Comment partir à la conquête de l’espace en ayant oublié ses chewing-gums ?

 

Vous flottez à des milliers de kilomètres de vos semblables. Qui, eux, suivent vos faits et gestes par NASA interposée en vous enviant drôlement. Mais oh qui c’est qui se les est fadées les études pour y arriver, au-dessus des nuages ?

Ne fanfaronnez pas trop : votre rêve de gosse tournera au cauchemar pour peu que vous ayez laissé vos chewing-gums en bas. La précipitation du départ, des consignes ressassées jusqu’à plus soif, une mauvaise nuit avant le jour J et la Grande Roue du destin s’est mise en marche : changement de veste au dernier moment. Et les chouingues dorment dans l’ancienne.

 

Comment mener à bien votre mission sans le secours d’aucun Freedent ? Autrement plus grave que le fait d’oublier nicotine ou carte Vitale, qui ne vous seraient d’aucune utilité là-haut. Car vous errerez sous peu dans les mers de la Lune, au milieu des vallées martiennes, sur une exoplanète lambda, engoncé(e) dans une combinaison intégrale avec votre haleine de chacal pour seule compagne. Encore une chance qu’il faille garder le casque ; imaginez qu’un sélénite ou un petit homme vert entame la conversation ! Le bougre indisposé par votre souffle y verrait un casus belli. Déclencher une guerre interplanétaire à cause d’une poche non vidée, un peu chéros, non ?

Les esprits forts feront remarquer qu’en l’absence d’air respirable, tout empuantissement est impossible. C’est oublier que l’haleine de chacal se joue même du vide.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en astronaute civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Gardez bien clos votre clapet. Au besoin, faites comme ces dames qui se pressent les lèvres l’une contre l’autre afin de répartir le rouge. Ou ces personnes âgées dont le tic de vieillesse s’apparente à une moue mobile. Croyant à un système de communication, ceux d’en face vous imiteront, sans vous imposer leurs propres exhalaisons.

martiens

♦  Aussi serviable soit-il, votre conjoint ne pourra vous dépanner sans grever sérieusement le budget du mois. Et qui nourrirait les gosses et le clebs ? Puisqu’il ne faut compter que sur vous-même, gardez à l’esprit qu’il y a de l’eau sur Mars. C’est bien le diable si vous ne tombez pas sur un geyser de dentifrice. Si les deux se trouvent par bonheur au même endroit, gargarisez-vous et recrachez bien au-dessus de la crevasse.

 

♦  Vous êtes formé(e) à faire tourner une station spatiale. Un stageounet sur la fabrication du chewing-gum en milieu fermé devrait être à votre portée. Une fois bien acquis chlorophylle et menthol, spécialisez-vous en xmklfxzl, le goût préféré des extra-terrestres.

 

♦  A une époque où l’on transplante à tour de bras et où l’on greffe des visages les doigts dans le nez (pour les chirurgiens étourdis), ne me dites pas qu’une purge complète du larynx n’éviterait pas des désagréments à vie ! Un grand garçon serviteur de la science comme vous se fera une joie d’être le premier cobaye.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

« Poutching-ball »

 

Tout va trop vite, tout fuse, tout raccourcit. Autant de motifs de geindre sauf pour ce qui est des jupes, car les jours rallongent dans la même proportion. Prise dans ce maelström, notre prononciation subit des mutations insoupçonnées : témoin le « poutching-ball », qui peu à peu évince le punching-ball qui l’avait précédé.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Pour mémoire, l’objet servait aux boxeurs à mesurer leur punch grâce à un manche flexible faisant, gaw gaw, toujours revenir la ball à hauteur de bourre-pif. Ce dispositif permettant de se défouler sans compter a pris en cinq sec le sens figuré de « souffre-douleur ». Good.

C’est alors qu’a surgi une espèce intermédiaire ayant nom « pountching-ball ». Première bizarrerie de dame Nature : l’émergence d’un [u] comme dans putsch, qu’on ne retrouve ni dans la poigne susmentionnée [pʌnʃ], ni chez le puncheur cher aux commentateurs cyclistes (même prononciation), ni, en poussant jusqu’aux Antilles, dans le ratafia éponyme [pɔ̃ʃ].
Sans blague, ululez punch, pour voir. Si si, soyez pas timides ! M’étonnerait que les dieux de la phonétique ne vous foudroient pas de tout l’opprobre qui est en leur pouvoir.

Et c’est bien dommage car, du coup, point ne leur en resterait pour punir les lettrivores adeptes du « poutching-ball ». Un n vous manque et tout est dépeuplé, n’ayons pas peur des mots. En tout cas, de çui-là, on risque pas d’avoir peur, comparé au compagnon d’échauffement des brutes de tout à l’heure. Déjà, « pountching-ball » faisait fillette mais avouez que « poutching-ball », dans le genre tantine, ça se pose là.

On conçoit qu’amputé d’une consonne, le dernier-né file plus droit en bouche. Quant au pourquoi du [u], on le cherche encore. Analogie subliminale avec les coups portés ? Le souffle du sportif (ffh ffh) calqué sur son jeu de jambes ?
Mystères de la francisation.
Dans l’absolu, on n’a rien contre celle-ci, attention, c’est le jeu. Où irions-nous sans wagon ? Oserions-nous l’ouvrir aussi grand sans « chouingue » ? Et je ne vous parle même pas du shampooing, ce prodige de tortuosité (ajout d’un suffixe qui est un contresens dans la langue d’origine, auquel on applique notre propre phonétique, à l’inverse par surcroît de la syllabe qui précède ; y’a pas à dire, on aime quand ça mousse, nous autres).

 

Décomposons le mouvement :

Punch = [pʌnʃ], on ne revient pas là-dessus ;
ing = [iŋ] comme dans chewing-gum (et sortez-moi ce « chouingue » de la bouche) ;
ball = [bɔ:l], ça roule tout seul.

Espèces de bloody frogs, comment faites-vous pour articuler punching-ball autrement qu’à l’anglo-saxonne ?
Vous la voyez, celle-là ?

Merci de votre attention.