Qui-vive

 

CV complet :

qui-vive (être sur le).

Autant dire qu’hors de sa locution, qui-vive meurt dans d’atroces souffrances en quelques minutes, tout comme vau-l’eau, marre et autres mords-moi-l’nœud.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

A l’évidence, le sens et la sonorité de qui-vive rappellent « qui va là », question posée par tout être normalement constitué sur le qui-vive. Ainsi, sous la plume de Flaubert, la sentinelle s’époumone :

Halte-là, qui vive ?

Parbleu. Est-ce à dire que ce vive ténébreux n’est qu’une forme retorse du verbe vivre, comme dans « âme qui vive » ?

 

Figée en substantif en 1626, l’interjection apparaît deux siècles auparavant sous la forme « qui vivat ? ». S’il y a du vivat dans l’air, c’est sans doute un recyclage de l’exclamation vive, sur laquelle on a déjà eu l’occase de s’appesantir. « Qui vive ? » revenant alors à demander « qui encourages-tu ? », avant de laisser passer le gonze ou de lui faire avaler la hallebarde selon son bord.

Cette hypothèse étant un brin capillotractée, on incline à penser qu’être sur le qui-vive amène plutôt à « y’a quelqu’un ? », autrement dit « y a-t-il âme qui vive ? ».

 

Dans tous les cas, c’est de vivre dont il est question. Merveille héritée du latin vivere, anciennement vigvere. Le participe passé vécu porte encore la marque de ce g guttural. Et il n’est pas le seul parmi la descendance : le grec hygiène (état de celui qui est « bien portant »), de même que l’anglais quick (« rapide, vif ») et, pour ne pas clamser de faim, nos vivres ou victuailles. Bio- et zoo- sont dans le même bateau ? Ils le doivent au gwio- primitif.

Quant à savoir qui est qui, est-ce vraiment vital ?

 

La semaine prochaine, nous tenterons de répondre à la question « quo vadis ? ».

Merci de votre attention.

 

Richard Gotainer

 

Ceusses qui connaissent leur loustic sur le bout des doigts… restez, maintenant que vous êtes là. Z’en serez quittes pour une cure de classiques. Les autres, il ne sera pas dit que le restant de votre vie et Richard Gotainer suivent deux routes parallèles.

Gotainer est un faiseur de chansons vachtement mésestimé, pour dire le moins. Youki, Sampa et autres Femmes à lunettes, trop potaches pour être honnêtes ? A priori bébête, qui revient à reprocher à Jean-Marie Bigard ses sketches à 8 bites/seconde, sans voir que Les expressions, La chauve-souris ou La valise RTL ne sauraient prendre une ride.

Revenons à mon Riri. Pas plus tard qu’en 2010, face aux aspirants musicologues de la Sorbonne (ben quoi ?), le coquin détourne le clicheton à son avantage, se définissant comme un « obsédé textuel ». Pirouette, une de plus. Réécoutons Halleluya ou Chlorophylle est de retour. Pas de doute, Gotainer est un génie puisqu’il entend se donner les moyens de la démesure. La gloire le rattrapera un jour. Seulement, comme il est timide, il ose pas le dire – c’est tout à son honneur.

Deux-trois citations en passant pour remettre les béotiens d’équerre. Oyère.

Elle ne planait jamais plus haut
Que le plus haut d’ses bigoudis ;

Et puis parler, ça fait du bruit
Quand l’un dit oui et l’autre non ; 

Devenu bossu tant il rit dessous sa houppelande
L’extravagant homme des lubies se dandine dans la lande.

Dans la bouche du premier venu, on flancherait limite dans la préciosité. Pas chez lui. L’hurluberlu qui sort de l’œuf assimile houppelande, guingois, mastodonte, hure, galure, itou comme le meilleur miel. Fluidité de la langue servie par un chant au-dessus de tout soupçon, quelque brise-cou que soient les saloperies merveilles réservées par ses compères mélodistes* (surprises garanties à la millième écoute). Notre homme te me vous enquille ça avec un naturel à tomber par terre. Moitié de rire, moitié de jalousie, il faut bien le dire.

chants-zazousLe taquin et la grognon, les Contes de traviole au grand complet, les « quatre saisons » de Chants Zazous, autant de chefs-d’œuvre que ne terniront pas redites et fourvoiements. Car qu’est-ce qu’un chef-d’œuvre (puisqu’apparemment, faut tout vous expliquer, aujourd’hui) ? Rrrrrréponse : impossible de repérer, du texte ou de la musique, lequel s’est pointé en premier. Imaginez Yesterday ou Avec le temps sous un autre habillage : c’est siamois, tout ça.

D’ailleurs, à quel interprète doit-on de se lever tous pour Danette, de siffler Belle des Champs et de tenir la patate grâce à « Vittel, buvez, éliminez » ? Message et ritournelle bras dessus bras dessous pour toujours, l’exercice est évidemment dans les cordes du garçon.

Lequel aura réussi, sous couvert de déconnade, à rendre l’amour des mots et l’amour des sons hautement contagieux.

Vive Gotainer.

Et vive la Gaule.

* Le bonjour (à genoux) à Celmar et Claude, sans qui…