Cave

 

Celui qui vous montre sa cave a toutes les chances d’être un caviste. Ou un tueur en série, si vous tombez mal. Prudence aussi face au cuisiniste qui, loin de vous faire profiter de sa cuisine sans arrière-pensée comme le cuisinier, tentera plutôt de vous la refourguer car c’est un tueur en fins de série.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Tel le grenier, la cave préserve son mystère : on ne la visite pas tous les jours. Descendre à la cave reste un événement, un peu comme aller au restaurant. De surcroît, pour les plus chanceux, le pinard y est moins cher.

 

D’ailleurs si on y descend, ce n’est pas par hasard : l’escalier est construit dans cette direction. Au cas où vous parviendriez en montant jusqu’à un endroit sombre et mal chauffé, il ne s’agit sans doute pas de la cave mais du grenier déjà évoqué, qui servait autrefois de réserve de grain. Mais alors, pourquoi cave et pas « pinardier », nom d’un morgon ?
C’est qu’on n’y a pas toujours entreposé du vin, bande de boit-sans-soif.

 

Sans vouloir l’offenser, la cave est avant tout un trou. Elle ne fait rien qu’à béer, tout comme la caverne dont elle est l’équivalent domestique. C’est d’ailleurs son premier sens vers 1170, sens toujours en vigueur chez les Zanglo-saxons du reste (a cave).
Un emprunt au latin cava, « fossé », issu du pluriel de cavus, « trou, partie creuse » dont cavité, concave et excavation sont autant de joyeuses variations.

En déblayant un max, on peut aussi mettre au jour l’indo-européen keu-, « enfler » (d’où l’idée de « voûte »), comme dans en-ceinte, cumul et cage pompé pour le coup sur le latin cavea. Quant au verbe grec kyein, ça devait arriver à force de pelleter comme des khôns, il a « enflé » en kyste.

 

On n’a pas fini d’en pincer pour cave. Fait rare (si pas unique dans toute la langue), le substantif vire adjectif (« creux ») et profite même de l’argot pour devenir bi ! Le cave se rebiffe, pour la bonne raison qu’il n’est pas « du milieu » et qu’on peut donc le « tromper » (caver, ancien verbe de jeu). Comme le pigeon se faisant « mettre au trou » ? Hypothèse à creuser.

Merci de votre attention.

 

Ces noms, ces noms

 

On ne choisit pas son nom. S’appeler Robert Redford, Moïse ou Mata-Hari n’est pas donné à tout le monde et tient à peu de chose, une vétille, un concours de circonstances, un battement d’ailes de papillon. A croire que nous ne sommes que les jouets du destin. Voyons à quelles cruelles fantaisies se livrent parfois les dieux de l’état civil.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, Eugène Poubelle est bien sûr préservé des quolibets posthumes, au moins autant par son action de salubrité publique que par sa qualité de mâle. Car qui mesure aujourd’hui la disgrâce ayant frappé sa chère et tendre ? Imaginez les réceptions où l’on annonçait « le préfet Poubelle et Madame ».

Morceaux choisis parmi la populace :

Tiens, il a sorti la Poubelle ;

Cette Poubelle, qu’est-ce qu’elle cocotte.

Pauvre femme. Espérons au moins que son martyr ne perdurait pas dans l’intimité avec de désobligeants

Elle est pleine, ma Poubelle

après que le père Eugène l’eût mise enceinte ou

Allons donc, encore déchirée !

après qu’il l’eût fait boire. Ou l’inverse.

Vieux cochon, va !

 

Tous aux abris, le patron de Rock & Folk s’essaye au créneau avec sa décapotab’. Philippe Manœuvre, d’accord, mais observez-le : c’est délicat quand on n’a pas de cou, la tête directement posée sur les épaules. Heureusement que les titines de maintenant se garent toutes seules. Merci la technologie de pointe !
(Un programme baptisé « Moonwolke » est d’ailleurs à l’étude, qui vise à retirer sans ablation des cordes vocales l’accent des français parlant anglais. C’est beau la science).

 

Et Léonard ? Il se trouve que Vinci était le nom de son bled. Mais un détail comme çiloui-là, non maîtrisé, peut facilement vous plomber une carrière ! Le génie lui-même trouvait que l’appellation complète faisait un peu « les auditeurs ont la parole » et, en se mettant dans ses sandales, on peut difficilement lui donner tort. Au fait, aurait-il peint la Joconde si, au lieu de convoler avec son riche marchand d’étoffes, celle-ci avait tapiné dans les bouges de Florence ? « La Puttana » sous verre blindé au Louvre, voilà ce à quoi nous avons échappé, les enfants.

 

Restons dans l’Italie de la Renaissance : songez aux conséquences pour l’humanité, si maman Vespucci avait appelé son fiston Kevin ou Jean-Mi plutôt qu’Amerigo.
Au passage, avoir un continent à son nom, ça vous a quand même une autre gueule que de le découvrir en croyant jusqu’au bout que c’est pas çui-là. Comme quoi Christophe Colomb a jamais eu de bol. Vespucci ayant tout raflé, quel os lui a-t-on laissé, au chien ? L’ère « pré-colombienne ». Dites-moi que vous aussi, jusqu’à un âge sérieusement avancé, ne pigiez guère le rapport entre les Aztèques ou les Mayas et la Colombie, qui vivait sous son nom de jeune fille bien avant l’arrivée des caravelles ? Et encore, le Christophe peut s’estimer heureux d’une telle postérité. C’était ça ou la colombienne. Snif.

 

Antipodes toujours, une simple inflexion dans la bouche des autochtones de Bikini et les filles du sexe féminin n’auraient plus de scrupules à aller monokunu.

D’ailleurs, s’il avait plu à notre éminent Jacques Monod d’inventer la stéréo – car c’était dans ses cordes – que n’aurait-on entendu !

 

Et dans notre série « ils l’ont bien cherché », avec la page Berlusconi qui se tourne, on peut déclarer Gianfranco Fini une bonne fois pour toutes. Pas fâchés.

 

On ne s’attardera guère sur ces illustres Martin ou Durand que sont Romain Bouteille, Vanessa Paradis, M, Paul Personne, Tom Novembre et Charlélie Couture, qui n’ont jamais besoin d’épeler lorsqu’ils réservent une table au restaurant.
Ils ne connaissent pas leur bonheur, comparés à l’ex-voix du rugby Pierre Albaladejo. Qui du coup préfère pique-niquer, quitte à opposer l’origine occitane de son patronyme aux railleurs, toujours prêts à lui tendre de l’alu couvert de Jo gravés au couteau de poche…

 

Pour finir (car l’heure tourne), ne dites pas :

Carla Bruni

mais

Carla bronze

ou

Carla bronsse

si vous imitez le mari (qui, lui, ne peut bronsser qu’à l’ombre).

A la rigueur, on admettra

Karl a bruni

puisque l’intéressé ne fait jamais rien comme tout le monde et que « bronzer ? du n’y penzes pas, mais z’est d’la merde, za, ma jérie ».

Si l’occasion se présente de voir Michel Galabru vociférer sur les planches :

Noooooooon ! Noooooooon ! Mais nooooooooon hein !,

on peut même aller jusqu’à affirmer : « Galabru nie ». A ses risques et périls.

Merci de votre attention.