La guerre des parapluies

 

S’il pisse comme vache qui pleut, tout le monde est logé à la même enseigne. En revanche, dès que l’ondée se dissipe, il y a deux écoles : les téméraires qui replient leur pébroque et les poules mouillées qui préfèrent paradoxalement rester au sec jusqu’à ce que le dernier nimbus ait rendu toute son eau.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Vu ce qui tombe, autant passer entre les gouttes.
Oui mais si on s’embarrasse d’un parapluie, c’est pour parer la pluie.

Deux points de vue également défendables. S’ils coexistaient dans la concorde civile, tout irait pour le mieux. Mais il y a les trottoirs.
Et à chaque rencontre, c’est le malaise.

L’ascendant de ceux qui tombent le peps sur les jusqu’au-boutistes est tel que ces derniers passent invariablement pour des pleutres. Et finissent par baisser la garde. Les autres, quoiqu’ils se fassent saucer en toute connaissance de cause, n’ont jamais l’air ridicule. Rouvrir un pépin tout juste replié ? Vous n’y pensez pas, ça ferait gonzesse c’est une question de dignité.

Le mimétisme ne joue pas dans les deux sens, mes moutons.

 

Rappelons que l’être humain détecte la pluie par au moins trois sens : toucher, vue, ouïe.
S’il n’entend plus plic-ploquer et s’il ne distingue plus l’averse à l’œil nu, rien ne l’empêche de pratiquer la politique de la main tendue, pour mieux sentir.

 

Afin de ne plus passer pour une totale chochotte, le gouttophobe fera donc mine de tendre la main à l’extérieur du havre des baleines. Une fois l’intempérie jaugée, il remballera les gaules en n’oubliant pas d’arborer un air de soulagement (« y pleut pus »). Sa conscience et les faits se chargeront de le contredire.

A l’inverse, pour éviter d’être considéré comme un m’as-tu-vu intégral, le fier à bras adoptera le rictus de celui qui se fait saucer, histoire de simuler la gêne.

 

Tout ce qui précède est aussi valable avec ou sans capuche.

Merci de votre attention.

Pourquoi assurer le gros du déménagement lorsqu’autrui n’en fout pas une rame ?

 

Tout le monde est habillé en sale. Comme endimanché mais dans l’autre sens, d’ailleurs c’est samedi. Les coreligionnaires ainsi accoutrés se révèlent parfois sous un jour inattendu, notamment lui là, que vous ne voyiez pas si costaud, sans parler de la petite voisine qui jusque-là ne payait pas de mine.

Le temps de maudire sur dix-neuf générations les dégonflés de dernière minute et vos manches se retroussent toutes seules. Vous partez à l’assaut de l’encombrant comme du fragile, confiant dans la bonne volonté des personnes présentes. Qui toutes, a priori, ont signé pour en chier.

Sauf qu’indépendamment du degré de préparation de la manœuvre, vous êtes tombé dans ce qu’il est convenu d’appeler un déménagement de merde. A savoir que la suée royale qui vous brouille la vue est inversement proportionnelle au foulage de rate des autres. Même le grand costaud ne vous est d’aucun secours.
Redoubler d’efforts n’arrange rien : on vous regarde faire, muet d’admiration dans le meilleur des cas, dans une loquace indifférence le plus souvent.

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Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en bénévole civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Glissez-vous discrètement dans le frigo. En votre absence, une paire de tire-au-flanc finira bien par se couper les doigts à votre place. Leurs ahanements tout proches vous feront savourer votre vengeance comme un plat qui se mange de la même froidure que celle, résiduelle, de l’habitacle.

♦  Personne fors vous-même n’a encore soulevé un traître carton ? Repérez celui marqué SALLE DE BAIN, confiez-le à un membre de la cantonade qui le videra spécialement en vue de la bonne douche que vous allez vous offrir. Après quoi il réempaquètera soigneusement le nécessaire de toilette ayant à peine servi. La feignasse aura fini par se rendre utile et vous vous sentirez ragaillardi à double titre.

♦  Quoique sans limite, la force d’inertie n’incommode jamais ceux qui en font montre. A l’instar du judoka, retournez cette force à votre avantage. Placez deux ou trois individus bien à plat pour caler le chargement, au lieu des couvertures et sangles habituelles. Sinon pissage de sang, du moins estafilade, ces dernières vous auraient de toute façon cherché noise, compromettant gravement la suite des opérations puisque c’est vous qui vous tapiez tout depuis le début.
Dans la foulée, accroupissez-en un au hasard, chaussez-le de patins à roulettes puis commencez à le charger dans cette position. Il fera un excellent deuxième diable.

♦  Entamez à l’écart du groupe la danse de la pluie. Mais attention hein, allez-y franco. Lorsque les nuages s’amoncelleront au loin, incitez votre monde à mettre les bouchées doubles afin de terminer avant le déluge. Changement de braquet garanti.
Si vous avez mal calculé votre coup et que l’orage frappe trop tôt, pas de panique : tout le monde à la douche. Voisine comprise. Cette désastreuse journée pourrait se transformer en souvenir radieux.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.