Crénom de prénom

 

Ceux qui, croyant se distinguer des autres parents, affublent leur gamin d’un prénom aussi tarte que la moyenne (sinon plus), culminent au faîte de la moutonnerie.
Sinon plus.

Mais revenons à nos moutons, plus que moutons.

Avant tout, rappelons cette vérité première : le gniard n’a rien fait pour mériter son sort, si ce n’est suivre le mouvement (c’est de famille). Tout à l’innocence du nouveau-né ouvrant sur le monde des yeux écarquillés, sait-il quel châtiment l’attend dès l’instant où son géniteur ira le reconnaître ? Non, car il est plein encore de l’innocence du nouveau-né ouvrant sur le monde des yeux écarquillés.
Et c’est dommage car s’il pouvait parler là, tout de suite, au lieu de brailler pour des besoins immédiats, il ferait remarquer que le choix de maman Ethan et papa Ethan sera daté dès la prochaine vague de « prénoms-à-la-mode », c’est-à-dire dans une lune à peine.

Passe encore que ces deux-là confondent improbable et original : sous le joug des influences du moment (et attendris sans doute par l’innocence du nouveau-né ouvrant sur le monde des yeux écarquillés), ils oublient surtout qu’une tendance chasse l’autre et qu’Ethan va devoir trimbaler toute sa vie cet état civil de pacotille.

 

Vous aimez votre descendance ? Evitez de la desservir d’entrée. Sachez par exemple, au risque d’en froisser un certain nombre, qu’il n’y a pas un Lucas pour rattraper l’autre. Et qu’on frôle l’overdose de l (au hasard, Lucas, Lucas, Léa, Lucas, Léo, Leelou, Lucas, Lola, Lucas, Louane…) et de o en fin de blase pour les mectons (Léo, Mathéo, Enzo, Hugo, Théo, Timéo… non mais oh !).

Il semble en tout état de cause que nous ayons atteint un point de non-retour dans l’éloignement du guttural – quoique les cigognes aboulent parfois l’un ou l’autre Childéric ; déclaration de guerre supplémentaire aux générations futures.

 

En réaction, les valeurs sûres – à savoir les prénoms 1900 – reviennent d’ailleurs en force : on ne compte plus les Jean, Jules et Constantin en bavoir, fiers comme une armoire normande ; et chez les filles du sexe féminin, c’est Louise qui rafle la mise pas plus tard que l’an dernier.

Mais au rythme où on s’assoit sur l’orthographe, combien de Louiz écarquilleront tôt ou tard les mondes innocents sur l’œil ouvert du nouveau-né ?

Merci de votre attention.