« Panne d’oreiller »

 

Quiconque se pointe à la bourrette invoquera pour sa défense une « panne d’oreiller ». Si le zig escompte vous endormir avec ça, c’est raté. Il faudrait se lever tôt pour gober un truc pareil.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

J’ai eu une panne d’oreiller.

L’oreiller n’ayant rien de mécanique dans sa conception, celui-ci ne saurait tomber en panne. D’où guillemets, clins d’œil et air entendu.

Mais pourquoi blâmer spécialement l’oreiller ? Serait-ce lui qui vous sort du lit lorsqu’il est censé « fonctionner » ? Il semble qu’au contraire son moelleux donne effrontément dans le reviens-y. D’ailleurs pendant ce temps-là, personne ne remet en cause la fiabilité de l’édredon, ni n’évoque la fourberie de la couette (pourtant maintes fois avérée). Quant au matelas, il n’est certainement pas tout blanc, dans l’histoire.

 

Si le coupable ne s’est pas réveillé, ne le doit-il pas plutôt à une panne de réveil ?
Notez que les guillemets disparaissent sur-le-champ. A tort : là encore, est-ce bien la peine de s’en prendre à ce fidèle compagnon de nuitée ?

Cuisiné comme il faut, votre retardataire reformulera : « le réveil n’a pas sonné ». S’il soulageait totalement sa conscience, il reconnaîtrait l’avoir mal réglé la veille. Ou pire, indiquerait que l’engin a bien retenti (car comment pourrait-il tomber en panne ?) mais que, n’en faisant qu’à sa tête (dans le derche donc), votre homme s’est rendormi comme une masse.

 

Cette pénible pirouette lui évite en réalité d’admettre qu’affronter votre tronche (particulièrement ce matin) était au-dessus de ses forces.

Pourtant, vu son faciès enfariné, « panne de cafetière » aurait constitué une explication plus plausible. Ou à défaut, « panne d’escalator », « panne d’ascenseur », « panne de voiture », « panne de transports en commun »…

 

Au prochain coup de la panne, vérifiez que ce n’est pas encore une histoire à dormir debout.

Merci de votre attention.

 

Alibi

 

Si vous passez la nuit seul(e) chez vous, les flics en concluront que vous n’avez pas d’alibi. D’où l’on conclut à notre tour qu’autrui est indispensable à tout bon alibi et que point de vue étymo, tout ça doit pouvoir se prouver facilement.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Alibi serait-il donc famille avec altruiste, altérité et autres aliens étrangers ? On chauffe mais c’est pas tout à fait ça, piaffe le latiniste observant la scène. Par acquit de conscience, zieutons-en la définition encore un coup :

moyen de défense d’une personne invoquant le fait qu’elle s’est trouvée ailleurs que sur le lieu d’un crime ou d’un délit au moment où celui-ci a été commis.

Bon sang mais c’est bien sûr, c’est ailleurs que tout se joue.

 

On l’a déjà vu par ailleurs, chez les latins, ibi = « là ». Ici, on dirait plutôt , car on n’est pas au même endroit. Ni à la même époque, ce qui n’arrange rien.

Si ibi = « là », alius ibi = un « autre lieu », d’où ailleurs. Le français raffole aussi d’« autre part », d’autre part. Mais ailleurs est plus seyant pour tous les jours.

ailurs au XIe siècle, il change son identité en aillurs puis en aillors avant que la police lancée à ses trousses finisse par lui mettre le grappin dessus. Il n’a alors aucun alibi à faire valoir puisqu’il descend de l’adverbe populaire aliore, substantifique moelle d’« in aliore loco », un autre « autre lieu » que l’« autre lieu » constitué par alius ibi.

 

Outre alibi, sont sortis du même moule alias, aliéner et même outre, par des voies détournées pour plus de discrétion.

Veillez donc à désigner la cantonade par et alii plutôt que par etc. (« et autres choses »), ce qui en impose un max à ladite cantonade. Pour que l’effet soit parfait, abrégez-le en et al. qui, incidemment, peut signifier à la fois et alii (« et d’autres [auteurs] ») et et alibi (« et ailleurs [dans le texte] »).

 

Ayons zenfin une pensée zémue pour nos zamis poètes, qu’alibi n’inspire guère car il ne s’accommode que de bibi, C. B., amphibie, cagibi, Lybie et Namibie.

Merci de votre attention.