Kidnapping

 

Vous n’avez pas pour habitude de vous faire kidnapper, encore moins de vous livrer au kidnapping yourself. Mais voilà que vos rudiments de zanglais vous reviennent dans la gueule : kid = gosse, nap = sieste. Quel rapport avec le roupillon des petits ? Le rapt est plus commode.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

D’ores et déjà, « to kidnap » abrite bien le kid que l’on connaît. Ce « môme » adopté dès la fin du XVIe siècle est une extension plaisante du kid première mouture : « petit de la chèvre », né kidjom d’un idiome germanique vers 1200.

C’est sur nap qu’on se fourvoie.
Dans ce cas-là, il signifie « saisir, attraper » (source scandinave) et c’est l’ancêtre de nab, « attraper, pincer [qqn] », apparu dans l’argot anglo-saxon fin XVIIe.

 

To kidnap date de la même époque. La mode est alors aux enlèvements d’enfants

to provide servants and laborers in the American colonies,

autrement dit pour disposer de main-d’œuvre taillable et corvéable à merci.

Comment les plus futés échappaient-ils à la vigilance de leur geôlier ? En formant de longs chapelets de crottes de nez, propices à l’évasion.


Comme l’indique Jean-Jacques Kebab dans un ouvrage sur la question*, kidnapper apparaît sur nos côtes en 1861 :

enlever [un homme de couleur] pour le servage.

Encore de nos jours, on kidnappe rarement pour le plaisir mais plutôt

en vue d’obtenir une rançon ou une contrepartie quelconque.

Il n’y a pas de mot en cas de kidrestitution.

Merci de votre attention.

 

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* Jean-Jacques Kebab, Un ouvrage sur la question, PUF 2015

 

Tollé

 

Pluie d’indignations, concert de protestations, toux d’offuscations, tollé condense le tout en cinq lettres. Il bat même d’une courte tête bronca, qui l’avait bien mérité faut dire.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

On est toujours tenté d’en rajouter, avec tollé. Au risque de friser le pléonasme :

Tollé général ;
Tollé dans l’assemblée.

C’est qu’à l’instar de chahut, volley-ball ou accouplement, il ne peut y avoir de tollé que collectif. Pourtant, le pauvre a l’air bien seul. De prime abord, rien chez lui n’évoque une quelconque parenté ou origine.

 

Râlez pas. S’il a survécu jusqu’à nous, c’est parce que nous avons passé nos XIIe, XIIIe, XIVe, XVe et XVIe siècles à nous plaindre copieusement au cri de « tolez ». -ez ? Impératif pluriel du verbe toldre : « ravir, enlever, saisir, prendre ». Qui n’existe plus et c’est bien dommage car on pouvait le toldre dans tous les sens çui-là :

tolir, toillir, toloir, touldre, toudre, todre, tobre, taudre, taure, tore, torre.

C’estoit le temps où la langue était en pâte à modeler.

Je li toldrai la corune del chief ;
Il te toudra tote ta terre ;
La teste vous torray par dessouz le menton ;
Amours tolt dormir et mengier ;
Fors son espee nule rien n’en tolli ;
Vus li avez tuz ses castels toluz…

un ravissement à conjuguer.

 

« Tolez » ne serait rien sans le courroux des Juifs au moment d’enjoindre Ponce Pilate à « prendre » Jésus et à l’« enlever » pour y planter des clous :

Tolle, tolle, crucifige eum.

La preuve que ça s’est passé comme ça ? Evangile de Jean (XIX, 15). Alors alors.

 

Tolle, donc, impératif de tollere (« enlever » mais aussi « lever, porter vers le haut »), papa de tolérer (« endurer ») et des plus lointains téléscope, téléphone et autres télévision, via le préfixe grec télos, génitif de téléos (« loin », « fin, accomplissement »), d’après téllein (« s’élever » en parlant des astres, v. tellurique), venant en bout de course de l’indo-européen kwel- (« rouler », v. cycle).

 

Aussi, quand un tollé s’élève, prenez sur vous sans broncher et laissez le vent tourner.

Merci de votre attention.