Où chatouiller un non-chatouilleux ?

 

La réponse de prime abord est n’importe où, puisque le non-chatouilleux n’est pas chatouilleux. Mais, une fois que vous vous serez démené(e) dans tous les sens, contreforts et orifices possibles, l’entreprise vous apparaîtra dans toute sa vanité. Pas chatouilleux, pas chatouilleux, on vous l’avait dit, pourtant.

De guerre lasse, vous diriez plutôt nulle part. Ce qui vous prive ipso facto du plaisir d’apposer vos guilis dans des endroits que la morale ne réprouve même pas puisque votre sujet d’étude ne sent rien, à l’en croire.

 

C’est alors que le doute surgit. Il doit y avoir une faille. 100% non chatouilleux, ce n’est pas humain. Chez le rhinocéros, peut-être. Mais vous n’avez ni le loisir ni les khoûilles l’envie d’aller tâter de sa carapace.

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en chatouilleur civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Votre soi-disant non-chatouilleux n’aura rencontré que des chatouilleurs sans conviction. Il en aura tiré un peu hâtivement la conclusion qui l’arrange (car l’aura du non-chatouilleux en société est incontestable). En vérité, il en nourrit un fort sentiment de frustration. Pour l’en délivrer, il suffit de trouver son point C.

 

♦  S’il ne réagit pas côté anatomie, le non-chatouilleux a d’autres points sensibles : chignole, portefeuille… Faites le test en commençant par ses enjoliveurs ou son becquet arrière, pour voir.

 

♦  Puisque manifestement c’est au niveau du cerveau que se situe le blocage, chatouillez-lui directement les centres nerveux à vif.

 

♦  Les soirs où, pris de boisson, votre cobaye se trouvera en perdition, chatouillez-lui la luette, il vous le rendra bien.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Comment réprimer un fou rire chez le toubib ?

 

Vaste question, qui ne concerne pas seulement les chatouilleux frémissant à la moindre palpation comme à l’approche d’un guili. Malgré la solennité du lieu (ou plutôt à cause de ladite), une vague d’hilarité peut vous emporter sans crier gare. Vos hormones se livrent alors un combat sans merci, adrénaline en tête. Vous avez beau tenter de penser à autre chose, les ruissellements, chauffés par le rouge qui vous monte aux joues, forment bientôt un magma de honte où se jette une morve dont vous ne savez plus s’il faut la renifler ou l’avaler.

En digne serviteur de la médecine qui en a vu d’autres, l’autre poursuit son office. Cet apparent détachement ajoute encore à votre gêne. Vous ne foutez déjà pas souvent les pieds dans son cabinet, ce n’est pas, merde alors, pour que le hasard voue joue des tours si pendables.

Rassurez-vous, c’est nerveux humain. Le ridicule ne tue pas et quand bien même : vous êtes justement dans de bonnes mains.

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en patient civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous, variables selon la spécialité :

 

♦  Qu’un généraliste vous écoute les entrailles avec son stéthoscope gelé ou qu’un ostéopathe vous triture le bedon comme de la pâte à modeler, vos gloussements, quelque inextinguibles qu’ils soient, n’auront d’autre incidence que de détendre l’atmosphère. Il est même conseillé de partager avec eux la réminiscence poilante ou l’idée saugrenue à laquelle ils riront de plus belle.
Mais la situation peut rapidement dégénérer chez l’acupuncteur qui, suite à l’une de vos secousses, ira planter son aiguille trois centimètres et demi trop bas. Et alors là, fini de rire.
Quant au dentiste et à l’ORL, ils perdront non seulement patience mais en prendront pour leur grade face à votre gorge déployée (morve susnommée, postillons, volume sonore…).

 

♦  Il n’est pas jusqu’à vos urologue et proctologue qui ne risquent d’apprécier modérément vos soubresauts, synonymes à ce stade de souillures inévitables.

 

♦  Ce qui précède n’a aucune commune mesure avec un fou rire chez le chirurgien esthétique, dont on laisse à penser les conséquences désastreuses pour ce lobe d’oreille ou ce nez en trompette qui faisaient finalement votre charme.

 

♦  De même, si vous poussez la porte d’un thérapeute par le rire dans cet état, prenez garde : toute crise sera contre-productive. L’homme vous bottera vraisemblablement le train, bouffera son diplôme avec de la sauce piquante et filera refaire sa vie chez les Mormons du Dakota du Sud.

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♦  LA solution ? Arrangez-vous pour que la consultation concerne une autre personne, ami(e), conjoint, progéniture… laquelle vous saura gré de l’avoir si jovialement soutenue pendant ce (moins) mauvais moment à passer.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.