Exigu

 

Au féminin, exigu devient exiguë, sinon ça fait [egzig]. Et dire qu’on s’acharne à vouloir simplifier tout ça au motif que « le niveau baisse ». Idée absurde née de cerveaux exigus.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Comme pour ses affidés contigu, ambigu et aigu, il suffit d’ajouter -ïté à exigu pour obtenir un nom qui veuille dire la même chose. On en voit qui sourcillent : même pas vrai, « aiguïté » n’existe pas. Z’êtes d’une acuité rare, aujourd’hui.
Ce qui nous rappelle au passage que promiscuité est orphelin de son épithète ; heureusement, ça n’a pas toujours été le cas.

 

Exigu se fraye un chemin en 1495 au sens d’« insuffisant ». Un emprunt au latin exiguus, « exigu ». On n’en sort pas.

Si exigu vous évoque exigeant avec insistance, votre intuition mérite un susucre. Exigere, en latin, c’est « pousser dehors », « dans ses derniers retranchements » au figuré, en vertu de son prototype ex-agere. En dégageant bien la racine, on constate qu’il s’agit d’agir. Le passage à l’acte s’opère donc tout naturellement vers le « rigoureux » exact. Autrement dit, rapprocher exigu d’exact n’est pas exagéré.

Au fait, avec cette notion de « trop exigu », on nage en plein pléonasme. Un endroit exigu l’est toujours trop. Restez-y plus de dix minutes, vous verrez. D’ailleurs, « pas assez exigu » ou « exigu juste ce qu’il faut » ne se disent jamais, sauf chez les geôliers particulièrement retors.
Idem avec exact.

Quant à exigeant précédé de « trop », on peut avantageusement le remplacer par pète-khoûilles.

Merci de votre attention.

 

L’heure du vote

 

Les jours de scrutin, un sujet entier est consacré aux candidats qui se rendent aux urnes. Quoiqu’on n’en n’ait strictement rien à secouer, on est ainsi informé de l’heure et du lieu exacts où nos futurs représentants ont accompli leur devoir de citoyen. Pour peu que ça passe sur une chaîne publique, avec le pognon de tes impôts, citoyen.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

L’exercice tourne au martyr lors d’une présidentielle à dix-sept candidats. Du favori au plus obscur, l’équité commande aux journaleux de se paraphraser seize fois. Ne les plaignons pas, ils l’ont bien cherché.

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Volons plutôt au secours des candidats. A la sortie de l’isoloir, voilà qu’ils se figent pour la photo, l’enveloppe à moitié brandie, avec un sourire aussi naturel que celui qu’ils arborent sur l’affiche. Sans compter toutes les contraintes préalables qu’on ne voit pas, nous, comme de bien se laver les dents avant.

Quel est l’intérêt de cette mascarade ?

Rappelons qu’il y a toujours deux ou trois péquenauds indécis que l’image séduit. Chaque voix compte, ce serait idiot de se priver de celles-là. Quant aux journaleux, tenus de ne plus causer des élections le jour J, ils trouvent là le moyen rêvé de contourner le problème. Il leur suffit de ressortir le texte de la dernière fois en changeant les heures. Le nom des candidats, pas la peine, ce sont les mêmes (tout comme celui du bureau de vote, généralement situé dans le « fief » desdits).

 

Est-ce le sang de 1789 coulant encore dans nos veines qui entretient ce désir inconscient de voir le souverain soumis au même traitement que le peuple ? Quand bien même il participe à sa propre élection ? Parce que, hein, y’a pas de suspense : les candidats votent toujours pour eux-mêmes, sauf coup de folie. Ils sont d’ailleurs les seuls dont on sache à qui va leur suffrage.

Sans doute pour ça qu’on les filme sous tous les angles au moment du vote.

 

Pour que l’image soit plus représentative, pourquoi ne pas filmer les candidats abstentionnistes plutôt ?

Merci de votre attention.