Clore/clôturer

 

Entre clore et clôturer, notre cœur balance. Réglons cette histoire une fois pour toutes afin que le débat soit clos.
-turé ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

On se détourne de plus en plus de la simplicité du premier. Or, clore = fermer, et il n’y a pas plus fort que fermer.
Surtout pas clôturer qui, rappelons-le, consiste à « entourer d’une clôture » pour enfermer. Le rayon d’action est un chouïa différent.
Du reste, clore est si balèse qu’il peut lui aussi signifier « entourer d’une clôture ». Voire « enfermer », chez les littéraires.

Il est pourtant archi-courant de croiser clôturer hors du champ du champ :

clôturer une séance,
clôturer la saison.

A la vitesse où clôturer bat la campagne, « vivre en vase clôturé » nous pend au nez, tout comme « garder les yeux mi-clôturés ». Quant à votre banque, la prochaine fois qu’elle s’avise de « clôturer un compte » sans vous en parler, une scie à bois et vous pourrez vous payer en retour.

 

Ça n’empêche pas le grammairien Grevisse de prendre fait et cause pour le petit dernier :

On dit « clore une discussion, un débat, une séance, un congrès, etc. ». A côté de clore, dans de telles expressions, un certain usage (critiqué à tort par les puristes et par l’Académie dans sa mise en garde du 5 novembre 1964) admet clôturer. Puisque l’Académie dit bien « la clôture d’une session, la clôture des débats dans une affaire criminelle », pourquoi n’emploierait-on pas clôturer avec les mêmes compléments, d’autant que la conjugaison de clôturer est plus facile que celle de clore ? »

Justement parce que clore n’a pas d’autre substantif que clôture, Gregre d’amour.
De même que recevoir doit se contenter de réception et parfaire de perfection, le pauvre. Rupturer, extinctionner, naissancer, on peut encore perfectionner la logique.

D’accord pour apprentissager à lecturer et à écriturer. Mais plutôt mourir que de se fader des verbes en -re.
Pourtant :

je clos, j’ai clos, je closais,

c’est pas la mer à boiver.

Merci de votre attention.

 

Laisser en veille

 

Summum du je-m’en-foutisme domestique et de l’hérésie écologique réunis : laisser un écran en veille alors même qu’on en a fini avec lui. Eteindre jusqu’au bout ? Vous n’y pensez pas, faudrait rallumer.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

A côté, laisser couler l’eau en se lavant les dents est pure gnognote. On conçoit en effet combien, durant ce laps, plusieurs manipulations du robinet s’avéreraient fastidieuses pour le commun des mortels.

Mais dans le cas qui nous occupe, il suffit d’une seule pression sur le bouton de la zappette, voire d’une caresse du doigt si l’écran est tactile, pour lui dire au revoir jusqu’à la prochaine fois.

Vous laisseriez tourner le moteur toute une nuit, vous ? C’est pas pire hein.

 

A propos de nuit… Au-delà du bousillage accéléré des machines et de l’énergie consommée en pure perte (de l’ordre de 2,5 % de tout ce que consomme la patrie, eh voui les cocos), faisons l’hypothèse qu’on ne leur coupe pas intégralement la chique par pure angoisse existentielle.

La peur du noir, voilà la coupable. Vous la croyiez envolée depuis que cet infime rai de lumière qui éloignait les monstres n’est plus ménagé par aucun entrebâillement de porte ? Mes petits loupiots, la petite loupiote de l’écran vous rassure tout pareil : elle « veille ». Avouez que c’est de l’ombilical refoulé, tout ça.

 

Mais nom de Zeus, soit c’est allumé (si on est devant), soit c’est éteint (quand on quitte la pièce).

Sus à l’entre-deux ! Halte au diktat électroluminescent, imposé avec la complicité des fabricants ! Lesquels vont maintenant jusqu’à faire disparaître le bouton marche/arrêt des bidules dernier cri.

C’est ce qui s’appelle flatter la flemme.

Merci de votre attention.