Boost & booster

 

Depuis que booster connaît un coup de boost, turbo tombe en désuétude. C’est bien simple, il est reparti aussi vite qu’il était venu.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Entre nous, le fait d’utiliser un mot estranger nous arrange sacrément, rapport au flou sémantique. Les étymologues du cru eux-mêmes restent cois quant à l’origine de booster. Parfaite excuse pour y mettre un peu ce qu’on veut : « accélérer », « amplifier », « stimuler »… Booster endosse tout, c’est sa tournée.

 

Il y a peu, seuls moteurs, machines et basses de nos chaînes hifi se faisaient booster à tire-larigot. De ce lexique technique, on est passé sans vergogne à « booster des ventes », « booster une carrière » voire « booster quelqu’un » si c’est une grosse feignasse.

Tout ça pour ne pas dire doper, relancer ou donner un coup de pied aux fesses à. Si c’est pas malheureux.

 

Mais il y a pire.

Après un coup de boost, le sujet n’est pas simplement boosté : il est reboosté, ça change tout. Comme si, d’une part, tout repartait comme en 40 et que, d’autre part, c’était pour toujours.

Petit miracle dont se repaît évidemment l’industrie cosmétique, qui retend, repulpe et regonfle à tout-va.

 

‘Tention, s’agit moins de bouter l’anglicisme hors de France que de déplorer son côté artificiel. Parce qu’on ne vous la fait pas (même s’il vous arrive d’employer booster à votre corps défendant) : c’est du collagène en barre, ce verbe.

 

Pour parachever le tableau, conjuguons-le un peu, ça lui apprendra :

je lui boosterai la tête (je lui boosterai la tête) ;
que boostiez-vous au temps chaud ?
il aurait fallu que vous la boostassiez davantage ;
boostez, boostez, il en restera toujours quelque chose.

Merci de votre attention.

 

Illimité

 

Pour écouler leur camelote, les cameloteurs ne connaissent plus de limites. Argument massue : promettre de l’illimité. A toute heure du jour et de la nuit.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Du temps où les prouesses technologiques n’étaient pas encore ce qu’elle sont, c’est-à-dire hier soir tard, le téléphoneur lambda soupesait encore les forfaits qu’on lui proposait. Forfaits que certains opérateurs avaient baptisé « formules », tant il fallait de jus de méninge pour les résoudre : plutôt 4h + x avantages ou 2 x 2h + y points ?

Passée à la postérité, l’expression « forfait illimité » ne nous fait même plus éclater de rire. Voilà qui est rageant, les occasions de se taper sur les cuissots se raréfiant promptement.

Rôh mais si : un forfait, par définition, est un prix immuable. Au-delà duquel nous commençons à raquer.
S’il est illimité, comment pourrait-on le dépasser, hein ? hein ? vous qu’êtes si malins ?

Sans compter que, tout à nos connexions zininterrompues, on feint d’ignorer la limite ultime : celle de l’espace et du temps. Même avec le plus illimité des forfaits, vous ne pourrez discuter le bout de gras sous une autre latitude plus de 24h par nycthémère – et je vous conseille de rester polis.
Pouffez pas ; certains ne se débranchent même plus, faisant peine à voir.

 

De même, l’on se précipite sur un « buffet à volonté » comme si la sous-nutrition jusque-là nous guettait. Sauf que 1) la boustifaille qui s’y étale mérite rarement qu’on fasse bombance, 2) quand y’en a plus, y’en a plus, z’aurez beau vouloir.

 

Semblant d’explication. Etant donné que l’Eternité n’a plus la cote, l’Illimité permet de récupérer les brebis zégarées. En jouant sur la peur du manque – sans piger que c’est ce dernier qui crée l’envie (faut déjà être nouille).

Ainsi, persuadés de vivre de ressources illimitées et encore marqués par deux ders des ders et le rationnement qui s’ensuivit, nous adhérons sans réserve au mythe d’une profusion qui n’a d’infini que le nom.

Le vrai, lui, brille tous les soirs au-dessus de nos têtes.

Merci de votre attention.