A qui se fier pour la traduction ?

 

Vous connaissez le théorème de Werber :

Entre ce que je pense, ce que je veux dire, ce que je crois dire, ce que je dis, ce que vous voulez entendre, ce que vous entendez, ce que vous croyez en comprendre, ce que vous voulez comprendre et ce que vous comprenez, il y a au moins neuf possibilités de ne pas se comprendre.

Que voulait-il dire au juste ?

Que c’est une chance que le nombre de morts par malentendu soit si faible.

 

D’aucuns s’infligent une difficulté supplémentaire en traduisant des propos tenus dans une autre langue que la vôtre. Juste pour que vous puissiez piger/croyiez piger, etc. La grandeur d’âme le dispute parfois au masochisme.

Car, ne serait-ce que pour les raisons évoquées plus haut, l’interprète porte bien son nom. Et pour mémoire, voici la gymnastique à laquelle il se soumet :

1ère phrase en VO – réflexion en vue de la meilleure traduction possible – restitution en VF pendant la 2ème phrase en VO dont il ne faut pas perdre une miette.

Le tout en simultané et sans filet. Conclusion : l’interprète a trois cerveaux minimum. Un qui écoute, un qui recrache, un qui enregistre la suite.
Sans parler du travail préparatoire dans le cas d’un acteur à la filmographie abondante, dont le moindre titre doit être su par cœur dans les deux langues.

 

Pire : en fonction de l’humeur, du repas de midi ou d’un mot entendu la veille, la traduction variera d’une fois sur l’autre.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en enfumé civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Puisqu’on ne peut faire confiance qu’à soi-même, devenez polyglotte. Vous vous ferez des tas d’amis, et plus si affinités.

 

♦  Engagez trois professionnels et laissez-les trouver un compromis. C’est un peu plus long et un peu plus cher mais au moins, vous réduirez les sautes de concentration et le risque d’une mauvaise traduction, toujours embêtante au moment de se mettre d’accord sur la capitulation de l’Allemagne.

♦  La fonction du traducteur l’oblige à parler en même temps (et plus fort) que celui qui parle. C’est extrêmement malpoli. Faites-le traduire en langue des signes et qu’il aille au coin (inférieur droit si possible).

 

♦  Vous êtes déjà aux fraises lorsqu’il s’agit de répéter textuellement au voisin ce qu’on vous dicte au téléphone. Et vous vous en remettriez aveuglément à un charlatan ? Traduisez-le en justice, qu’on en finisse.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Quelles nouvelles ?

 

Imaginez l’homme du XVIIe téléporté à notre époque. Fortuitement, présentez-lui ça :

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Si le pauvre homme est largué que c’en est pathétique, c’est normal : il n’est pas habitué il est comme nous, il ne peut pas faire plusieurs choses à la fois. Deux bandeaux qui défilent sous quelqu’un qui parle = au moins deux infos perdues dans le néant.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

A un moment, les chaînes d’info en continu se sont donc mises en rond, co’ ça, en se tenant par les épaules. Qu’est-il sorti de leur conciliabule ? Que développer un titre après l’autre, boâârps, c’était du journalisme de papa. Et que, pour paraître sur le coup, il fallait concomitamment que s’immisçassent brève sur brève comme autant de sangsues, qui d’obscurs scores de foot, qui le cours de la bourse dont on n’a que fout’ j’t’ai d’jà dit. ‘Agadez-moi ça :

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Même image arrêtée, calculez les plombes qu’il faut pour digérer l’ensemble !

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Conseil aux téloches : plus la peine de miser sur le minois de la madame, on ne la voit plus. C’est à peine si on l’entend encore. On avait pourtant de l’entraînement avec les films en VO.
CNN, BFM, i>TELE, LCI et consorts pourront toujours vanter une actu « chaude », exhaustive, voire « nature » (puisque « tombant » dans l’instant non torréfiée) : on n’a que deux yeux (sauf la maîcresse qui en a un troisième dans le dos).

De ces bombardements journaliers, on devrait faire le bilan de ce qui nous reste le soir venu. Que dalle probablement. Car nous fuyons, ne sachant plus où donner de la tête, écœurés de ne retenir que pouic. Exactement comme en présence de quelqu’un qui, sous le coup de l’émotion, nous livrerait la dernière en vrac. Allez couper la dame dans le poste avec force « Holà holà ho » et autres « Atta atta atta ».

 

Meuh y’a pas que les robinets d’info à flux tendu qui en pissent dans tous les coins. Depuis quelque temps, la mode est au tweet à forte valeur ajoutée en direct. Du style :

Il était beau comme un dieu, Yannick !

pendant la rediffusion de la finale de Noah à Roland-Garros.

Et pourquoi l’animateur d’un magazine de société choisit-il, en fin d’émission, un spermatozoïde victorieux (la question d’un téléspectateur), si c’est pour faire défiler tous les flagelles malchanceux en même temps que la réponse pour ne fâcher personne ?

Trop d’info tue l’info.
Eteignons.

Merci de votre attention.