Compétition

 

Après mûr examen, il apparaît que le mot compétition n’est que pétition augmenté de com-. Consignons-le ci-contre.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Sur le papier, l’ONU est là pour garantir qu’on ne se fasse pas la guerre. C’est une vaste blague. On trouve toujours un bon moyen de se mesurer foutre sur la tronche. Sur le terrain économique par exemple, où la compétition fait rage. Son indigeste dérivé compétitivité (sur lequel on a déjà eu des glaires) nous rappelle ainsi la place prise par notre « faculté d’être en compétition ».

De se « compéter », dites-vous ? Restez polis. Quoique le verbe ait bel et bien couru les ruelles en moyen français. D’ailleurs, on ne connaît pas un Anglo-saxon qui ne compete son voisin. Tandis que nous autres compétiteurs à la petite semaine ne pouvons qu’« entrer dans/se livrer à une compétition » ; aucun trajet direct.
Secrètement, on a sans doute un peu honte.

 

Pourtant, l’intention de départ semblait moins belliqueuse. Competitio, latin pour « accord, candidature rivale », découle en effet de com-petere, « faire des efforts ensemble » et même « parvenir à un accord ». Fendard, isn’t it ?

 

Mais alors pétition ? Démarche tout aussi collective (sans quoi elle est inutile, d’ailleurs elle l’est toujours), née au XIIe siècle du fameux petere, « aller, chercher à atteindre, attaquer ». En cause, le radical indo-européen pet-, pete-, « se précipiter, voler ».

Le rapport avec la compète ? Scrutez la descendance grecque, nom de Zeus : potamos, « courant d’eau » et pteryx, « aile », rien que ça. Hippopotame, coléoptères, le choc des titans, non ? Et que dire d’appétit, impétueux, perpétuel ? Ils ont fière allure.
S’il le faut, on peut aussi voler dans les « plumes » de nos voisins anglais feathers.

 

Heureusement, répétons-le, ce n’est pas une compétition.

Merci de votre attention.

 

« Se challenger »

 

Ça devait arriver : à force d’affirmer que

c’est un beau challenge

et que

c’est sûr, faudra relever le challenge,

les ceusses qui roulent des mécaniques « se challengent » à tire-larigot. Un vrai défi au bon goût, s’pas ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Si jusque-là challenge figurait en superbe place au classement des mots-pour-se-donner-une-contenance, « se challenger » peut désormais prétendre le détrôner. Heureusement, la consanguinité le disqualifie d’office.

Nom et verbe font décidément très fort puisqu’ils entrent également dans la catégorie des mots-qui-existent-déjà-en-français-et-en-encore-plus-court-de-surcroît (défi, défier évoqués plus haut).

 

Les esprits chagrins, jamais avares de leur salive, pourront toujours rétorquer que chalenge estoit un vieux mot à nous (« attaque, défi » dès le XIIe siècle), issu du latin calumnia qui parle de lui-même. D’où l’idée de « réclamation, accusation, litige » et globalement d’« affront » à laver, lors des tournois sportifs notamment. D’ailleurs ça sont les footeux qui l’utilisent le plus goulûment, eux dont la génération a été nourrie exclusivement au sein et à la compète, pour ne pas dire la com-pé-ni-ni-vi-té. Les pauvrets avaient-ils d’autre horizon que de se challenger à répétition, même pour rire (car il semble que le verbe équivale péniblement à « se tester », voire « se jauger » sans passer à l’acte) ?

« Se challenger » donne dans le puéril ; c’est son drame. « Se défier », lui, joue dans la cour des grands, il en a dans le slibard, il bouffe du lion au petit déjeuner.
Challengers, défiez-vous de la mode.

Merci de votre attention.