Comment aider la tête de khôn qui jette tout à côté ?

 

Elle s’arrange toujours pour sévir quand vous avez le dos tourné. Pour une fois, dès qu’elle fait mine de laisser ses immondices par terre à un mètre de la poubelle, prenez votre tête de khôn favorite en flagrant délit.

Au bénéfice du doute, elle n’a pas les yeux en face des trous. Un dernier scrupule peut alors vous pousser à la prendre en pitié. N’oubliez pas qu’à l’instar de Miss France, tête de khôn, c’est 24 heures sur 24. Le supplice doit être terrible.

 

Cependant, ne perdez pas votre temps à lui faire la morale en évoquant dame Nature ou le savoir-vivre le plus élémentaire. Ne lui trouvez pas non plus de circonstances atténuantes du type tendance provocatrice ou phobie des poubelles.

Restez d’un calme olympien et tout ira bien.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en écolo civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Le plus simple serait déjà de rapprocher en un éclair la poubelle d’un mètre. Ou, car elle devait sûrement déborder, d’en déverser le contenu aux pieds de la tête de khôn façon lisier d’agriculteurs en colère.

 

♦  Quoi qu’elle ait laissé choir (blister de paquet de cigarettes, blister de paquet de clopes, blister de paquet de cibiches, au hasard), ramassez-le et remettez-le-lui dans sa poche. Ce sera toujours plus propre respectueux qu’à même le sol.

♦  Il ne suffit pas d’imaginer en faire autant chez elle : faites-vous inviter chez votre tête de khôn et transformez sa cambuse en dépotoir. Joignez l’utile à l’agréable en faisant vos besoins au milieu du salon.

 

♦  Puisque par terre est considéré comme poubelle, emmenez la tête de khôn en mer et observez ses réactions. Il y a de fortes chances que ses détritus volent par-dessus bord, faute de poubelle cette fois. Prenez les mesures qui s’imposent et faites-lui suivre le même chemin.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

Comment figurer dans le dictionnaire ?

 

C’est bien beau de prendre de l’âge, de la bouteille, du galon, encore faut-il passer à la postérité. Si possible assez durablement pour ne pas se faire jarreter des dicos du futur. Combien de gonzes jadis illustres ont ainsi disparu des écrans radars, du jour au lendemain, sans que personne ne s’émeuve de leur absence ?

C’est dire si votre renommée est subjective. Après tout, elle ne dépend que du bon vouloir des auteurs du dictionnaire. Ce petit conclave décidera seul de vous admettre aux côtés de Gandhi, George Washington ou votre arrière-grand-tonton – si tant est qu’il ait quelque chose à voir avec le fil à couper le beurre.

A quoi tient-ce.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en ambitieux civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Au même titre que la Légion d’honneur, un fauteuil sous la Coupole ou l’organisation de la prochaine Coupe du monde, il suffit de la demander, votre place dans le saint des saints. Si vous n’avez jamais rien branlé fait de particulier pour la mériter, insistez ; copinage et fayotage sont les deux mamelles de l’ascension.

 

♦  Le meilleur moyen de figurer dans le dictionnaire, c’est encore qu’il porte votre nom. Si Pierre Larousse avait vendu des chèvres au lieu de diriger l’ouvrage qui le consacre ipso facto, l’Histoire n’aurait retenu de ses productions que leur consistance un peu craie.

 

♦  Afin de laisser une empreinte potable, évitez de vous distinguer par des voies de fait qui terniraient votre gloire (Ravachol, Landru, deux ou trois dictateurs un rien susceptibles). Veillez également à ce qu’on ne vous associe pas systématiquement à des catastrophes (Richter, Lagaffe, Nagasaki…).

ben

♦  Un peu d’humilité, quoi ! Fondez-vous dans la masse des noms communs. Vous échapperez aux fréquentations douteuses (v. ci-dessus) tout en goûtant enfin la compagnie d’essoreuse, de vermouth ou d’alfalfa. Ou même, tiens, de dictionnaire, pour peu que vous ne soyez pas trop allergique aux mises en abyme.
Poubelle a ses entrées partout ? Ne l’enviez pas, on gagne rarement sur les deux tableaux.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Ces noms, ces noms

 

On ne choisit pas son nom. S’appeler Robert Redford, Moïse ou Mata-Hari n’est pas donné à tout le monde et tient à peu de chose, une vétille, un concours de circonstances, un battement d’ailes de papillon. A croire que nous ne sommes que les jouets du destin. Voyons à quelles cruelles fantaisies se livrent parfois les dieux de l’état civil.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, Eugène Poubelle est bien sûr préservé des quolibets posthumes, au moins autant par son action de salubrité publique que par sa qualité de mâle. Car qui mesure aujourd’hui la disgrâce ayant frappé sa chère et tendre ? Imaginez les réceptions où l’on annonçait « le préfet Poubelle et Madame ».

Morceaux choisis parmi la populace :

Tiens, il a sorti la Poubelle ;

Cette Poubelle, qu’est-ce qu’elle cocotte.

Pauvre femme. Espérons au moins que son martyr ne perdurait pas dans l’intimité avec de désobligeants

Elle est pleine, ma Poubelle

après que le père Eugène l’eût mise enceinte ou

Allons donc, encore déchirée !

après qu’il l’eût fait boire. Ou l’inverse.

Vieux cochon, va !

 

Tous aux abris, le patron de Rock & Folk s’essaye au créneau avec sa décapotab’. Philippe Manœuvre, d’accord, mais observez-le : c’est délicat quand on n’a pas de cou, la tête directement posée sur les épaules. Heureusement que les titines de maintenant se garent toutes seules. Merci la technologie de pointe !
(Un programme baptisé « Moonwolke » est d’ailleurs à l’étude, qui vise à retirer sans ablation des cordes vocales l’accent des français parlant anglais. C’est beau la science).

 

Et Léonard ? Il se trouve que Vinci était le nom de son bled. Mais un détail comme çiloui-là, non maîtrisé, peut facilement vous plomber une carrière ! Le génie lui-même trouvait que l’appellation complète faisait un peu « les auditeurs ont la parole » et, en se mettant dans ses sandales, on peut difficilement lui donner tort. Au fait, aurait-il peint la Joconde si, au lieu de convoler avec son riche marchand d’étoffes, celle-ci avait tapiné dans les bouges de Florence ? « La Puttana » sous verre blindé au Louvre, voilà ce à quoi nous avons échappé, les enfants.

 

Restons dans l’Italie de la Renaissance : songez aux conséquences pour l’humanité, si maman Vespucci avait appelé son fiston Kevin ou Jean-Mi plutôt qu’Amerigo.
Au passage, avoir un continent à son nom, ça vous a quand même une autre gueule que de le découvrir en croyant jusqu’au bout que c’est pas çui-là. Comme quoi Christophe Colomb a jamais eu de bol. Vespucci ayant tout raflé, quel os lui a-t-on laissé, au chien ? L’ère « pré-colombienne ». Dites-moi que vous aussi, jusqu’à un âge sérieusement avancé, ne pigiez guère le rapport entre les Aztèques ou les Mayas et la Colombie, qui vivait sous son nom de jeune fille bien avant l’arrivée des caravelles ? Et encore, le Christophe peut s’estimer heureux d’une telle postérité. C’était ça ou la colombienne. Snif.

 

Antipodes toujours, une simple inflexion dans la bouche des autochtones de Bikini et les filles du sexe féminin n’auraient plus de scrupules à aller monokunu.

D’ailleurs, s’il avait plu à notre éminent Jacques Monod d’inventer la stéréo – car c’était dans ses cordes – que n’aurait-on entendu !

 

Et dans notre série « ils l’ont bien cherché », avec la page Berlusconi qui se tourne, on peut déclarer Gianfranco Fini une bonne fois pour toutes. Pas fâchés.

 

On ne s’attardera guère sur ces illustres Martin ou Durand que sont Romain Bouteille, Vanessa Paradis, M, Paul Personne, Tom Novembre et Charlélie Couture, qui n’ont jamais besoin d’épeler lorsqu’ils réservent une table au restaurant.
Ils ne connaissent pas leur bonheur, comparés à l’ex-voix du rugby Pierre Albaladejo. Qui du coup préfère pique-niquer, quitte à opposer l’origine occitane de son patronyme aux railleurs, toujours prêts à lui tendre de l’alu couvert de Jo gravés au couteau de poche…

 

Pour finir (car l’heure tourne), ne dites pas :

Carla Bruni

mais

Carla bronze

ou

Carla bronsse

si vous imitez le mari (qui, lui, ne peut bronsser qu’à l’ombre).

A la rigueur, on admettra

Karl a bruni

puisque l’intéressé ne fait jamais rien comme tout le monde et que « bronzer ? du n’y penzes pas, mais z’est d’la merde, za, ma jérie ».

Si l’occasion se présente de voir Michel Galabru vociférer sur les planches :

Noooooooon ! Noooooooon ! Mais nooooooooon hein !,

on peut même aller jusqu’à affirmer : « Galabru nie ». A ses risques et périls.

Merci de votre attention.