Quel repas sauter (ou non) ?

 

Pour une raison x ou y (manque de temps, perte de temps, pas le temps, autant dire aucune raison valable), vous avez décidé de sauter un repas.

Autrement dit, de mettre en pièces votre rythme physiologique. Et les protestations véhémentes de votre ventre (krrrrrrrwww, garglglglgl, plllllleeeeeeaaaase) n’y feront rien.

Vous abstenir de boire, vous retenir de respirer ou vous imposer une nuit blanche ne vous ferait pas plus de tort.

 

Ce n’est pas parce que votre culte pousse au jeûne, quand même ? On ne peut pas le croire. Qu’elle prenne le nom de Carême, Ramadan ou Yom Kippour, c’est de l’auto-mutilation. Et si vous sautiez une religion, plutôt ?

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en pénitent civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

♦  Vous vous passez de petit déj tous les matins. Libre à vous de vous priver qui de confitures, qui de miels, qui de pâtes à tartiner aptes à vous dérider dès potron-minet. Cette énergie perdue à l’allumage vous transformera en limace pour la journée.

 

♦  Pas de pause déjeuner ? Vous n’y pensez pas : vous n’avez rien mangé depuis la veille.

 

♦  Ne faites pas l’impasse sur le goûter parce que ce serait moins grave. Ne serait-ce que par respect pour la boulangère, qui se sera tapé toute la pâte à choux et la crème pâtissière des éclairs pour des prunes.

 

♦  Vous n’avez jamais su la différence entre dîner et souper – si tant est qu’il y en ait une. Dans le doute, sautez les deux, ça leur apprendra.

 

♦  Résolvez le problème : devenez gréviste de la faim. Pour l’éradication de la faim dans le monde, tiens, noble cause.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Obèse

 

Avez-vous remarqué comme tous les mots pour dire l’embonpoint se parent des rondeurs du o ? Gros, lourdaud, énorme, dondon, sumo, [un peu] enveloppé, obèse… Outre qu’il rime avec « pèse », ce dernier est, de surcroît, le seul adjectif au monde à finir en –èse. Ce qui en soi est assez balèse.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

A notre obèse, l’Académie fait une… d… trois places depuis 1878 entre obérer, « faire peser une lourde charge financière sur » (décidément) et obésité, « état d’une personne obèse ». On le voit, aucune échappatoire pour obèse, engoncé dans sa triste condition.

 

La faute à obesus : « bien nourri, gras, replet » et autres concepts du même tonneau.
Or obesus, avant de prendre ses quartiers en tant qu’épithète, n’était autre que le participe passé d’obedere, « ronger »… Allez comprendre !

Découpons le verbe latin en tranches.

•  Edere : on ne connaît que lui, c’est « manger » (songeons à l’anglais to eat, au chleu essen, sans parler de comestible issu de comedere, version longue d’edere) ;

•  Au tour d’ob : « autour ».

Nous y voilà !

Si « ronger » en est le sens littéral, obedere peut aussi signifier, pour les fondus de métaphores, « manger autour » (sous-entendu) « du cadran », soit toute la journée.
Moi je dis : faut pas s’étonner.

 

Selon une étude à peine sortie du four, l’obésité toucherait un tiers de l’humanité. C’est énorme.
Parallèlement, 1 sur 8 d’entre nous ne mange pas à sa faim. C’est là sans doute le plus gros scandale.

Merci de votre attention.