Fulgurance #169

On ne connaît les gens que quand ils commencent à vous décevoir.

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Film d’auteur

 

D’un bon comédien, on dit qu’il « fait » le film. Au point de le placer, par la grâce de de, derrière la caméra :

un film de Brigitte Bardot,

même quand manifestement le derrière est devant.

Et le réalisateur ? Le grand oublié, avec avec.
brigitte-bardot2

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Voilà un réflexe vieux comme le cinoche, notamment au pluriel :

les films de Fernandel.

Et propre au 7e art. Dans tous les autres, pas d’équivoque possible :

une sculpture de Rodin,
un poème d’Apollinaire,
un disque de x ou y (on ne sait jamais lequel mettre)

sont bien le fait de l’artiste.

Au pire :

un portrait de la Joconde, par Léonard.

Dès que le sujet bouge à 24 images par seconde, celui qui le filme n’a plus qu’à s’écraser, dans un anonymat dont seules le sauvent ses cochonneries avec l’égérie.

 

Les petites ficelles n’intéressent pas le grand public. Ça tombe bien, plus l’œuvre est réussie, moins on les voit. Doit-on pour autant sacrifier l’autel sur l’auteur de l’émotion (ou l’inverse) ?

Idem pour l’art culinaire. « Un plat de nouilles », certes. Mais qui l’a cuisiné ? Elles ne sont pas arrivées al dente par hasard, ces nouilles.

 

Dans le doute, remplacez par « signé ». Attention, contrairement aux nouilles, ne le mettez pas à toutes les sauces. Ainsi est-on dorénavant sommé de s’extasier devant n’importe quel but « signé » Duschmoll.
Dans le cas de Maradona, on parlera plutôt de « la main de Dieu ».

 

Toute ressemblance entre un footeux, Brigitte Bardot et un plat de nouilles serait purement fortuite.

Merci de votre attention.

 

Subjugué

 

Pattes sciées, souffle coupé, bave aux lèvres, on est tôt ou tard subjugué devant cet être inconnu que l’on reconnaît paradoxalement, rapport aux films que nous nous faisons nuitamment et autres inévitables trucs de midinettes cheminements fantasmatiques.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Aussitôt que la sensation nous saisit, inutile de dire qu’on n’en mène pas large. Le choc est tel qu’on n’est plus soi-même, comme aliéné. Normal : être subjugué, c’est moins tomber sous le charme que « sous le joug », mes zoulous. Littéralement.

Ainsi, aussi poilant que ça puisse paraître, le subjuguer du XVe siècle revient à « soumettre par les armes ». Intégralement pompé sur subjugare, « mettre sous le joug », cet attelage symbolique sous lequel défilaient les vaincus des Romains.

 

Et si ceux-ci attelaient leurs bourrins sous un jugum, ne serait-ce pas un peu la faute de l’indo-européen commun yeug-, « joindre » ?
Meuh si, tout s’enchaîne.

Admirez plutôt la descendance :
La veine jugulaire fait, excusez du peu, le lien entre la tête et tout le reste ;
jouxter se dit (pas assez à notre goût car quel verbe rapicolant !) de choses attenantes ;
conjuguer unit un verbe à sa personne ;
sans parler, jointure ultime, de la vie conjugale au cas où le coup de foudre de tout à l’heure se concrétise sous les lancers de basmati.

Allez de joug en joug si ça vous chante mais laissez-vous subjuguer, y’a qu’ça d’vrai.

Merci de votre attention.