Comment ne pas éveiller les soupçons lorsque tout vous accuse ?

 

Vous qui passiez par là à l’heure du crime, il se trouve que non seulement vous avez un mobile mais que votre alibi tient debout comme une saucisse encore vivante.
N’y allons pas par quatre chemins : les apparences sont contre vous.

L’affaire est mal embarquée. Vous aurez beau crier au coup monté et à l’erreur judiciaire, il ne se passera pas trois minutes avant que la volaille assermentée ne vous fasse circonstancier vos aveux, car c’est comme ça qu’on dit.

fbi-lisa

Néanmoins, en soulignant certains détails troublants, vous devriez pouvoir convaincre les enquêteurs qu’ils font fausse route. Ils enverront alors au casse-pipes un pauvre bougre en cravate chargé d’expliquer qu’à cette heure, aucune piste n’est privilégiée, car c’est comme ça qu’on dit lorsqu’on pédale dans la semoule.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en accusé civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Lancez-vous dans la politique. Habitué à nier l’évidence, vous pourrez bénéficier non pas de la présomption d’innocence comme tous vos électeurs concitoyens mais de l’immunité absolue due à votre rang.

 

♦  N’ayez pas la gueule de l’emploi : contentez-vous d’être vous-même. Vos voisins dodelineront d’incompréhension en vous décrivant comme quelqu’un sans histoires.

 

♦  Plus onéreux, la greffe d’ADN éloignera les soupçons (prélevé sur quelqu’un que vous n’aimez pas, de préférence).

 

♦  Vous n’avez rien à vous reprocher, peut-être, mais les autres ? Evitez les catégories bouc émissaire du type noir/jaune/rouge/blanc/vert/juif/arabe/pro/anti/grand/petit/
gros/mince/homo/hétéro/bi/[compléter].

 

♦  Quoi qu’il en coûte, ne bossez plus votre revers avec les mouches du salon. Vous aurez la réputation de « ne pas faire de mal à une mouche » et personne n’ira vous chercher des poux sur la tête.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Barbecue

 

Merguez !

est depuis le Professeur Rollin l’exemple type du « comique de mot ». Sauf barbecue revêche, auquel cas ladite saucisse finira encore rose ou brûlée au dernier degré sous les lazzis de vos hôtes. C’est que barbecue ne rime pas avec juste milieu.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

A priori, on discerne mal sur quel charbon le mot s’est forgé. Barbe à la française + cue anglaise, variante de la queue de billard semblable aux piques à brochettes ? Contraction pour rire d’une ancienne pub pour un tripot à grillades « BAR-BEER-CUE-PIG » ? Tout ceci est bien fumeux. Doit-on, oui ou merde c’est pas cuit, se résigner à ranger le barbecue parmi les minotaures de l’étymologie ?

Vérifiez vos vaccins, nous partons outre-Atlanticos explorer les cendres de barbecu, borbecu et barbacoa au croisement des XVIIe et XVIIIe siècles. Si le concept est resté inchangé depuis lors, il s’est aussi étendu très tôt, par métonymie, au rassemblement de plein air lui-même (on organise un barbecue). Pour être exact, les Ricains l’ont chouravé à leurs voisins hispanophones du dessous, qui en avaient fait autant dès 1518 avec le barbakoa des Arawaks. Ces Amérindiens créchaient alors peinards dans les Andes, les Grandes Antilles, les Bahamas et la Floride ; ils durent sentir le vent tourner en voyant accoster la Pinta, la Niña, la Santa Maria et le Mayflower. A raison : ils ne firent pas long feu, fumés jusqu’au dernier en l’espace d’un siècle et demi. N’ayons pas peur de le dire : vive l’Europe.

Les drôles donc, guidés par un animisme fervent, avaient la délicate attention de ne jamais tuer un bestiau sans s’excuser platement de lui prélever les côtelettes. Le cadre latté de bois (de « bayara-kua » : « croiser, mettre en travers ») sur lequel ils flambaient cette barbaque (à la traçabilité moins obscure pour le coup) leur servait indifféremment de sommier pour se pieuter.

 

L’Arawak, pour pas gaspiller, roupille dans le graillon. Et on ose dire que le barbecue serait tout sauf écolo ? Permettez qu’on se répande en pfeuh, tel le vieux soufflet familial.

Merci de votre attention.