Squeezer

 

Il arrive qu’en s’écoutant parler, l’hurluberlu de service ponctue ses phrases, l’air de rien, du verbe « squeezer ». Il faut l’entendre soit au sens de « dominer » et en poussant un peu, de « réduire à néant » :

Paris Hilton s’est fait squeezer son héritage,

soit comme synonyme de « zapper », lui-même équivalent d’« oublier » :

Je l’avais déjà squeezée, celle-là !

Tour de force sémantique à faire pâlir les pires xyloglottes.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Car squeezer ne s’emploie qu’au bridge, au départ. Rentrons pas dans les règles du jeu, obscurissimes pour le commun des mortels pis on n’était pas venu pour ça. Mettons-nous juste bien dans la soupière que squeezer revient à presser son vis-à-vis comme un citron en le poussant à la faute. Bon perdant, celui-ci viendra néanmoins vous serrer très fort à la fin de la partie. Sens propre, sens figuré de l’ingliche veûrbe.

Ce dernier, donc, a dévié familièrement en français vers « prendre quelqu’un au dépourvu, le coincer entre des impératifs contradictoires ». Résultat, du fait de sa sonorité rigolote rappelant vaguement son cousin switcher tout aussi joyeux (et intempestif), nous squeezons et nous faisons squeezer à bouche que veux-tu.

 

Notez que

squeeze !

est exactement le bruit produit par la pression d’un citron.

Incroyable comme vocable et phonétique sont parfois cul et chemise.

A propos, tiens :

chiure !

étron !

Incroyable.

De même,

stba ! *

est une onomatopée propre à la BD qui s’orthographie s-t-b-a et se prononce « steubaaaah ». Elle correspond généralement à un low-kick dans les parties ou un ramponneau dans les gencives. De quoi squeezer l’adversaire définitivement.
Lequel, dans le second cas, n’a plus qu’à se refaire poser un bridge.

Merci de votre attention.

 

* v. aussi bressa et brexapa :

 

Limonade

 

Face à l’armada de sodas dont une lampée file le diabète, l’humilité des boissons sans marque fait sourire. Jusque dans leur nom délicieusement suranné : anis/anisade, orange/orangeade, pomme/pommade, j’en oublie. Or çà, limonade découlerait d’un obscur limon ? Nous aurait-ce écorché la langue de former un mot sur citron ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Nous avions déjà notre citronnade, je vous ferais dire, à ne pas confondre avec sa version gazeuse limonade. Le distinguo nécessitait-il un mot d’outre-Manche pour autant (lemonade) ? Allez roter vos âneries plus loin. Lemon n’est que l’avatar anglais de la lime qui, jusqu’à preuve du contraire, appartient à tout le monde.

Pour bien comprendre, brossons le tableau de famille des citrons. Une smala plus exactement, où le spécimen jaune (citrus medica) s’invite à table, soyons francs, nettement plus souvent que les limes (citrus aurantiifolia). Citron et lime viennent donc de deux souches différentes. Citron et citron vert itou, ce dernier n’étant qu’une variété de lime. Raison pour laquelle on peut aussi l’appeler limon, tout comme du reste son cousin à peau jaune en vieux français châtié.
Pour corser le tout, faut savoir que les Ricains ricanent aujourd’hui encore des Grands-Bretons, ce peuple de limeys que le jus de lime a sauvé du scorbut. Cliché d’un autre âge. Comme si nous désigniions par « face de citron » le niakoué lambda, allons allons.

J’en vois qui décrochent. Qu’à cela ne tienne : c’est parce que la Terre entière becquette indifféremment la lignée de lim- et de citr- que, d’une langue à l’autre, tout ça est devenu la même limonade.

 

Saviez-vous que sur nos côtes, les débitants de boissons furent longtemps appelés limonadiers ? C’est dire si nous l’aimons, la pétillante.

Merci de votre attention.