Scotch

 

Décidément, la langue n’a pas fini de nous scotcher. Un seul mot pour désigner deux choses que tout sépare… c’est de l’émerveillement double face. Parce qu’on a beau chercher, pas bésef de points de convergence entre un alcool mondain généralement servi on the rocks et un rouleau adhésif qui ne révèle son bout qu’au terme d’une fouille au corps complète.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Quel qu’il soit, le scotch est traître. D’ailleurs vous aurez remarqué qu’on ne commande pas du scotch mais un scotch. De même qu’un crémant ne remplacera jamais du champagne, ce qui prouve la supériorité de celui-ci sur celui-là et range le scotch parmi les boissons snob.

Quant au second scotch, on en goûte généralement peu les facéties, qui consistent tantôt à se dérouler de manière oblique, tantôt à se replier sur lui-même, voire à refuser sur un millimètre de se poser, formant un tertre que l’on n’aplanira qu’à coups de tatane grand-peine.

 

Deux concepts aux antipodes l’un de l’autre.

Avec pourtant, vous allez rire, vous riez déjà, une origine commune : l’Ecosse, ladies and gentlemen. Cette terre peuplée de Scots ou Scottish que leurs voisins moqueurs finirent par contracter en Scotch vers 1590.

Si le scotch à boire (abrégé de Scotch whisky) sort des distilleries en 1778, on n’est pas plus avancé quant au scotch qui scotche, marque déposée à la Libération.

Vous allez rire derechef, vous avez du mal à reprendre votre souffle : les premières Scotch tapes n’adhéraient que sur les bords, afin que les ouvriers chargés de peindre les voitures les retirassent plus facilement quand tout était sec. D’où l’idée de radinerie associée comme chacun sait aux pauvres Ecossais…

 

Pourquoi croyez-vous qu’on habitue dès le plus jeune âge les petits édimbourgeois à ne jamais se faire de cadeaux, qu’il faudrait déballer avec force déchirures ?

Merci de votre attention.

 

Restaurant

 

« Cocorico », fait le coq avant de finir au vin. Aucun doute : nous sommes le peuple de la gastronomie. C’est bien simple, on ne compte plus les estrangers nous ayant subtilisé le mot restaurant. A commencer par les anglophones ; et, quand on connaît leur bouffe, on conçoit que les drôles aient tout misé sur l’enseigne. « Fast-food » (où l’on mange mal mais vite), « buffet à volonté » (où l’on mange mal mais à volonté) parviennent néanmoins à tirer nombre d’entre nous hors du domicile (où l’on a tout le temps de faire bon et copieux).

Mais revenons à nos moutons, moutons.

A quelques exceptions près, restaurant égale fête. Au demeurant, son étymo est si limpide qu’on ne la voit plus : on y entre, tout sourire, pour se restaurer. Imaginons ces voyageurs harassés d’avant le hamburgé, volontiers ripailleurs, bombançant à coups de « Holà ! Tavernier ! » avant de cuver goûter un sommeil réparateur. Bête comme chou hein ? C’est d’ailleurs dans ce sens que l’on utilise restaurer tout court. Un restaurateur, lorsqu’il ne tient pas un restaurant, est celui chargé de « retaper » des antiquités de tous ordres :

Je me retaperais bien un peu de cette merde.

Précisément, avant que la métonymie eût fait son œuvre, un bon restaurant se trouvait dans l’assiette (« aliment, boisson qui restaure »).
Exactement comme un petit remontant, voui voui.

Le verbe n’a pas bougé d’un poil de pinceau depuis le latin restaurare : « rebâtir, réparer, renouveler ». Et ce radical –staurare ? Mais c’est celui qu’on retrouve dans instaurer. Il ferait même diantrement penser à son grand frère stare (« être debout »).

Statique comme une statue au stand de frites, derrière son taré de frangin.

(C’est pas un jugement, c’est un constat.)

 

Pour la petite histoire, selon Littré, le premier restaurant strico sensu fut ouvert près du Louvre en 1765 par un certain Boulanger. Qui, tel Christophe Colomb, crut jusqu’au bout tenir une boulangerie. Comme la clientèle chinoise s’entêtait à lui réclamer des baguettes, il devint fou et s’en fut, de dépit, engraisser les poissons de la Seine.

Merci de votre attention.