Anthologie

 

Footballeur argentin né au Venezuela en 1919, mort 57 ans plus tard en 1982 à New Jersey, Alabama, auteur pour l’équipe du Mexique de nombreux buts entrés dans la légende :

un but d’Anthologie.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Tout ce qui précède n’est bien sûr que pur pudding. Sauf pour ce qui est du lien entre anthologie (« recueil de textes choisis ») et légende (« ce qui mérite d’être lu »).
Car d’un point de vue littéraire, l’anthologie est bien un best of avant la lettre.

Et d’un point de vue étymo ? Anthologie vaut là aussi son pesant d’allitérations.

 

On emprunte la belle en 1574 au grec anthologia, « action de cueillir des fleurs ». D’où la fine fleur de la poésie compilée en livre de chevet. Anthos, « fleur », logia, « collection ».

Ni l’un ni l’autre ne vous reviennent ? Teu-teu-teu. Et les chrysanthèmes ? Ne sont-ce pas des « fleurs d’or », peut-être ? Et que dire du tournesol, famille des hélianthes ?

 

Quant à legein, « rassembler », on le doit à l’indo-européen leg- de même sens, dont la branche la plus solide a donné, fort logiquement, logique. Et dialogue, entre autres logorrhées. Qu’est-ce que « parler » sinon « choisir » ses mots, hein, on ne vous le fait pas dire.

Sans oublier collège, lieu de chahut d’enseignement mais surtout groupe d’individus triés sur le volet travaillant dans la collégialité. Ou les Lego, à assembler comme bon vous semble (le but étant quand même que ça ressemble à quelque chose).

 

Cette histoire de fleurs coupées vous la cueille (ou l’inverse) ? C’est le bouquet. Vous oubliez le frère latin d’anthologie qui est florilège, comme son nom l’indique.

Petite sélection d’équivalents de par le monde :

Potpourri (allemand), potpourri (anglais), popuri (coréen), popurrí (espagnol), popourri (portugais).

Et ce n’est qu’un pot-pourri.

Merci de votre attention.

 

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Genre

 

Le piéton rapportant des propos piaillera :

et là y m’fait, genre 

A ne surtout pas reproduire chez soi.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Si les virgules jouent les escort-girls avec genre, c’est pour rendre compte de la teneur de la conversation, qu’il n’est pas utile de citer au mot près. Genre équivaut alors à « disons », ou « à peu près » :

il était, genre, là et moi là.

 

Or, jusqu’à une époque récente, genre ne sortait que précédé d’un article et suivi d’un nom :

un genre d’orchidée.

Locution ne désignant nullement une sous-espèce d’orchidée mais une autre fleur au blase inconnu.

A l’oral, on a viré tout le barda pour ne garder que la notion d’approximation. Avant d’entrer de plain-pied dans le sournois, puisqu’on entend désormais genre au sens de « comme si » :

et là y m’fait, genre, j’te kiffe.

Au point d’en faire une exclamation à part entière :

Genre !

pour bien montrer qu’on n’est pas dupe.

Autant dire que

à d’autres,
vachement !

et autres

et mon cul, c’est du poulet ?

n’ont plus qu’à remballer les gaules.

 

Ultime étape, genre ne sert plus que de ponctuation, remplaçant deux points et les guillemets :

et là y m’fait, genre, genre !

 

Pour se donner un genre, tout est bon.

Merci de votre attention.

 

« Pécunier »

 

Imaginez qu’on vous enlève un bras (sans anesthésie) pour vous fixer une prothèse (d’une longueur légèrement différente). Et qu’on décrète que ce sera désormais votre bras. Les pires scénaristes d’horreur bouderaient l’idée. Et pas pour des raisons pécuniaires.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Il se trouve ainsi des psychopathes pour dégainer publiquement « pécunier » en présence d’un nom masculin :

J’ai des ennuis « pécuniers ».

S’ils comptaient sur ce terme un brin soutenu pour redorer leur vocabulaire tout en suscitant la charité, c’est raté (ou la charito, c’est rato, ce qui revient au même).

 

Sans doute le criminel de base est-il mû par une attirance malsaine pour financier, dont le féminin financière rime effrontément avec son synonyme pécuniaire.
Mais d’autres mobiles plus enfouis sont à l’œuvre.

Dans l’espoir que ses soucis d’argent ne seront que passagers, son inconscient va chercher saisonnier et hop ! « pécunier » rafle la mise.
Et plus l’autre khôn tarde à le rembourser, plus il devient rancunier et bim ! « pécunier » derechef.
Faut pas grand-chose.

L’Académie montre très officiellement les dents depuis 1970 dans ses Nouvelles mises en garde : « pécunier » est une faute d’usage qui remonte au moins à Chateaubriand.
Comme quoi, les bœufs ne sont pas les seuls à se griller en la commettant.

 

Pécuniéristes, voilà qui devrait soulager votre mal. Quel que soit le genre du nom auquel il se rapporte, pécuniaire s’écrit avec un a comme argent. La faute au latin pecunia, c’est-y pas beau ? On dirait une fleur.
‘Tention, celle-ci ne sent rien, comme chacun sait.

 

Jarretons « pécunier » sans ménagement et faisons une haie d’honneur à pécuniaire en battant le rappel de ses petits camarades : agraire, aviaire, grégaire, horaire, littéraire, solidaire et bien sûr budgétaire et fiduciaire, avec lesquels il sera vite copain comme cochon.

Merci de votre attention.