Stigmatiser

 

Au sein de la population qui s’écoute causer, stigmatiser occupe une place de choix avec 937 321 648 occurrences/jour, suivi de près par gérer et c’est clair.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Afin de prévenir tout

vas-y comment qu’tu m’stigmatises !

et les ramponneaux qui s’ensuivraient, précisons de suite qu’on n’est pas là pour stigmatiser stigmatiser. Ça ne voudrait rien dire.

Faites le test : demandez à dix personnes une définition du verbe. « Ostraciser », « pointer du doigt »… Si l’une d’entre elles vous répond « marquer au fer rouge », elle gagne un billet de blog dédicacé. Et vous avec.

 

M’enfin quoi, jusqu’à une époque récente, stigmatiser ne s’utilisait qu’avec des pincettes. Souvenez-vous, il appartenait au registre soutenu, comme les stigmates laissés dans son sillage.

Depuis, stigmatiser a été récupéré. Par ceux-là mêmes qui se disent stigmatisés d’ailleurs. Et qui ont beau jeu de le brandir tel un bouclier.

C’est stigmatisant

coupera court à la conversation.

A croire que le stigmatisé se complaît dans la stigmatisation qu’on fait de lui. Stade ultime du discours victimaire, ça lui donne le sentiment d’exister, un chouette mot comme ça.

Notez que ceux qui pratiquent la stigmatisation ne s’en vantent jamais, puisqu’elle est dénoncée par ceux d’en face. Son cousin amalgame est dans le même cas.

 

Afin de mieux mesurer l’absurdité de stigmatiser, ayons une pensée pour tous les astigmates.

 

Et quitte à prononcer les mots pour leur musique plus que pour leur signification, tâchons plutôt de réhabiliter érésipèle, grumeau ou moratoire.

Merci de votre attention.

 

Caractère

 

Un caractériel se caractérise par le fait qu’il s’exprime en gros caractères : voilà une entrée en matière qui ne manque pas de caractère, avouez.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

A priori comme ça, tout repose sur l’idée d’une chose prégnante, remarquable, laissant à la foule ébahie une impression qui aide à la définir, précisément.

Le mot apparaît dès 1274 sous la forme « karactere ». Un siècle passe et c’est une « caratere » que l’on découvre en guise d’« empreinte » (on aurait voulu entretenir la confusion avec cratère qu’on ne s’y serait pas pris autrement).
Quant au « signe d’écriture », il débaroule en 1550 sous les traits de « carathere ». La graphie moderne n’a plus qu’à s’imposer à la fin du XVIe siècle.

 

Fallait s’en douter, character était déjà une « manière d’être » chez les Romains. A telle enseigne qu’en anglais, un character n’est autre que notre « personnage » de fiction.
Maaaais on ne vous la fait pas, c’est là le sens figuré.
La « marque au fer rouge » sur un animal, voilà le caractère du tout début.
Le latin l’avait chouravé en douce au grec kharakter (« marque gravée »), de kharassein (« graver »), d’après kharax (« pieu »). Soyons pointus. Merci qui ? L’indo-européen ghers-, « gratter, rayer ».

 

On vous voit saisi d’un gros chagrin à l’idée que caractère soit le seul de sa catégorie, qu’il n’ait ni frères et sœurs, ni cousins-cousines et autres chouineries du même seau.
Et le grand « échalas » ? Certes altéré d’échelle mais surtout de l’ancien français escharat… Ça ne vous rappelle pas un petit pieu quelque chose ?
Allez, c’est fini…

Merci de votre attention.