Comment vaincre la loi des séries ?

 

Il est des jours où quand ça veut pas, ça veut pas le sort s’acharne. Tout se ligue contre vous, à commencer par les objets qui, d’ordinaire inoffensifs, vous en veulent personnellement. Schkoumoune jusqu’à minuit, il n’y a pas d’échappatoire.

N’en tirez pas pour autant la conclusion qu’il suffit d’aller vous recoucher de bonne heure. La fatalité veut que vous trouviez encore le moyen de vous cogner le gros orteil contre le pied du lit. Et, sitôt la douleur devenue supportable, c’est le sommier qui vous lâchera. Ou le papier peint qui se décollera sur vous (une fois par siècle).

N’y a-t-il vraiment rien que vous puissiez faire ? Ne rendez pas les armes. Tel un maquisard sur le ballast, détournez le cours du destin à votre avantage.

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en poissard civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Scier les pieds du lit. Surtout, ne le faites pas vous-même. N’oubliez pas que si vous êtes à cran, elle aussi.

 

♦  Dès les premiers signes de la malédiction, restez cloîtré(e). Coupez tous les téléphones (pour éviter les mauvaises nouvelles), débranchez la sonnette (sans vous électrocuter), ne vous enfermez pas (vous casseriez la clé dans la serrure), poussez plutôt le lit devant la porte (c’est plus facile sans les pieds). Ne mangez rien (au risque de vous couper/brûler/intoxiquer/mordre la lèvre ou la langue), ne buvez pas (une fausse route est si vite arrivée), contentez-vous de respirer. Vous fêterez dignement votre victoire le lendemain.

 

♦  Défiez la loi des séries droit dans les yeux. La banalité devient catastrophe ? Foin de vos habitudes pépères, osez tout pendant 24 heures. Vous vous ramasserez tout autant mais au moins, du haut de votre brancard, vous lui aurez montré qui c’est le patron.

 

♦  Misez sur l’aspect attendrissant de la situation, notamment auprès de celui ou celle qui hante vos pensées. S’il y a un rapprochement à tenter, c’est le moment. Evitez cependant le coup de la tache de vin, de la panne ou de la noyade, le mauvais œil s’en chargera tout seul.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Comment lui plaire avec un machin COMME ÇA coincé dans les dents ?

 

Jusqu’ici, votre rencart tient ses promesses. Sans vouloir verser dans un optimisme béat, l’ambiance rigolarde laisse augurer d’une suite aux petits oignons.

Mais ne péchez pas par excès de confiance. Un paramètre échappera quoi qu’il arrive à votre contrôle : celui du truc que vous avez là.

Et pourtant, vous aviez sacrifié les olives en apéro, habilement louvoyé entre salades et mets persillés, ignoré, la mort dans l’âme, le dessert dont les sédiments chocolatés vous faisaient de l’œil depuis le début ; peine perdue.

 

Inutile de vous tourner sept fois la langue dans la bouche en espérant rattraper le désastre. N’espérez pas non plus une cécité passagère (ou sélective) de votre vis-à-vis. Qui, dans le meilleur des cas, volera à votre secours dans un mélange de pitié et de tact comparable à la divulgation d’une braguette ouverte. Vos chances de succès s’en trouveront considérablement amoindries, pour sûr.

cure-dents

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en jouet du destin civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Aller vous mirer aux toilettes entre chaque bouchée. L’autre risquant de perdre patience, le plus simple sera de réserver la table directement dans les toilettes. L’intimité rêvée pour faire plus ample connaissance.

 

♦  Face aux moues de dégoût de votre hôte, faites valoir que le barbelé orthodontique des ados – que vous fûtes au passage – n’a jamais fait taire les hormones.

 

♦  Si Yannick Noah reste aussi populaire en rien faisant, il le doit bien sûr à l’écartement de ses incisives, plus connu sous le nom de diastème. Souriez donc à pleines dents, en y recréant un diastème improvisé avec un grain de poivre noir ou un bout d’entrecôte trop cuite.

 

♦  Optez pour l’un de ces protège-dents chers aux rugbymen. Non seulement vos dents resteront intactes mais vous passerez pour un parangon de virilité. Tout en divisant par quinze le nombre de khônneries articulées.

 

♦  Serviette et rince-doigts vous sont proposés d’office. Mais, en vue de faire intégralement place nette, que ne vous offre-t-on un échantillon de dentifrice au moment opportun ? Vos gencives se tapent tout le boulot, c’est bien la moindre des choses.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Comment partir à la conquête de l’espace en ayant oublié ses chewing-gums ?

 

Vous flottez à des milliers de kilomètres de vos semblables. Qui, eux, suivent vos faits et gestes par NASA interposée en vous enviant drôlement. Mais oh qui c’est qui se les est fadées les études pour y arriver, au-dessus des nuages ?

Ne fanfaronnez pas trop : votre rêve de gosse tournera au cauchemar pour peu que vous ayez laissé vos chewing-gums en bas. La précipitation du départ, des consignes ressassées jusqu’à plus soif, une mauvaise nuit avant le jour J et la Grande Roue du destin s’est mise en marche : changement de veste au dernier moment. Et les chouingues dorment dans l’ancienne.

 

Comment mener à bien votre mission sans le secours d’aucun Freedent ? Autrement plus grave que le fait d’oublier nicotine ou carte Vitale, qui ne vous seraient d’aucune utilité là-haut. Car vous errerez sous peu dans les mers de la Lune, au milieu des vallées martiennes, sur une exoplanète lambda, engoncé(e) dans une combinaison intégrale avec votre haleine de chacal pour seule compagne. Encore une chance qu’il faille garder le casque ; imaginez qu’un sélénite ou un petit homme vert entame la conversation ! Le bougre indisposé par votre souffle y verrait un casus belli. Déclencher une guerre interplanétaire à cause d’une poche non vidée, un peu chéros, non ?

Les esprits forts feront remarquer qu’en l’absence d’air respirable, tout empuantissement est impossible. C’est oublier que l’haleine de chacal se joue même du vide.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en astronaute civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Gardez bien clos votre clapet. Au besoin, faites comme ces dames qui se pressent les lèvres l’une contre l’autre afin de répartir le rouge. Ou ces personnes âgées dont le tic de vieillesse s’apparente à une moue mobile. Croyant à un système de communication, ceux d’en face vous imiteront, sans vous imposer leurs propres exhalaisons.

martiens

♦  Aussi serviable soit-il, votre conjoint ne pourra vous dépanner sans grever sérieusement le budget du mois. Et qui nourrirait les gosses et le clebs ? Puisqu’il ne faut compter que sur vous-même, gardez à l’esprit qu’il y a de l’eau sur Mars. C’est bien le diable si vous ne tombez pas sur un geyser de dentifrice. Si les deux se trouvent par bonheur au même endroit, gargarisez-vous et recrachez bien au-dessus de la crevasse.

 

♦  Vous êtes formé(e) à faire tourner une station spatiale. Un stageounet sur la fabrication du chewing-gum en milieu fermé devrait être à votre portée. Une fois bien acquis chlorophylle et menthol, spécialisez-vous en xmklfxzl, le goût préféré des extra-terrestres.

 

♦  A une époque où l’on transplante à tour de bras et où l’on greffe des visages les doigts dans le nez (pour les chirurgiens étourdis), ne me dites pas qu’une purge complète du larynx n’éviterait pas des désagréments à vie ! Un grand garçon serviteur de la science comme vous se fera une joie d’être le premier cobaye.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Fulgurance #32

Il aurait suffi qu’on s’égosillât

Ali-Baba-et-les-40-voleurs-les-femmes-et-les-enfants-d’abord

au lieu de

A-wop-bom-a-loo-mop-a-lom-bom-boo

et toute la face du rock’n’roll en eût été changée.

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