Ambassadeur

 

Avouons-le : l’ambassadeur est plus connu pour ses réceptions aux pièces montées intactes même quand tout le monde a tapé dedans* que pour son activité réelle ou supposée.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Est ambassadeur le chef d’une ambassade, jusque-là, pas de quoi bousculer le protocole.
Au figuré, « notre meilleur(e) ambassadeur/ambassadrice » est une personnalité dont on estime qu’elle nous représente le mieux à l’étranger.
L’ambassadeur voyage donc beaucoup. Ce qui réduit grave de ouf drastiquement les chances de le croiser à son ambassade.

 

Et plus encore à son ambasce, « mission officielle auprès d’un haut personnage », auto-détruite au XIIIe siècle mais reconstituée quasi à l’identique outre-Manche (embassy).
Sur ses ruines encore fumantes, après avoir tenté d’ériger une ambaxee et une enbasee, c’est finalement une ambaxade qui sort de terre, inaugurée comme ambassade en 1387. « En mission auprès d’un gouvernement étranger », voilà donc l’embassator. Fait-il pas penser à Terminator [il revient, et il n’est pas content] ?

 

A propos, nous n’avons fait que reprendre de force au rital son ambasciatore, inspiré de l’ancien provençal ambayssador sorti de l’ambayssada. Fait-elle pas penser au tube de l’été [il revient, et on n’est pas content] ?

Ceusses qui connaissent leur provençal comme leur poche invoqueront l’ambaissa, « message » conservé depuis le latin médiéval ambactia ou ambascia, « service », venu de l’encore plus lointain andbahti (gothique flamboyant), dérivé d’and-bahts, « serviteur » (à ne pas confondre avec âne bâté), vestige du gaulois ambactos, littéralement « conduit autour », qui se décompose en amb-, « autour » et ag-, « pousser, conduire ». Mais mais mais… c’est le sosie d’ambigu !
Comme les ronds de jambe diplomatiques, CQFD.

Merci de votre attention.

 

* v. aussi Vierge Marie.

« Réceptionner »

 

J’ai réceptionné un colis pour toi ;

Aïe, j’ai bien peur que la Chinoise ne se soit mal réceptionnée là !

Au motif qu’il s’invite partout, devrions-nous réceptionner le verbe avec les honneurs ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Faire semblant de ne pas avoir de mots à sa disposition est un sport national. Que chacun pratique à son (petit) niveau :

  • en remplaçant un mot jusque-là bonnard par un néologisme jugé plus avantageux ;
  • ou par un mot angliche ;
  • ou (si on tient vraiment la patate) par un mot angliche non équivalent.

L’on ne vous fera pas l’injure de renvoyer ici à de précédents billets. Pour l’efficience de l’exposé, checkez par vous-même afin de ne pas squeezer ce qui suit.

 

Au sein de cette compétition zacharnée, « réceptionner » se distingue depuis 1909. Depuis, le vilain parvient régulièrement à dérober le dossard de son concurrent recevoir, au nez et à la barbe des zacadémiciens semble-t-il.
Replongeons la tête la première dans l’exemple liminaire. Si

j’ai reçu un colis pour toi,

quelle est la valeur ajoutée de le « réceptionner », tête d’œuf ?

On a ajouté, façon strapontin, un infinitif à réception, elle-même formée sur recevoir. L’exploit n’est pas mince. Il est vrai que réception est un nom particulièrement évocateur, surtout celles de l’ambassadeur. Accuser réception, d’accord. M’enfin quoi, « réceptionner » ? C’est un peu comme réveillonner : en donnant réception, vous recevez vos hôtes, jusqu’à preuve du contraire.

 

La moutonnerie force de l’habitude vous fait d’ores et déjà jvoispasoùestleproblèmer ? Prenez au pif les frangins de recevoir se conjuguant comme lui. Au risque de vous déceptionner, ça ne marchera pas du tout, sauf dans un sketch.
Pouvez vérifier (conjugaison 28) : percevoir → perçu, perception.

Le jour où on viendra vous perceptionner, fuyez, pauvres fous.

Merci de votre attention.