Frangin

 

Fait troublant : frangin se décline en frangine pour désigner tout élément féminin d’une fratrie. Au comble de l’affection, imagine-t-on donner à nos sœurs du « frérotte », sur le modèle de frérot ? C’est bien la preuve que frangin/frangine est un couple à part. D’ailleurs, fait troublant, il partage ses fricatives avec frère, alors que vous ne partagez sa fricassée qu’avec votre sœur.

Mais revenons à nos lapins, moutons.

Frangin est d’origine obscure, maugréent les dicos. Qui vont jusqu’à mettre le sens familial et celui de « copain, camarade » sur le même plan. Ce dernier n’est donc pas figuré ?
Figurez-vous que non : c’est le frangin en amitié qu’on rencontre en premier couché on the paper (1821), quand l’équivalent de frère ne débaroule qu’en 1833. Frangine, fait troublant, est attesté la même année que frangin.

 

D’aucuns vont chercher l’acte de naissance du mot dans le Piémont, sans toutefois déterminer si ce franzino est l’aîné ou le cadet de notre frangin.

D’autres y voient un emprunt à l’argot des canuts, ces tisserands lyonnais dont la cervelle légendaire aurait accouché de frangin pour dénommer un faiseur de franges.

Sur cette lancée, d’autres encore évoquent une tradition bien française selon laquelle la totalité des rejetons vivant sous le même toit porterait la frange réglementaire (d’où le caractère unisexe du vocable).

Si l’on suit cette histoire de frange, il faut revenir au latin fimbria de même sens, plus tard déformé – fait troublant – en frimbia.
Vous saisissez le topo ? Le Romain moyen ne se serait pas emmêlé les pinceaux que frangin n’existerait même pas à l’heure qu’il est.

 

Pour conclure dans le tiré par les cheveux, frangin pourrait être

issu d’un croisement de frère avec franc [l’épithète].

Pour être franc, on n’y croit pas beaucoup. A ce compte-là, ç’aurait plutôt donné « franquin », non ? M’enfin !?

 

Comme quoi, avec le frangin, on n’est jamais sûr de rien.

Merci de votre attention.

 

Tout est vrai (ou presque)

 

Qu’on ne vous voie plus errer d’une chaîne à l’autre entre la fin du JT et la première partie de soirée dans un rototo de fromage. Ta-ta-ta. Personne ne vous a condamnés aux émissions bouche-trou allant de la météo à l’état du trafic en passant par le tirage du loto qu’est jamais pour votre pomme. Ni à vous enfourner (pire encore) un quelconque tunnel de pub. ARRÊTEZ ÇA, POUR L’AMOUR DE QUI VOUS VOULEZ.

Et accourez plutôt sur Arte tous les jours à 20h50 (week-end compris) zieuter Tout est vrai (ou presque). Une pastille pas consensuelle mais qui devrait faire consensus, mes moutons, car tout ce qui est fin + drôle + inventif + unique en son genre ne saurait indéfiniment vous échapper. Ce serait gâcher.

 

En trois minutes chrono, la vie et l’œuvre des grands de ce monde passe donc au tamis d’une joyeuse bande de fous furieux. Rigoureusement authentique (Tout est vrai…), chaque anecdote est prétexte à illustrer ce que raconte la voix off, sur le registre du pied de la lettre et de l’association d’idées. Au vu de la frugalité des moyens du bord (figurines, décors naïfs, accessoires de farces et attrapes manipulés sur fond blanc), c’est un pur délice. Montage et rythme à l’avenant, on ne vous la fait pas, ça tomberait à plat rapidos sans ça.

Inutile de dire qu’on apprend beaucoup et qu’on retient tout, étant donné qu’on se bidonne. Vraiment, hein ! Un rire aux éclats minimum garanti même dans les mauvais jours.

 

Des enfantillages au rendu irréprochable, Panique au village nous avait déjà fait le coup. Evidemment, comme pour les aventures de Cheval, Coboy et Indien, il a fallu bien des talents au diapason pour accoucher d’un truc pareil. Le protocole exigerait de se prosterner devant toute l’équipe en leur baisant les pieds. Plus simple : se reporter au générique de fin de n’importe quel épisode. Ben tiens, au hasard, celui consacré à Catherine Deneuve :

Tant qu’à faire, profitez-en pour passer les 28 minutes qui précèdent en compagnie d’Elisabeth Quin et de ses hôtes pour un regard pertinent et malicieux sur l’actualité. Ce qui fait que tac, (presque) plus besoin de zapper.

 

belle-de-jour

Eboueur

 

Mesurez bien avec quel respect nous, peuple de fins lettrés, appelons les gars chargés de ramasser nos poubelles. Laissez donc « poubelleurs » aux béotiens et à ceux qui bazardent leurs ordures en vrac sans faire de sac (par métonymie : « ordures »).

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Ainsi, tout comme le pompier, l’éboueur a droit à son petit nom légèrement suranné. Car quand on y pense, le « poubelleur » honni plus haut aurait mieux épousé l’idée, s’il n’avait été si moche. Littéralement en effet, l’éboueur n’enlève que la boue des rues, depuis 1870. Le hic, c’est que l’arrêté du préfet Poubelle ne date que de 1883. Bouh on a échappé à « poubelleur » de peu dites donc.

On se souvient encore de l’explicite boueux, déformation populaire maintenant inusitée de notre éboueur. Il faut croire que nous autres aimons trop nous ébrouer dans la boue, au point de s’y livrer combat ou de s’en faire des bains. C’est peut-être un détail mais il paraît même qu’on jouait du piano de boue autrefois (du temps où on ne craignait pas l’humour vaseux).

Mais d’où vient toute cette boue ? Selon toute vraisemblance du gallois baw (« fange, saleté ») via le gaulois bawa puis, fin XIIe siècle, le françois boe (« terre, poussière détrempée »).
Formulons l’hypothèse que le mot gallois et notre bêêê de dégoût ont plus qu’une lointaine parenté.

 

Et puisque personne ne s’y colle, voilà l’occase rêvée de vous entretenir du mot boulibatch, lequel brille par une absence aussi navrante qu’inexpliquée dans tous les dicos de France et de Navarre. On le préfère, et de loin, à son équivalent gadoue, par trop sage. Non seulement parce que ce terme régional est cher à notre cœur mais parce qu’objectivement, il cause davantage à l’esprit. Qu’on en juge : hermaphrodisme solide/liquide, agglomérat informe, glissade et éclaboussures contenues dans la sonorité… La boulibatch est à la boue ce que Deneuve fut à la Femme : un genre de perfection.

Merci de votre attention.