Réplique

 

Ceux qui gagnent leur croûte en écoulant des répliques sont des faussaires ; chaque réplique est donc un « faux ». Pourquoi s’obstine-t-on à dire qu’elles sont « exactes » ? Le premier qui réplique « c’est pas faux » aura une tapette.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

« Réponse » est début XIVe le premier sens du mot. Sur les planches, on se « donne la réplique » à moins de jouer un tour pendable à ses partenaires. En Anglo-saxonnie, on se donne la reply à moins de lui préférer answer (ou another man que John).

Si donc répliquer c’est « répondre », c’est que le verbe signifie au XIIIe siècle « répéter [un argument pour répondre à quelqu’un] ». Les pauvres juristes latins chargés de replicare se voyaient contraints de « déplier, replier [l’antisèche] » tout au long de la plaidoirie.

‘Téressant comme le radical latin plicare, « plier », déjà déplié ici même, s’immisce dans expliquer, compliquer (« déplier/plier en enroulant »), impliquer (« plier dans »), appliquer (« plier contre ») voire rappliquer (prière de).
Et le préfixe re- signifiant « à nouveau », on n’ose imaginer comment ré-péter s’est formé.

 

Quant à la réplique en tant que « copie », son apparition est plus tardive. On la doit à ces fourbes de Ritals (replica), dont le verbe replicare revient, on vous le donne en mille, à « dupliquer ».

 

Songeons enfin quelles affres doivent traverser les autochtones attendant la réplique d’un séisme.

Pour retrouver le sourire avant que la terre ne nous gobe, citons, de manière atrocement subjective et aléatoire, quelques répliques cultes :

Ah non mais là c’est trop trop bien hein ! (campagne EDF « la saga ElectRIC ») ;
Ecoutez Cap’tain, j’dis pas que j’crois pas à votre histoire. P’têt’ que j’la crois… Mais j’la crois pas. (Topper Harley, « Hot Shots 2 ») ;
J’ai mon mari qu’a ses Chinois (Fabienne Lepic, « Fais pas ci, fais pas ça ») ;
Ça va êt’ dur, pour l’Nobel… (Docteur Swift, « Palace ») ;
Piquantes, ces p’tites merguez ! (« The Mask ») ;
Vous pouvez partir ? (le roi Arthur, « Kaamelott »).

Merci de votre attention.

 

Quatre roues clonées

 

Les designers automobiles ne sont rien d’autre que des chirurgiens esthétiques véreux. On les paye grassement pour redessiner des modèles existants, comme s’il y allait de la survie de la marque. La 2CV a toujours eu sa bonne gueule de Deuche. La 205 ? Indémodable de bout en bout.
Or les pouliches actuelles ressemblent comme deux gouttes de sans plomb à leurs concurrentes. Les liftings qu’on leur inflige les condamnent non seulement à perdre leur âme mais à un interchangeable anonymat.
Titine, comme le camembert et le tiramisù, est devenue un fourres-y-tout conceptuel. Triste époque où le blase des choses n’a plus d’importance.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Accrochez vos ceintures, la preuve en images.

clio1Clio 1e du nom

Tout d’une grande, assurément ! Nos compatriotes ne s’y sont pas trompés, qui se jetèrent dessus comme la misère sur le pauvre monde, la hissant en tête des ventes chaque année comprise entre ses actes de naissance (1990) et de décès (1998). Vertiges de l’amour… Mais admirez la descendance.

clio2-3Clio 2 et 3

clio4… suivies de la « nouvelle génération » 2012.

Hein ! Ça vient pas de moi : on nous l’a changée ! Peut-on continuer à l’affubler du nom d’une muse ? Vous avez quatre heures.

A présent, mes bien chers frères, examinons le cas de cette pauvre Twingo. Sortie de Billancourt dans les mêmes eaux que sa consœur, la gironde amenait une excentricité somme toute bienvenue sur les routes tristounettes des années 90. Allez savoir pourquoi, les mondialisateurs se sont acharnés dessus. Jugez plutôt (je précise que ceci n’est pas un photomontage mais la même à quatorze ans d’intervalle) :

twingos

De quoi ça m’a l’air ??
En vérité je vous le dis, quitte à passer pour un vieux khôn : c’é-tait mieux a-vant !

Un blason de Toyota Yarisyaris

…aux fesses d’une Twingo dernier cri roulerait dans la farine les concessionnaires les plus roublards.

 

Vous visualisez la scène ? Tous les constructeurs réunis autour d’une table à dessin pour adopter le plus petit dénominateur commun en matière de ligne. Ces zozos ont beau exceller dans leur domaine, aucun d’entre eux n’a copié cent fois étant petit « je ne dois pas tirer vers le quelconque pour plaire à l’international », c’est sûr.

Les normes de sécurité toujours plus drastiques imposeraient-elles des fuselages conçus dans le même moule et fabriqués par les mêmes zouvriers robots ? Simple supposition, mon intérêt pour la chose motorisée avoisinant celui d’un bonze tibétain pour l’art de la guerre. Nonobstant, je vous parie des pneus neufs que l’uniformisation des carlingues aboutira tôt ou tard à la « voiture unique ». Comme la pensée du même nom.

Merci de votre attention.