Que faire quand un pigeon vous prend pour cible ?

 

Depuis que la fenêtre est fenêtre, Columba palumbus y roucoule tout son soûl. Et l’espèce n’a pas l’air de vouloir s’éteindre. Pire, elle a de moins en moins froid aux yeux.

De fait, le pigeon des villes est si accoutumé à votre présence que ses pattes marchent dans les vôtres. Le volatile ne daigne même plus s’envoler lorsqu’un gamin mal élevé (c’est-à-dire pas élevé du tout) fait mine de lui sauter dessus.

Nourri au grain par le troisième âge et par notre propre gaspillage quotidien, le ramier ne s’est jamais aussi bien porté. C’est bien simple, il ne se sent plus pisser. Ou dans son cas, déféquer.

 

Ne jouez donc pas les étonnés si une merde s’abat sur vous au prochain carrefour. Qu’il ait lieu dans une ruelle sombre ou au milieu de la foule, l’outrage exige réparation.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en risée civilisée.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Prenez l’habitude de marcher le nez en l’air. Vous détecterez tout mouvement suspect, et accessoirement, tout poteau qui se dresserait devant vous. Reste l’écueil des merdes de chien, qu’une canne d’aveugle déjouera sans difficulté. Si on vous pose des questions, répétez que no comprendo.

♦  Un chapeau à larges bords vous protègera de n’importe quel sniper et fera même un excellent récupérateur de fiente.

 

♦  Vivez à plus haute altitude que le pigeon. A chaque fois que vous vous soulagerez, ce sera à lui de vous éviter.

 

♦  Puisqu’ils sont quasiment domestiqués, apprenez aux spécimens du quartier à ne pas chier sur les gens. Ou à cibler uniquement les emmerdeurs.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Squeezer

 

Il arrive qu’en s’écoutant parler, l’hurluberlu de service ponctue ses phrases, l’air de rien, du verbe « squeezer ». Il faut l’entendre soit au sens de « dominer » et en poussant un peu, de « réduire à néant » :

Paris Hilton s’est fait squeezer son héritage,

soit comme synonyme de « zapper », lui-même équivalent d’« oublier » :

Je l’avais déjà squeezée, celle-là !

Tour de force sémantique à faire pâlir les pires xyloglottes.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Car squeezer ne s’emploie qu’au bridge, au départ. Rentrons pas dans les règles du jeu, obscurissimes pour le commun des mortels pis on n’était pas venu pour ça. Mettons-nous juste bien dans la soupière que squeezer revient à presser son vis-à-vis comme un citron en le poussant à la faute. Bon perdant, celui-ci viendra néanmoins vous serrer très fort à la fin de la partie. Sens propre, sens figuré de l’ingliche veûrbe.

Ce dernier, donc, a dévié familièrement en français vers « prendre quelqu’un au dépourvu, le coincer entre des impératifs contradictoires ». Résultat, du fait de sa sonorité rigolote rappelant vaguement son cousin switcher tout aussi joyeux (et intempestif), nous squeezons et nous faisons squeezer à bouche que veux-tu.

 

Notez que

squeeze !

est exactement le bruit produit par la pression d’un citron.

Incroyable comme vocable et phonétique sont parfois cul et chemise.

A propos, tiens :

chiure !

étron !

Incroyable.

De même,

stba ! *

est une onomatopée propre à la BD qui s’orthographie s-t-b-a et se prononce « steubaaaah ». Elle correspond généralement à un low-kick dans les parties ou un ramponneau dans les gencives. De quoi squeezer l’adversaire définitivement.
Lequel, dans le second cas, n’a plus qu’à se refaire poser un bridge.

Merci de votre attention.

 

* v. aussi bressa et brexapa :