Sur quelle planète partir ?

 

Votre pognon vous encombre. Les études vous ayant toujours rébarbé (de l’adjectif rébarbatif, sujet probable d’une prochaine étymo mais ne nous laissons pas distraire), il ne vous reste plus qu’à vous offrir un vol spatial.

Une revanche sur la vie comme une autre.

Mais ne vous lancez pas tête baissée à l’assaut du système solaire. Tous les astres ne se valent pas. A l’heure où il s’agira de choisir votre planète, exigez qu’on vous expédie à bon port. Autant marquer l’Histoire pour une destination qui en vaille la peine.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en gros plein de fric civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Mars bien sûr. Légèrement téléphoné, non ? Dans un avenir proche, tout le monde aura son ticket et ce sera comme la Côte d’Azur (y’a déjà de l’eau). Préférez un satellite pour votre petit pied-à-terre.

 

♦  Vénus a l’avantage d’être tellurique comme sa consœur. En sus, on s’y caille nettement moins (462 °C en moyenne). Par contre, sachez qu’elle évacue régulièrement sa chaleur par des éruptions volcaniques massives qui remodèlent entièrement sa surface. Si c’est pour finir grillé dans un pet de lave, non merci.

 

♦  Remontez vers Mercure. Un jour et deux ans, là-bas, c’est kif-kif. Si si ! C’est dû à son « excentricité orbitale », comme euphémisent les zastronomes. Vous pourrez donc voir le Soleil se lever puis se recoucher, puis se relever et à la fin de la journée, le Soleil se couchera puis se relèvera, pour se recoucher. Bonjour la sieste.

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♦  Jupiter ? Gazeuse. Vous ne supportez que l’eau plate.

 

♦  Saturne alors ? Sachez qu’une tempête de forme oculaire y fait rage sans discontinuer, le seul « œil » jamais observé au-delà de nos frontières. Le pouvoir de l’anneau sans doute. Vous qui vouliez juste être peinard.

 

♦  Uranus ? Cas unique, son axe de rotation est quasiment dans son plan de révolution autour du Soleil. Par conséquent, ses pôles sont situés là où les autres planètes ont leur équateur. Bref, c’est vraiment le gros Bronx.

 

♦  Neptune ? Vu la trotte et votre âge déjà mûr, si vous vous embarquez pour la gloire, vous n’en profiterez jamais de votre vivant ; économisez-vous le voyage.

 

♦  Pluton plutôt ? Peuh, vous n’y pensez pas. Considérée comme planète naine depuis 2006, on a fini par lui attribuer le numéro 134340 dans le catalogue des objets mineurs. Impossible de frimer avec ça.

 

Au lieu de vous improviser spationaute, posez-vous sur terre, c’est encore ce que vous avez de mieux à faire.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Stupeur/stupéfaction ?

 

Entre deux routes pareillement engageantes, on est saisi de stupeur. A moins que ce soit de stupéfaction ? Imaginez le nombre d’exemplaires de Stupéfaction et tremblements voués au pilon à cause d’un titre aussi raide.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

On ne va pas le faire à plouf plouf.

Stupeur :

Saisissement causé par un grand étonnement, un choc émotionnel qui prive une personne de ses moyens physiques et intellectuels.

Stupéfaction :

Etonnement extrême qui prive de toute réaction.

Bigre². Départager les deux oiseaux ne se fera pas sur le terrain sémantique.

 

Voyons les antécédents latins.

Stupor, état d’« engourdissement » provoqué par stupere, « être engourdi, immobile ». Stupide, en un mot.

Stupefactio, cristallisation de stupefacere, qui conduit à stupéfait, plus court (mais moins fort) que « frappé de stupeur ».

Au passage, seuls les pompeux de services préfèreront à l’épithète le participe stupéfié.

 

Comme d’hab, tout dépend de ce sur quoi on insiste. L’émotion (stupeur) ? Ou l’effet produit (stupéfaction) ?
Voilà qui nous ramène par la peau du cou au « sentiment d’insécurité » qui agite les concitoyens zobservateurs.

Déviez pas.

Si stupéfaction suit stupeur comme son ombre, il devrait en être de même pour tumeur/tuméfaction. Or le second est si rare que vous vous en tuméfiez les cuisses d’hilarité.

Tiens ben rareté/raréfaction : ici, on distingue littéralement le processus en train de se faire.

Et torpeur ? N’appelle-t-elle pas « torpéfaction » de toutes ses forces ? C’est pas pire, d’autant que l’« engourdissement » concerné est en tout point comparable à celui qui nous occupe.

Dommage que « torpéfait » reste interdit.

Merci de votre attention.

 

De préférence

 

Tu préfères papa ou maman ?

Autant demander aux mectons s’ils préférent leur khôuille gauche ou leur khôuille droite et aux fillettes de désigner leur téton préféré (si elles sont drôlement en avance). Sur ce sujet, celles-ci seraient toutefois capables de répondre, en dépit de l’indivisibilité du binôme et d’une symétrie parfaite. Les garçons sont plus rationnels, qui réservent d’égales faveurs à leurs gonades.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Que fout-ce, à la fin, de savoir où va votre préférence ? Comme s’il fallait toujours préférer ! Le plus souvent, nous hésitons comme des khôns entre deux folies en vitrine.
De plus, le cœur (préférer) ne s’aligne pas toujours, loin s’en faut, sur la raison (choisir).

Mais c’est ainsi : pour se consoler des pleins pouvoirs donnés à la raison, on aime se fabriquer de petits podiums personnels, histoire de se sentir singulier.
Et l’époque n’arrange rien. Car qu’est-ce que la mondialisation sinon une compétition à mort pour s’attirer vos préférences dans tous les domaines ?
milou-hesitation

D’ailleurs, vous ne serez jamais d’accord avec un best of ou compil’ d’aucune sorte : il y manque systématiquement une de vos préférées !
Achetez les intégrales, y’a qu’ça d’vrai.

 

Les plus zacharnés pousseront l’absurde jusqu’à ériger en dogme une « préférence nationale », aboyée très exactement comme suit :

Je préfère ma famille à mes amis, mes amis à mes voisins, mes voisins à mes compatriotes [etc. couché sale bête].

Oui mais si le voisin est un ami qui, coup de bol, se trouve être compatriote ? Il fait quasiment partie de la famille.

Peut-on diriger le pays de l’égalité et de la fraternité avec une telle finesse d’esprit ? On préfère ne pas y penser.

Merci de votre attention.