Economie de l’écho

 

Un tic nous bousille les esgourdes au point qu’on n’écoute plus le reste : la répétition du sujet avant l’attribut. Dit comme ça, personne ne tilte. Pourtant le phénomène est un phénomène courant.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Vous remettez ?

Marche avec tout et n’importe quoi :

Une loi qui soit une loi respectueuse de l’environnement ;
C’est une décision qui n’est pas une décision à prendre à la légère.

Plus subtil :

Cette nouvelle est une bonne nouvelle ;
La mesure est simplement, je dirais, une mesure de bon sens.

Si les exemples ci-dessus vous titillent le gène zigouilleur, bienvenue au club des trucidateurs de perroquets. Qui est un club qui reste relativement fermé.

 

Faut dire que la tâche est rude. Entendu l’autre jour dans le poste :

Ces corps sont des corps qui sont des corps…

Record à battre. A mi-chemin entre le surplace et la série de poupées russes de taille identique. Du grand art.

 

Ne pas cracher sa Valda son épithète permet au locuteur de se donner de l’air. Ou des airs, du point de vue de l’interlocuteur. Parce qu’on n’est pas plus avancé, pendant ce temps.

Pire, la répétition est à ce point contiguë qu’elle confine au déni de sens, fléau de cette rogntûdjû d’époque.

 

Inspirons-nous des matheux, toujours prompts à réduire leur équation au plus petit dénominateur commun. Pourquoi se priver de ce plaisir vengeur dans la grammaire de tous les jours ?

Une loi qui soit une loi respectueuse de l’environnement ;
C’est une Cette décision qui n’est pas une décision à prendre à la légère.

Ce serait sinon une bonne nouvelle, du moins une mesure de bon sens.

Merci de votre attention.

 

Canapé

 

De même que le lion est le roi des animaux, le canapé règne en maître incontesté sur le living, ne craignant ni fauteuils, ni sofas, ni chauffeuses en tous genres. Soulevons-lui les coussins avec précaution.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Le monde culinaire, lui, n’a pas hésité à descendre canapé de son piédestal pour le réduire à l’état de

tranche de pain de mie taillée en rectangle, frite ou grillée, dont l’épaisseur et la grandeur varient suivant le mets qu’elle doit supporter.

Toujours riquiqui, toujours au pluriel.

Remarquez qu’on n’a pas eu plus d’égards pour le lit, cet autre suzerain déchu.

 

Le dénigrement du canapé date du temps où il désignait encore un

groupe très restreint de personnes soucieuses de demeurer entre elles.

Un club, pour rester dans la famille sandwich.

C’est en -300 avant Ikéa qu’apparaissent les premiers canapés. Ces spécimens de « large siège à dossier où peuvent s’asseoir plusieurs personnes » ont déjà évolué depuis le conopé « rideau de lit » de 1180.
Début XVIe, on peut aussi croiser canope au sens de « moustiquaire ». Ne vous rappelé-ce pas canopée, cette couverture feuillue qui plonge la forêt dans la semi-pénombre ?

C’est que conopé n’est qu’un recyclage de la « moustiquaire » latine conopeum, gaulée au grec kônôpeîon. Et qui dit moustiquaire dit kônôps, zzz’aurez beau faire. Si ce khônnaud de moustique est conoïde, normal : c’est précisément son kônos (« cône ») qui lui permet de pomper, pompé sur l’indo-européen ko ou ku- exprimant l’idée d’« aiguisé », déguisée en coin.

 

Au prochain moustique, plutôt que de le regarder en coin, planquez-vous sous le canapé.

Merci de votre attention.