Nonchalance

 

Comme état d’esprit, la nonchalance est une plaie. Ses accès, en revanche, sont tout un art. Une terrasse de café suffit d’ailleurs à distinguer les vrais nonchalants des habitués. Les premiers, rttant sporadiquement, savourent encore ce moment de farniente.

Mais revenons à nos moutons, perroquets.

C’est exactement le distinguo à l’œuvre entre se laisser aller (accès de nonchalance) et laisser-aller (nonchalance avec métastases). Dans le deuxième cas, les symptômes vont de l’indolence au je-m’en-foutisme.

« S’en foutre », voilà au grand jour la matrice étymologique de nonchalance.

 

Dépourvu de collier grâce auquel on pourrait retrouver son maître, le mot ne se décline en effet – à votre connaissance – qu’en épithète et adverbe (« nonchalamment chaloupé »).
C’est parce que vous ne cherchez que dans le vocabulaire maternel.

Téléportez-vous aux XVIe et XVIIe siècles et chaloir vous sautera au cou. C’est qu’il est content de vous voir à force d’être inusité, sauf dans l’expression de grand seigneur « peu me chaut », indiquant que vous vous en moquez éperdument, que ça vous est strictement égal, que vous vous en contrefoutez mais à un point, que ça vous en touche une sans faire bouger l’autre, en somme.

(Peuple, militons pour la réintroduction de chaloir et de nonchaloir, et vite).

 

Il faut remonter aux confins du françois (IXe siècle !) pour l’apercevoir à la forme impersonnelle (attention, c’est un peu fort en bouche) : chielt (« il importe »), devenu chalt puis chaut.

Au commencement était le latin calere, « être » ou « avoir… chaud ». D’où « s’inquiéter » pour une chose importante.

C’est vrai ça, on n’a pas de verbe, nous, pour dire « il fait chaud » !
Ni « froid » d’ailleurs, à moins de tomber fissa dans les superlatifs : « il gèle, il meule… ». Ce qui apparemment ne fait ni chaud ni froid à la langue nonchalante.

Bref, chaleur, que calor et tout ce qui s’ensuit. Chaland compris, lequel, avant d’être un client fidèle, « comptait » beaucoup pour vous en tant qu’« ami ».

 

Pas d’attaches, nonchalance ? Foutaises.

Merci de votre attention.

nonchalance2

Ministre

 

Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne,

fit Jean-Pierre Chevènement un jour où il n’avait pas sa langue dans sa poche.
Mémorable saillie frappée, du point de vue de la langue précisément, au coin du bon sens.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Car à l’origine, est ministre « celui qui accomplit une tâche au service de quelqu’un ». Plus précisément « du roi » ou d’un « souverain », avant que les sans-culotte ne relèguent les ministres aux seuls ors de la République.

Parallèlement, dès l’an de grâce 1174, un ministre se met « au service de Dieu » ; difficile de monter plus haut dans la pyramide. Chez les cathos, on parle même de « ministre du culte ». Quant aux premières moutures d’administrer, n’équivalent-elles pas purement et simplement à « servir à l’autel » ? Meuh alors.

 

Et pourquoi diable un ministre a-t-il toujours l’oreille de celui qui commande, à la fin ?
Parce qu’il vient tout droit du latin minister, exact contraire de magister, le « maître ». Magistral, non ?

 

Vu sous cet angle, vaudrait-il pas mieux nous défaire de ce ministre un brin anachronique ?

Car comme le rappelait Jacques Chirac, ankylosé par un caillou à l’Intérieur de sa chaussure présidentielle :

Je décide, il exécute.

Sur le modèle du président/prae-sidium (« celui qui est assis devant »), affublons dorénavant chaque ministre du nom de redident, celui qui végète à l’arrière.

Merci de votre attention.