Délivrer

 

Délivrer, l’inverse de livrer ? Vous délirez. Ne me dites pas que dé- serait privatif comme ceux de débarrasser ou de dépêcher ! D’ailleurs le fait qu’on ait formé délivrance (et non son corollaire « livrance ») plaide pour un verbe d’un seul tenant, pensez pas ? Epineuse question. Dépêchons-nous de nous en débarrasser.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Délivrer peut s’entendre de deux manières : celle, bien connue des super-héros, au moment de venir sauver quelqu’un des griffes de quelqu’un d’autre ; celle, bien connue des facteurs (costume différent) qui « délivrent le courrier ».

 

Quiconque a vécu en 1050 se souvient de l’adjectif delivre, « libéré (de) ».
Ah, on le subodorait depuis le début, il y a de la libération là-dessous. Deliberare, en latin d’Eglise, vient en effet du transparent liberare, en latin normal. Comme quoi les curetons ne sont jamais les derniers de- qu’il s’agit d’en rajouter une couche.

Parenthèse : ce deliberare aurait-il pas donné délibérer et, dans ce cas, quel rapport avec notre délivrer ? Aucun, messeigneurs : si délibérer signifie peu ou prou « prendre une décision en pesant le pour et le contre », c’est qu’il vient de librare (« peser, soupeser »), construit sur le substantif libra (anciennement libera), la « balance ». Une livre d’infos comme celle-là et on peut s’égayer tout un week-end.

 

Mais revenons à libre.
Coquins comme nous sommes, on en avait bricolé vers 1200 une première version, l’adjectif liure. On pige mieux maintenant le v de délivrer, n’est-il vrai ?
Libre a été intégralement pompé sur liber (latin, latin chéri), qui lui-même descend d’un ancêtre indo-européen commun, leudh-, littéralement « s’élever, grandir ». Et, au terme d’obscures circonvolutions, « peuple » en tant qu’assemblée d’hommes libres. Le Leute allemand lui doit une fière chandelle, au passage.

 

Mais l’heure tourne et on n’a toujours délivré aucun « courrier », avec ça.
Sens figuré remplaçable par « remettre », ce que certains expliquent en faisant l’analogie avec la remise des prisonniers délivrés.
Aux zautorités compétentes et contre signature, ça va de soi.

Merci de votre attention.

 

Poste

 

La Poste, on a tous à y gagner. M’enfin il est permis d’en douter un brin depuis que la vénérable institution a choisi de faire du blé. Cartes postales, Banque postale, dans le même sac. Timbrés !

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Dès 1298, une « poste de chevaus » se dit d’un « relais de chevaux placé le long d’une grande route ». Etape d’un voyage plus ou moins long bricolée en « bureau de poste » au milieu du XVIIe, lorsqu’il s’est agi de trouver un point de chute où venir chercher ses recommandés. Attestée dans les récits de Marco Polo, voyageur avec un grand V, cette posta originelle se décline sans heurt au masculin (il posto, « le poste »), aussi bien qu’en verbe (poster, se poster). Quant à notre postillon, si neuf fois sur dix on le charge du courrier, il l’a bien cherché aussi, avec son canasson qui part tout seul. L’italien (« il postino ») et l’anglais (« Please Mr. Postman ») ont d’ailleurs gardé ce radical pour désigner leur facteur.

De nos jours, paradoxalement, on poste moins nos mails qu’on ne les envoie. Tandis que le ouèbe nous permet de poster à qui mieux mieux (et souvent pour le pire pire) : billets, commentaires, gazouillis et autres billevesées…

 

Mais zieutez plutôt : en créant posta, les Ritals n’ont fait que substantiver le verbe porre (« placer, poser »), issu du latin ponere de même sens. Cousins germains chez nous : pondre, imposteur, le suranné ponant (l’ouest, où le Soleil va se… poser), position plus tous les composés possibles, y compris le compost.

Voilà pourquoi il nous arrive de pourrir sur pied à la poste. Vous bilez pas, tout se tient.

Merci de votre attention.