèlerin (1798), pelrin (2057) puis plus rien (vers 3130).

 

Déformation de peregrinus, « qui voyage à l’étranger, qui vient de l’étranger, qui concerne l’étranger », le pelegrinus latin aurait donc tendance à faire du chemin depuis l’étranger. Notamment le chrétien rejoignant son lieu de pèlerinage.

 

Tout ça n’aurait pas vu le jour sans l’adverbe peregre, « de l’étranger » (l’action, depuis le début, se situe à l’étranger, notez bien).
Per- (« au-delà ») se déboîte tout seul de ager, « terre » mais surtout « champ », comme dans agriculture, y’a pas de hasard.

 

Laissons pour finir l’ornithologue du XIIIe siècle nous parler du faucon pèlerin, ce SDF

ke l’en apiele pelerins, pour çou que nus ne trueve son nit, ains est pris autresi comme en pelerinage.

Laissons pour finir le squalologue du XIXe siècle nous parler du requin pèlerin, ainsi nommé

à cause de la ressemblance entre les collets du manteau des pèlerins [la pèlerine] et les replis flottants formés par le bord libre des membranes interbranchiales.

Merci de votre attention.

 

Coton

 

Oh mais ne sont-ils pas relativement rares les mots pouvant prétendre au statut de nom et d’adjectif ? D’ailleurs, à chaque fois que ça se produit, on est bien en peine d’expliquer une telle polysémie : chouette ; rasoir ; maison ; vache
Attention donc : il se pourrait que cette étymo soit plus coton que prévu.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Cotun pousse déjà au XIIe siècle sur nos terres. Il faut pourtant attendre 1732 pour le voir s’exporter aux Stéites où il fera le bonheur de générations d’esclaves.
Les plus enclins à la tâche n’avaient-ils pas pour fière devise :

Cotonnier, on y reste ?

Remémorons-nous également ce vers de Leadbelly, déclamé par le grand Fogerty :

When them cotton balls get rotten
You can’t pick very much cotton.

Pourquoi faire compliqué, on se le demande ?

 

Coton dérive de l’arabe qutn, peut-être emprunté à l’égyptien, via le rital cotone (la route du coton partant des pays chauds pour traverser la Sicile).

Bien plus tard apparaît la rapicolante expression « filer un mauvais coton », qui dit exactement ce qu’elle veut dire. A utiliser aussi souvent que possible. Non mais vraiment hein.

Le vocable est d’ailleurs si plaisant qu’il donne lieu, sous diverses plumes, à « (se) cotoniser » (devenir mou comme du coton), cotonnerie (plantation ou fabrique de coton), voire cotonnette (étoffe bon marché).

Sans oublier, passé à la postérité (mais plus pour très longtemps vu l’émergence d’un pseudo-synonyme appelé « bâtonnet ouaté » non mais où va-co-t-on), le coton-tige, curieusement masculin quand tout portait à croire que la tige allait l’emporter. Coton était le plus fort…

 

Quant à l’adjectif équivalant à ardu, il est attesté en 1890. Et pourquoi ? Parce qu’il signifie « inextricable » comme… comme du… ? On ne peut rien vous cacher.

Merci de votre attention.