Nager mais pourquoi faire ?

 

Un jour, il faudra qu’on nous explique le but de la natation. Que cherche-t-on dans l’eau que la terre ferme n’offre pas ? Crawl, brasse, papillon, on a beau varier les plaisirs, la finalité nous échappe.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Encore que dans le cas des nageurs professionnels, tout doive aller le plus vite possible, comme à la course à pied. Sachant que tous se tiennent en une poignée de centièmes qui se perdent au départ, il suffirait de juger l’arrivée de suite après le plongeon pour être fixé. Ce qui épargnerait des longueurs à tout le monde.

nagerCar pour les taillés en V comme pour nous, les taillés en I, la plupart du temps, c’est en bassin que ça se passe. Nager dans la mer, plus personne ne s’y aventure. A part ceux qui n’ont pas su pour l’invention du bateau.

Or, qu’est-ce qu’une piscine ? Un lieu où l’on pratique la nage d’appartement mais collectivement, dans le chlore et le bruit. On ressort de là lessivé, avec des verrues plantaires pour peu que le sort s’acharne.
Au moins, ça donne du boulot aux maîtres nageurs et aux dermatos.

 

Quand le sens commun donne sa langue au chat, la psychanalyse prend le relais.

Et si on nageait tout simplement pour retrouver notre sérénité amniotique perdue ? Allons bon. On ne sache pas que le fœtus s’ébroue dans son liquide ; il se contente d’y flotter, sans rien glander.

A moins qu’il ne faille remonter plus loin encore, du temps où nous étions des poissons. Mais si l’évolution nous a privés de nageoires, c’est pas pour des prunes, mes tanchons.

Régresser en buvant la tasse ? Merci bien.

 

Ou alors, c’est juste pour pouvoir faire le cake en maillot de bain devant ses semblables.
Oui, tout ça, c’est une excuse pour se foutre à poil. Et se laver sans se frotter, encore.
Quoique certains se jettent à l’eau en combinaison intégrale. Un jour, il faudra qu’on nous explique.

Merci de votre attention.

 

Comment détester tout le monde sauf vous ?

 

« L’enfer, c’est les autres », comme le sartrait Jean-Paul. Il suffirait donc qu’autrui soit votre copie conforme pour que tout s’arrange.

Ce ne serait pas le paradis pour autant. Car alors surgiraient des contradictions qui font le sel du philosophe au turbin : pourriez-vous être votre propre ami(e) ? Dans l’affirmative, qui vous signalerait vos khônneries en temps réel ?
Vous ne vous supporteriez pas longtemps, avouez. La guerre des clones ferait rage en moins de deux.

C’est pourquoi vous préférez conchier l’altérité quelle qu’elle soit. Ça vaut mieux que de se conchier soi-même. Et le prétexte est tout trouvé : sachant que personne ne peut être vous, personne n’est à même de vous comprendre mieux que vous et toute coexistence est vouée à l’échec.

 

Toutefois, il a bien fallu qu’une cellule se divise en deux, se quadrivise en quatre et ainsi de suite jusqu’à mettre bas l’ensemble de l’engeance, qui n’est donc qu’une seule et même personne. En passant par le singe, pour ne rien arranger.

La différence a beau vous gonfler, elle n’est qu’apparente, comme la poutre du même nom.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en grand singe civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  La subdivision cellulaire qui vous sert de voisin mériterait l’indulgence, dans l’absolu. Voire de la gratitude envers dame Nature qui n’a pas jugé bon d’en produire deux pareils.

 

♦  Le nombre moyen de cellules pigmentant la peau est sensiblement le même d’un individu à l’autre. Y’a que la taille des granules distribuées par lesdites cellules qui change. Vous ne vous mettriez pas à dos la terre entière pour une histoire de calibrage, si ?

 

♦  Abhorrer l’humanité en bloc passerait pour trop pextrême de toute façon. Tâchez de ne considérer comme humains que ceux de votre tribu. Si vous êtes un vilain brun à petite moustache, comptez-vous quand même parmi les grands blonds athlétiques. Plus c’est gros, plus ça passe.

 

♦  Haïssant vos superstitions, certains spécimens font tout pour que vous haïssiez les leurs. N’en profitez pas pour les rabaisser à ce titre (à moins que vous ne conchiiez toutes les superstitions, ce qui serait beaucoup plus simple). S’il se trouve que leurs superstitions sont les vôtres, prenez-en acte (quelque arrachage de gueule que cela suppose) et changez-en (à moins que vous ne conchiiez toutes les superstitions, ce qui serait beaucoup plus simple).

 

♦  Certains régimes alimentaires vous paraissent pour le moins loufoques. C’est vrai, comment c’est possible d’avaler des trucs pareils ? Avec un appareil digestif identique au vôtre, ne l’oubliez pas.

 

♦  Quant au fait que des appareils génitaux identiques s’emboîtent entre eux, voilà qui vous échappe totalement. Mais que faites-vous du principe « qui se ressemble s’assemble » ? A vous dégoûter de solliciter vos propres gonades.

 

♦  En désespoir de cause, vous pouvez toujours vouer aux gémonies ceux qui n’ont pas le même groupe sanguin. Et, pour preuve de votre supériorité, vous taillader les veines en place publique.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

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Comment pratiquer le naturisme au pôle Nord ?

 

Tandis que tout le règne animal dort encore le kiki à l’air, nos ancêtres se couvraient déjà de peaux de bêtes, rattrapés par l’évolution dont la longue et merveilleuse chaîne a permis qu’on s’écharpe aujourd’hui au démarrage des soldes.

 

Laissez erectus en dehors de tout ça. Et admettez qu’aller cul nu est pour vous, sapiens des classes moyennes en milieu tempéré, la seule manière de vous démarquer un tant soit peu de la tiédeur ambiante.
Mais avez-vous pensé à vos congénères sur la banquise, soucieux comme vous de revenir à l’état de nature ? Les pauvres bougres y chopent la mort, littéralement. Selon que l’on foule le sol austral ou boréal, les températures oscillent entre 0 et -43°C / -12 et -65°C. Autant dire qu’une petite laine est à prévoir.

 

Que les messieurs du sexe masculin se rassurent de suite : les top models inuits se comptent sur les doigts d’une moufle. L’éventualité de devoir planquer leur trouble est donc quasi-nulle.
Le véritable danger réside dans les engelures mal placées. Sous ces latitudes extrêmes, exposer vos parties ne va pas sans risques, même dans l’igloo.

Vous avez vaincu votre pudeur, ce n’est pas pour capituler face à un mercure inexistant, n’est-ce pas ?

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en nudiste civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Sur le principe du caisson réfrigéré, ne vous déplacez qu’en caisson chauffant, tout bêtement. Des parois vitrées permettront au peuple arctique de vous admirer dans le plus simple appareil.

 

♦  Inutile de tenter un réchauffage par l’urine, celle-ci gèlera avant même de rencontrer l’émail des waters. Vous avez en revanche tout loisir de vous enduire de Banania, de cire chaude ou de métal en fusion avant de sortir saluer les pingouins.

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♦  Quoi que vous vous en défendiez, le fond de l’affaire est de pouvoir vous exhiber au nez et à la barbe de la maréchaussée. Adoptez donc une pelisse intégrale couleur chair, reproduisant votre atanomie au grain de beauté près. L’illusion de la nudité bien au chaud.

 

♦  Si la chance vous sourit, la calotte glaciaire aura disparu de votre vivant. Encore un peu de patience, le problème se règlera tout seul.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.