Petit petit petit

 

Petites virées au petit bonheur la chance quand ce n’est pas aux petits oignons… on ne jure que par la petitesse en cette contrée. Une petite minute. Et les petites combines ? Et les petits arrangements entre amis ? Personne n’en sort grandi.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Quand petit désigne de l’objectivement petit, rien à redire. « Petite fille », oui. Quant à « petit garçon », on s’est déjà fait un petit topo là-dessus, les p’tits gars.

Mais petit à petit, on glisse vers le jugement de valeur :

N’auriez pas une petite cigarette ?

Sous-entendu la moins nocive du paquet ?

Ah au fait j’t’ai pas dit :

j’ai trouvé un petit pull sympa.

Modérez votre enthousiasme. Vous l’auriez laissé en rayon s’il taillait petit.

 

Du petit père des peuples au petit copain, l’épithète trompe son monde. Il fut un temps où les patrons donnaient même du

mon p’tit

à leur secrétaire.

Si ça se pratique encore, nous écrire. En sténo, ça va aussi.

 

Mais c’est surtout derrière les fourneaux que le festival bat son plein.
Alors que manifestement le calibre de chaque ingrédient est normal, le cuistot n’en démord pas :

je mets ma petite sauce au beurre sur mes petites asperges de tout à l’heure (…) ;
avec un petit pinot gris qui vient d’un petit producteur (…)

Z’êtes témoins. Il joue à la dînette.

 

Si c’est partagé de bon cœur, encore, on veut bien fermer les yeux – notamment au moment du pinot gris qui effectivement effectivement. Mais sorti de l’inanimé, petit redevient mesquin (petty chez Shakespeare) :

elle n’est pas près de changer ses petites habitudes, cette grande asperge.

Et nous non plus. On a sa petite fierté.

Merci de votre attention.

 

« Préchauffer le four »

 

De même que les contes commencent toujours par « il était une fois », la plupart des recettes débutent par un sacro-saint « préchauffer le four ». Passons sur le temps de préparation dépassant allègrement celui du préchauffage susdit, ce qui stresse le cuistot et gâche du watt à tire-larigot. La véritable fumisterie réside dans l’emploi des termes. Préchauffage ? On vous ferait avaler n’importe quoi, à vous.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Car qui dit préchauffage dit obligatoirement chauffage.

Or, à moins d’un antique four à pain alimenté au feu de bois, nous autres ne chauffons pas le four à proprement parler : nous nous contentons de l’allumer. En plus, un seul geste pour préchauffer et pour chauffer, c’est pratique.

fourImaginez maintenant qu’il vous prenne l’envie d’enfourner sans préchauffage. Par quelle formule commencer la recette ? « Chauffer le four » ? Vous enclencheriez plutôt la cuisson. Et si cuire = chauffer (règle de trois), précuire ne peut équivaloir à un préchauffer qui, nécessairement, le précède – sans quoi ça précuit que dalle et la tarte, c’est du caoutchouc.

D’ailleurs, quand on y réfléchit, cuire n’est pas tant chauffer le four que le plat qui y va.
Par conséquent, toute espèce de préchauffage est bonne à jeter au feu.

 

Montons d’un étage. Vous a-t-on jamais sommé de « préchauffer la plaque » en vue d’y poêler quelque chose ? Ou de préchauffer la matière grasse y afférente ? Voyez le ridicule, pour ne pas dire l’extrême gravité de la chose. « Chauffer la plaque » ou « faire chauffer l’huile », telle est la consigne ; toujours pas de préchauffage en vue.

 

Moralité : allumeeeeeeeer le feu, allumeeeeeeeer le feu, et faire danser les diableuetlesdieuuuux.
Et ils vécurent heureux et ils eurent beaucoup de tartelettes.

Merci de votre attention.

 

Restaurant

 

« Cocorico », fait le coq avant de finir au vin. Aucun doute : nous sommes le peuple de la gastronomie. C’est bien simple, on ne compte plus les estrangers nous ayant subtilisé le mot restaurant. A commencer par les anglophones ; et, quand on connaît leur bouffe, on conçoit que les drôles aient tout misé sur l’enseigne. « Fast-food » (où l’on mange mal mais vite), « buffet à volonté » (où l’on mange mal mais à volonté) parviennent néanmoins à tirer nombre d’entre nous hors du domicile (où l’on a tout le temps de faire bon et copieux).

Mais revenons à nos moutons, moutons.

A quelques exceptions près, restaurant égale fête. Au demeurant, son étymo est si limpide qu’on ne la voit plus : on y entre, tout sourire, pour se restaurer. Imaginons ces voyageurs harassés d’avant le hamburgé, volontiers ripailleurs, bombançant à coups de « Holà ! Tavernier ! » avant de cuver goûter un sommeil réparateur. Bête comme chou hein ? C’est d’ailleurs dans ce sens que l’on utilise restaurer tout court. Un restaurateur, lorsqu’il ne tient pas un restaurant, est celui chargé de « retaper » des antiquités de tous ordres :

Je me retaperais bien un peu de cette merde.

Précisément, avant que la métonymie eût fait son œuvre, un bon restaurant se trouvait dans l’assiette (« aliment, boisson qui restaure »).
Exactement comme un petit remontant, voui voui.

Le verbe n’a pas bougé d’un poil de pinceau depuis le latin restaurare : « rebâtir, réparer, renouveler ». Et ce radical –staurare ? Mais c’est celui qu’on retrouve dans instaurer. Il ferait même diantrement penser à son grand frère stare (« être debout »).

Statique comme une statue au stand de frites, derrière son taré de frangin.

(C’est pas un jugement, c’est un constat.)

 

Pour la petite histoire, selon Littré, le premier restaurant strico sensu fut ouvert près du Louvre en 1765 par un certain Boulanger. Qui, tel Christophe Colomb, crut jusqu’au bout tenir une boulangerie. Comme la clientèle chinoise s’entêtait à lui réclamer des baguettes, il devint fou et s’en fut, de dépit, engraisser les poissons de la Seine.

Merci de votre attention.