Conspuer

 

Un malheur n’arrivant jamais seul, les mots qui contiennent des gros mots traînent un sens négatif. Concupiscence, nyctalope, salopette : tous plus effroyables les uns que les autres. Règle à laquelle conspuer ne fait pas exception.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Conspuer a beau être le chef de famille :

exprimer bruyamment et publiquement, généralement en groupe, de l’hostilité envers quelqu’un,

c’est à huer qu’on pense en premier dès qu’il s’agit de

pousser des cris, des vociférations contre quelqu’un pour manifester son hostilité ou sa réprobation.

Pourtant, leur synonymie frise la consanguinité. Impression renforcée par la finale commune.

Conspuer semble en imposer malgré tout. S’il n’a pas de substantif type huée, c’est parce qu’il se suffit à lui-même. D’ailleurs, l’adverbe qu’on est tenté de flanquer à huer (« copieusement », le plus souvent) s’efface toujours devant les biscottos de conspuer.

 

Et puis huer vient de l’épiderme (houuuuuuuuuuuuu houuuuuuuuuuuuu houibon). Conspuer le cérébral se serait donc construit à la force du poignet ?

C’est oublier que le latin conspuere, « salir de crachats, mépriser », s’il englobe son sujet (con-), imite lui aussi le bruit du crachat (-spuere). Exactement comme le grec ptuein et l’anglais spit. Ce dernier, toujours zenclin à plaquer des verbes sur des onomatopées, se contente d’ailleurs de boo (booooooooooooooo boooooooooooooo booandsoon) lorsqu’il conspue son prochain.

Dans la même veine, « couvrir de tomates » a failli devenir consprotcher, et « jeter des œufs » conpritcher (la déflagration est plus circonscrite). Pourquoi ces verbes si évocateurs n’ont-ils jamais vu le jour ? Parce que tomates et œufs s’accompagnent quoi qu’il arrive du fait de conspuer.
Ou de mayonnaise (facultative).

 

Après tout ça, n’oubliez pas de vous laver les dents car conspuer le lavabo est une activité saine.

Merci de votre attention.

 

Face à quoi déclamer « to be or not to be » ?

 

Là est la question.
Car au moment d’attaquer la tirade, vous réalisez qu’il manque le crâne. Soit un plaisantin vous l’aura chouravé sans demander son reste, soit la mise en scène minimaliste ne prévoyait aucun accessoire.
Dans tous les cas, vous vous retrouvez marron, Gros-Jean comme devant, genuinely emmerded pour les puristes.

shakespeareComment le métaphysique apogée peut-il submerger la salle s’il repose sur votre seule interprétation flageolante ?

Tout n’est pas perdu. Vous qui avez brûlé les planches par les deux bouts savez tirer avantage de n’importe quelle situation. Sans qu’on subodore jamais la panique sous le vôtre, de crâne.

Improvisez avec ce qui vous tombe sous la main. Les meilleurs Hamlet ne sont-ils pas mitonnés avec les moyens du bord ?
Ce qu’un public non averti verra comme un pis-aller s’imposera comme un parti pris audacieux.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en prince du Danemark civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Ni tibia, ni coccyx, ni clavicule pétée n’égaleront la puissance évocatrice des orbites. Sortez du registre anatomique et recréez un néant tout à fait convaincant avec une vapoteuse, le vinyle d’un obscur yé-yé nippon ou la sortie de secours.

 

♦  Pour symboliser la volatilité de l’existence, brandissez donc le sauc’ qui vous suit depuis les loges.

 

♦  A propos, tout le premier rang admire goguenard le bout de gras resté coincé sous votre molaire gauche. Profitez-en pour envoyer le monologue dans les dents de votre brosse et de votre tube de Colgate.

 

♦  Adressez-vous à un spectateur au hasard, de préférence un peu décati pour rappeler le crâne. Ça lui apprendra à rire sous cape de vos gencives.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Comment lui plaire avec un machin COMME ÇA coincé dans les dents ?

 

Jusqu’ici, votre rencart tient ses promesses. Sans vouloir verser dans un optimisme béat, l’ambiance rigolarde laisse augurer d’une suite aux petits oignons.

Mais ne péchez pas par excès de confiance. Un paramètre échappera quoi qu’il arrive à votre contrôle : celui du truc que vous avez là.

Et pourtant, vous aviez sacrifié les olives en apéro, habilement louvoyé entre salades et mets persillés, ignoré, la mort dans l’âme, le dessert dont les sédiments chocolatés vous faisaient de l’œil depuis le début ; peine perdue.

 

Inutile de vous tourner sept fois la langue dans la bouche en espérant rattraper le désastre. N’espérez pas non plus une cécité passagère (ou sélective) de votre vis-à-vis. Qui, dans le meilleur des cas, volera à votre secours dans un mélange de pitié et de tact comparable à la divulgation d’une braguette ouverte. Vos chances de succès s’en trouveront considérablement amoindries, pour sûr.

cure-dents

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en jouet du destin civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Aller vous mirer aux toilettes entre chaque bouchée. L’autre risquant de perdre patience, le plus simple sera de réserver la table directement dans les toilettes. L’intimité rêvée pour faire plus ample connaissance.

 

♦  Face aux moues de dégoût de votre hôte, faites valoir que le barbelé orthodontique des ados – que vous fûtes au passage – n’a jamais fait taire les hormones.

 

♦  Si Yannick Noah reste aussi populaire en rien faisant, il le doit bien sûr à l’écartement de ses incisives, plus connu sous le nom de diastème. Souriez donc à pleines dents, en y recréant un diastème improvisé avec un grain de poivre noir ou un bout d’entrecôte trop cuite.

 

♦  Optez pour l’un de ces protège-dents chers aux rugbymen. Non seulement vos dents resteront intactes mais vous passerez pour un parangon de virilité. Tout en divisant par quinze le nombre de khônneries articulées.

 

♦  Serviette et rince-doigts vous sont proposés d’office. Mais, en vue de faire intégralement place nette, que ne vous offre-t-on un échantillon de dentifrice au moment opportun ? Vos gencives se tapent tout le boulot, c’est bien la moindre des choses.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Aisselles de deux jours

 

Dans le style m’as-tu-vu des rasoirs à plein de lames, les déodorants clament désormais 48h d’efficacité. Leurs confrères à usage quotidien n’ont plus qu’à aller se rhabiller – avec des auréoles là où je pense.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

D’où sortent ces super-déos ? Testés sur des souris, probablement. Mais les souris ont beau s’agiter dans tous les sens, elles ne transpirent point. Pas plus que tout le règne animal c’est vrai ça (sauf les clebs un peu, par la truffe).
L’argument de vente fait donc pschitt, comme le spray.

 

« 48h » ? Pas de déo un jour sur deux (c’est ça que ça veut dire).

Mais alors, là où y’a d’l’hygiène, y’a pas d’plaisir ? Plutôt agréable au contraire, cette oxygénation des cavités. Vaporisée, la caresse devient même sonore. Et puis sans fraîcheur Narta, à quoi rimerait toute cette chorégraphie d’abord.

 

« 48h » : désodorisation en marche même le deuxième jour.

Diantre fichtre foutre. En principe, nous nous lavons 7 jours sur 7, 365 jours par an (sauf exemptés ou phacochères de service). Ce qui inclut à chaque fois les aisselles, zones sudoripares par excellence. Z’allez pas me dire que le déo de la veille résiste à un rinçage plus un essuyage consciencieux ? A moins qu’on puisse se dispenser de se récurer à cet endroit-là ? Si c’est le cas, la notice devrait l’indiquer, faute de quoi les clients mécontents iront se plaindre à la maison-mère. En poquant épouvantablement.

 

A supposer même que les super-déos agissent vraiment deux fois plus longtemps, les fabricants se tirent une balle dans le pied, à bout touchant : on en achètera deux fois moins, de leur bazar. Antiperspirant ? Antiperspicace, oui.

 

Imaginez un dentifrice du même tonneau, doté de super-pouvoirs éliminant le caca de dents pour toute la journée (48h, c’est pas pour tout de suite). Trois repas sans vous rafraîchir le four, vous vous rueriez, vous ?
Zindustriels, vous pouvez toujours vous brosser.

Merci de votre attention.