Qui-vive

 

CV complet :

qui-vive (être sur le).

Autant dire qu’hors de sa locution, qui-vive meurt dans d’atroces souffrances en quelques minutes, tout comme vau-l’eau, marre et autres mords-moi-l’nœud.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

A l’évidence, le sens et la sonorité de qui-vive rappellent « qui va là », question posée par tout être normalement constitué sur le qui-vive. Ainsi, sous la plume de Flaubert, la sentinelle s’époumone :

Halte-là, qui vive ?

Parbleu. Est-ce à dire que ce vive ténébreux n’est qu’une forme retorse du verbe vivre, comme dans « âme qui vive » ?

 

Figée en substantif en 1626, l’interjection apparaît deux siècles auparavant sous la forme « qui vivat ? ». S’il y a du vivat dans l’air, c’est sans doute un recyclage de l’exclamation vive, sur laquelle on a déjà eu l’occase de s’appesantir. « Qui vive ? » revenant alors à demander « qui encourages-tu ? », avant de laisser passer le gonze ou de lui faire avaler la hallebarde selon son bord.

Cette hypothèse étant un brin capillotractée, on incline à penser qu’être sur le qui-vive amène plutôt à « y’a quelqu’un ? », autrement dit « y a-t-il âme qui vive ? ».

 

Dans tous les cas, c’est de vivre dont il est question. Merveille héritée du latin vivere, anciennement vigvere. Le participe passé vécu porte encore la marque de ce g guttural. Et il n’est pas le seul parmi la descendance : le grec hygiène (état de celui qui est « bien portant »), de même que l’anglais quick (« rapide, vif ») et, pour ne pas clamser de faim, nos vivres ou victuailles. Bio- et zoo- sont dans le même bateau ? Ils le doivent au gwio- primitif.

Quant à savoir qui est qui, est-ce vraiment vital ?

 

La semaine prochaine, nous tenterons de répondre à la question « quo vadis ? ».

Merci de votre attention.

 

Comment dire son fait à un khôn sans aucun danger ?

 

Les manières d’untel vous insupportent au plus haut point. Pour des raisons trop longues à énumérer, celui-ci fera partie du paysage pour un bon bout de temps hélas. Vous avez bien envisagé de le couler vivant dans le béton ou de lui faire découvrir le Grand Canyon mais la scientifique finirait par flairer votre piste.

Car il est difficile de vous en cacher : plus qu’un autre, ce khehehônnard majuscule mérite d’entendre ses quatre vérités.

Vous craignez cependant – et qui vous en blâmerait ? – que la crevaison de l’abcès ne dégénère en pugilat. Et préféreriez, tant qu’à faire, cracher votre pilule sur de belles personnes de votre connaissance, celles qui ont le chic pour vous réconcilier avec le genre humain.

 

Oui mais voilà : on ne dit son fait qu’à un khôn, par définition. Partant, il est fort probable que ça vous retombe dessus.

Parce qu’on ne se méfie jamais assez du khôn, mes moutons. Neuf fois sur dix, sa mauvaise foi lui permettra de retourner la situation à son avantage. Tout ce que vous y aurez gagné, ce seront d’autres ennemis, tout aussi khôns que le premier. Voire davantage puisque en matière de khônnerie, on atteint rarement le sommet.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en fielleux civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Exposez vos sentiments au khôn de manière anonyme façon corbeau. Le plaisir sera certes gâché par le fait de ne pas assumer mais vous pouvez compter sur sa khônnerie légendaire pour ne pas faire le rapprochement avec vous.

 

♦  Récitez-lui votre laïus à l’envers (en ayant pris soin de tout apprendre phonétiquement sens l’autre dans).

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♦  Si le khôn est président de la République, il est tout à fait possible que vous l’interpelliez sans vous faire mettre sur écoute interpeller à votre tour. Le chef des armées vous enjoindra dans sa barbe à passer votre chemin. Mais pas de triomphalisme : sa répartie ne respectera pas plus les canons du français que la vôtre (« touche-moi pas » ? allons bon).

 

♦  Le principal risque après tout serait d’avoir la mort du khôn sur la conscience, si toutefois (on peut rêver) celui-ci mettait fin à ses jours suite au déclic provoqué par votre intervention. Heureusement, dans sa logique de khôn, il ne comprendra à aucun moment ce qu’on lui reproche. Dans ces conditions, autant tout lui déballer à la gueule.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Vive le Roi

 

Le Roi est mort ; vive le Roi !

Dans le genre « tout et son contraire », on est quand même fortiche, y’a pas.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Faut-il rappeler que nous nous farcîmes un empereur quinze ans tout juste après la Révolution. La force de l’habitude nous fait faire de ces choses.
Il est vrai que sous la royauté, le trône ne devait jamais rester vacant au moment où cannait un souverain.

D’où cette expression pour le moins ambiguë si l’on ne sent pas que le disparu et son successeur sont deux personnes différentes.

Le Roi est mort ; vive le Roi !

Abusés par le charme de la symétrie, avouez qu’on peut tout imaginer.

Qu’il y ait une vie après la mort, par exemple. Hautement improbable puisque chacun sait que c’est tout le contraire : mort après la vie. Ce qui incite certains à courir se planquer sous des mitres et des turbans, les pauvres.

Ou alors, le roi en question serait un mort-vivant. Là encore, on n’a pas souvenir d’un Louis le Zombie dans les dynasties connues.

 

A moins que « vive » ne soit en fait une interjection, rétive à toute conjugaison :

Vive Tintin !
Vive Milou !

Ce qui explique que rares soient les ceusses à s’exclamer encore :

Vivent Tintin et Milou !

et autres vivats appuyés.

Littéralement « que vive » + sujet, vive signifierait alors hourra ou « faites du bruit pour » si l’on tient à passer pour branchouille.
De toute manière, la longévité d’un roi dépasse allègrement celle de ses sujets. Qui n’ont donc pas besoin de fayoter.

Merci de votre attention.