Maintenant

 

Dieu, les zanges et autres animalcules, s’ils ont la moindre chance d’exister, se sont à l’évidence penchés sur le berceau de notre langue. Songez avec quelle délicatesse le français a fignolé maintenant, quand les sabirs limitrophes se contentent encore de now, nu, nun aussi consanguins que pisse-petit.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Il en va des mots comme des gens : on ne les regarde plus, à force de les avoir sous le pif. La singulière majesté de maintenant crève pourtant les yeux depuis 1135. S’agit-il tout bonnement du participe présent de maintenir ? Je veux mon neveu. Quel rapport avec , tout de suite ? Minute papillon. Après quoi, les expressions périmées, basta, nom d’une pipe en bois.

C’est en toute logique qu’à l’époque, nous adoptâmes le gérondif de « manu tenere » (maintenir, littéralement « tenir en main ») pour indiquer soit un laps de temps (celui où l’on « tient quelque chose dans la main »), soit, vu la fugacité du laps, une « étroite proximité » entre la paluche et l’objet maintenu. D’où la « promptitude » et la « proximité temporelle » qu’on retrouve encore dans les locutions de sens voisin « en un tour de main » ou « séance tenante », les aminches.

 

Ironie de l’histoire, si le latin nous a légué le verbe maintenir, on lui doit aussi le nunc (« hic et nunc ») annonciateur des adverbes pas de chez nous susnommés.
A leur décharge, ceux-ci tiennent sans effort dans la main tandis que nos éclopés « mainenant » et « mainant » courent les rues. On ne peut pas tout avoir.

Merci de votre attention.

 

Look

Hello les amis ! Tadâm ! Pas piqué des hannetons hein, le nouveau look ! Cestuy blog fait peau neuve, sautons à pieds joints sur l’occasion pour ausculter ce look accapareur. Pas ce qui présentement illumine votre écran, celui que les pubards convoquent à tout-va.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Il suffit de flâner dans les allées de la Grosse Distribution pour s’en convaincre : stylo, montre, pyjama, bouton de porte, il n’est pas jusqu’à la cuvette de chiottes qui n’échappe à la déclinaison des looks. ‘Tention, jusqu’au siècle dernier (le mésozoïque), look ne se disait que d’êtres de chair et de sang :

Une fille au look d’enfer.

Depuis que look s’est chosifié, ce n’est pas tant la belle que son saint-frusquin qui en met plein la vue. Une histoire de regard, au sujet duquel le sens anglais reste d’ailleurs ambivalent : un regardant, une regardée, look appuyé, look étudié pour. Chez nous, on ne se met plus guère du côté du premier que pour reluquer (c’est pas de l’étymo en chaîne, ça ?).

Les plus puristes d’entre vous regretteront la mise au rebut d’apparence et d’allure. Style semble suivre le même chemin, quoiqu’en prenant un détour par l’adjectif stylé, à l’origine de sentences définitives :

Trop stylé, le look.

Amis de la redondance, bonsoir.

Comme d’hab, les termes monosyllabiques des Albionnais, si pratiques à l’export, relookent la langue en moins de temps qu’il n’en faut pour happer un Shuttle. Tiens ben justement, sans verser dans la diatribe anti-mode, force est de constater que looker, relooker voire délooker fleurissent. A vous qui suivez les tendances comme votre ombre, on ne fera pas l’affront d’expliquer ce dernier néologisme : « redonner un caractère nature, faire perdre son look à quelqu’un ». Pour parvenir à une « absence de look » tout aussi travaillée, soyons pas dupes. Voilà qui rappelle le « no style » cher au grunge, cette époque lointaine où les zados du monde entier s’assuraient de bien ressembler à des clodos.

 

Mes moutons, il est temps de remettre du piment dans nos jugements de valeur. Délookons look au profit d’un lexique en voie d’extinction :

T’as vu la touche ?

ou, inopinément ouï par-dessus l’épaule de punkettes à chien noir :

Wah, regarde la ceinture !

Ouais, elle a un bon niveau.

Unforgettable.

Merci de votre attention.