Comment se passer de bouteilles pour transporter du liquide ?

 

S’ils réfléchissaient un brin, les fabricants de bouteilles se mettraient en grève tous les matins. Et obtiendraient gain de cause, attendu qu’ils tiennent le monde par les khôuilles (y’a pas d’autres mots ; s’il y en a, ils sont nettement moins forts).

A l’échelle de la planète, en ce moment même, vous représentez-vous la quantité de clapotis divers et variés ? De creux de la main en creux de la main, les ancêtres n’avaient guère d’autre choix que de l’inventer, cette bouteille. Pour le plus grand bonheur de la scientifique dont le taux d’élucidation passa du simple au milluple, rapport aux empreintes et à l’adéhène dont elle devint toute poisseuse.

En sus, vous comme moi sommes constitués à 65% de flotte, qu’il faut bien reconstituer en s’hydratant jusqu’à plus soif. D’où l’intérêt d’acheminer le liquide idoine afin de l’avoir toujours à portée de main ; question de vie ou de mort.

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Or donc, en prévision du grand soulèvement des bouteilliers le jour où ils prendront conscience de leur pouvoir, quelle attitude adopter ?
Réagissez en buveur civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Pour commencer, tout dépend du liquide dont on parle. Certains parviennent à s’en refiler des valises pleines sans déperdition – à condition que celles-ci soient hermétiquement closes.

 

♦  Autre solution en apparence tout indiquée : la brique. Attention, au premier sprotch de coulis de tomates, seule la pratique de l’origami au niveau mondial vous permettra de replier le carton en vous préservant de répliques dévastatrices.

 

♦  A l’instar des poubelles de différentes couleurs pour trier les déchets, les robinets thématiques combleront toute la famille. Evitez cependant le saint-émilion chaud.

 

♦  Depuis la Rome antique, l’aqueduc a fait ses preuves. Le chantier des saint-émilionducs peut donc débuter, à condition qu’il soit couvert car le noble breuvage supporte mal de voyager à l’air libre.

 

♦  Vous faire livrer par pipeline ? Certes, le panorama en pâtira mais plus jamais ne vous pèterez-vous les doigts (et parfois l’emballage) en remontant vos packs.

 

♦  Et l’humidificateur personnel ? Songez aux litres de sueur recyclés à l’infini, directement du producteur au consommateur !
Qu’un candidat au concours Lépine le fasse breveter avant la prochaine canicule et sa fortune est faite.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Cave

 

Celui qui vous montre sa cave a toutes les chances d’être un caviste. Ou un tueur en série, si vous tombez mal. Prudence aussi face au cuisiniste qui, loin de vous faire profiter de sa cuisine sans arrière-pensée comme le cuisinier, tentera plutôt de vous la refourguer car c’est un tueur en fins de série.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Tel le grenier, la cave préserve son mystère : on ne la visite pas tous les jours. Descendre à la cave reste un événement, un peu comme aller au restaurant. De surcroît, pour les plus chanceux, le pinard y est moins cher.

 

D’ailleurs si on y descend, ce n’est pas par hasard : l’escalier est construit dans cette direction. Au cas où vous parviendriez en montant jusqu’à un endroit sombre et mal chauffé, il ne s’agit sans doute pas de la cave mais du grenier déjà évoqué, qui servait autrefois de réserve de grain. Mais alors, pourquoi cave et pas « pinardier », nom d’un morgon ?
C’est qu’on n’y a pas toujours entreposé du vin, bande de boit-sans-soif.

 

Sans vouloir l’offenser, la cave est avant tout un trou. Elle ne fait rien qu’à béer, tout comme la caverne dont elle est l’équivalent domestique. C’est d’ailleurs son premier sens vers 1170, sens toujours en vigueur chez les Zanglo-saxons du reste (a cave).
Un emprunt au latin cava, « fossé », issu du pluriel de cavus, « trou, partie creuse » dont cavité, concave et excavation sont autant de joyeuses variations.

En déblayant un max, on peut aussi mettre au jour l’indo-européen keu-, « enfler » (d’où l’idée de « voûte »), comme dans en-ceinte, cumul et cage pompé pour le coup sur le latin cavea. Quant au verbe grec kyein, ça devait arriver à force de pelleter comme des khôns, il a « enflé » en kyste.

 

On n’a pas fini d’en pincer pour cave. Fait rare (si pas unique dans toute la langue), le substantif vire adjectif (« creux ») et profite même de l’argot pour devenir bi ! Le cave se rebiffe, pour la bonne raison qu’il n’est pas « du milieu » et qu’on peut donc le « tromper » (caver, ancien verbe de jeu). Comme le pigeon se faisant « mettre au trou » ? Hypothèse à creuser.

Merci de votre attention.