Tige

 

Suite à l’étymo de coton, nous avions laissé coton-tige en rase campagne. Lavons l’affront et procédons sans plus attendre à l’examen de tige.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Pour faire simple, est considérée comme tige la « partie axiale de la plante ».

D’où le sens figuré, désormais perdu :

premier père, fondateur d’où sont sorties toutes les branches d’une famille :
La tige capétienne.

D’où l’encore plus has-been « faire tige » (« avoir une descendance »), qui n’a guère fait tige que dans la chanson fétiche d’Alain Bashung Faire tige de l’amour.

Puis par analogie :

élément long et mince, de section généralement circulaire, appartenant à un mécanisme.

Les métaphores coquines ayant tôt fait de fleurir (ta-ta-ta, on vous connaît), il fut un temps où l’on pouvait même se faire

brouter la tige,

le cas échéant par une belle plante, dans une mise en abyme qui vaudrait le détour si elle ne nous éloignait outrageusement du sujet.

 

Equivalent de « tronc » au début du XIIe siècle, tige pousse sur le latin tibia. Ce qui, a priori, est à se tenir les côtes. Mais tout bien considéré, ce cher os, par son côté longiligne, n’évoque-t-il pas une tige dans toute sa splendeur ?
Racine indo-européenne tuibh (« creux ») qui nous a permis au passage de siphonner leur siphon aux Grecs.

 

Le passage de tibia à tige, lui, se perd dans la nuit des temps. Mais il est bon parfois de préserver le mystère, surtout quand on songe aux « coton-tibias », « tibia capétien » et autres « faire tibia » auxquels nous avons échappé.
Quant à se faire « brouter le tibia », on en frissonne rien qu’à l’idée.

Merci de votre attention.

 

Coton

 

Oh mais ne sont-ils pas relativement rares les mots pouvant prétendre au statut de nom et d’adjectif ? D’ailleurs, à chaque fois que ça se produit, on est bien en peine d’expliquer une telle polysémie : chouette ; rasoir ; maison ; vache
Attention donc : il se pourrait que cette étymo soit plus coton que prévu.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Cotun pousse déjà au XIIe siècle sur nos terres. Il faut pourtant attendre 1732 pour le voir s’exporter aux Stéites où il fera le bonheur de générations d’esclaves.
Les plus enclins à la tâche n’avaient-ils pas pour fière devise :

Cotonnier, on y reste ?

Remémorons-nous également ce vers de Leadbelly, déclamé par le grand Fogerty :

When them cotton balls get rotten
You can’t pick very much cotton.

Pourquoi faire compliqué, on se le demande ?

 

Coton dérive de l’arabe qutn, peut-être emprunté à l’égyptien, via le rital cotone (la route du coton partant des pays chauds pour traverser la Sicile).

Bien plus tard apparaît la rapicolante expression « filer un mauvais coton », qui dit exactement ce qu’elle veut dire. A utiliser aussi souvent que possible. Non mais vraiment hein.

Le vocable est d’ailleurs si plaisant qu’il donne lieu, sous diverses plumes, à « (se) cotoniser » (devenir mou comme du coton), cotonnerie (plantation ou fabrique de coton), voire cotonnette (étoffe bon marché).

Sans oublier, passé à la postérité (mais plus pour très longtemps vu l’émergence d’un pseudo-synonyme appelé « bâtonnet ouaté » non mais où va-co-t-on), le coton-tige, curieusement masculin quand tout portait à croire que la tige allait l’emporter. Coton était le plus fort…

 

Quant à l’adjectif équivalant à ardu, il est attesté en 1890. Et pourquoi ? Parce qu’il signifie « inextricable » comme… comme du… ? On ne peut rien vous cacher.

Merci de votre attention.

 

Voiture

 

Faut toujours que les choses de la vie courante se parent d’un nom savant. Fermeture Eclair pour braguette, réfrigérateur pour frigo, horodateur pour machine à sous… Sans qu’on lui ait rien demandé, le politiquement correct a ouvert les vannes en grand : « SDF » pour vagabond, « crème dessert » pour yaourt, « bâtonnets ouatés » pour coton-tiges. Imbattables, ceux-là.
A la voiture, certains préfèreront donc l’automobile qui bouge toute seule ou quasi.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Les puits de science que vous êtes savent qu’on n’a pas attendu l’automobile pour se déplacer en voiture. Simone ? C’est exact, à défaut de moteur, les carrioles avaient forcément besoin d’animaux de trait pour avancer. Entre toutes, c’était donc la « voiture à cheval » que prenaient les gens pressés. A tel point qu’on trouve encore des « chevaux-vapeur » sous nos capots, je vous ferais dire.

Moyen de transport avec des roues, voilà le concept. Contrôle du véhicule.

Bé justement, véhicule et voiture sont comme qui dirait cousin-cousine. Si en 1283 on descendait de voiture (cette « caisse ou plate-forme montée sur roues, tirée ou poussée par un être animé et servant au transport »), au début du même siècle on avait pourtant pris place dans ce qui n’était encore qu’une veiture ou veicture (du nom latin à peine customisé vectura, « transport », formé sur le participe passé de vehere, de même sens). Véhicule est en embuscade, vous aurez aussi reconnu vecteur, le filou. De même, si invectiver nos contemporains est consubstantiel à la voiture, c’est qu’on y est invectus : « transporté (par la colère) ». Ce que langue veut…

Il a fallu attendre 1769 pour que le vieux Joseph Cugnot fît enfin pétarader le bazar. Son « fardier », quoique destiné à ne trimbaler que des fardeaux (des engins de guerre en l’occurrence), signait l’acte de naissance de la voiture.

Oui Simone ? Excellente remarque : depuis les débuts du rail, c’est toujours comme ça qu’on appelle un wagon. Et on aurait tort de se priver, l’est construit sur le même radical wegh (« transporter, se mouvoir ») qui sert partout depuis sept millénaires. En latin donc (vehere, vehiculum) mais aussi en sanskrit (vahanam), dans les langues slaves (vozu, vezu, povozka), nordiques (wega, vega), ainsi qu’en vieux saxon et en vieux germanique (wagan, devenu Wagen et wagon).
Bien Simone, c’est aussi de là que viennent weg et way. Les voies de l’étymo sont d’un pénétrable…

Merci de votre attention.
Et merci à François Rollin pour le prêt de Simone.