Comment tourner un lapsus à votre avantage ?

 

Que vous soyez puissant ou misérable, votre langue fourchera avec une régularité helvétique. Z’aurez beau jurer à la cantonade que ce n’est pas ce que vous vouliez dire, tout le monde saura au contraire précisément ce que vous vouliez dire.

Le lapsus est révélateur, depuis l’oncle Sigmund. Pléonasme que n’aurait pas renié La Palice.

 

Certes, dans le cadre privé, « casse ton bac d’abord » et autres « passe-moi l’ciel » prêtent plus à sourire qu’à conséquence. Mais face à l’auguste assemblée buvant vos paroles, évitez de conclure votre envolée d’un « vive la Flance » qui réduirait à néant tous vos efforts de persuasion.

 

Puisque vous n’êtes que le jouet de votre inconscient (porte bien son nom, çiloui-là), autant l’assumer à fond et vous décharger de toutes les saloperies qui vous passent par la tête sur l’air du c’est-pas-moi-c’est-lui.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en ex-faux-derche civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Au moment de prendre congé d’un boulet, faites-lui sentir dans un grand sourire que « à bien tard » est une formule sans équivoque.

 

♦  Lorsqu’on soumet une nuisance sonore à votre sagacité de mélomane éclairé, au lieu de partir d’un paradoxal « non c’est pas mal », écoutez votre conscience : « oui saagace bien ».

 

♦  Au terme d’âpres négociations, félicitez-vous de l’accord « gagnant-perdant » venant d’être trouvé. On louera votre franchise. 

♦  Le jour où, recevant votre homologue dictateur, on vous presse d’évoquer les droits de l’homme entre la poire et le fromage, rappelez-lui que « là où y’a d’la gégène y’a pas de plaisir ». Vous lui aurez dit son fait sans en avoir l’air.

 

♦  Si vous ne pouvez tempérer vos ardeurs en galante compagnie, le mot lapsus lui-même vous tirera de bien des situations embarrassantes.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Comment dire son fait à un khôn sans aucun danger ?

 

Les manières d’untel vous insupportent au plus haut point. Pour des raisons trop longues à énumérer, celui-ci fera partie du paysage pour un bon bout de temps hélas. Vous avez bien envisagé de le couler vivant dans le béton ou de lui faire découvrir le Grand Canyon mais la scientifique finirait par flairer votre piste.

Car il est difficile de vous en cacher : plus qu’un autre, ce khehehônnard majuscule mérite d’entendre ses quatre vérités.

Vous craignez cependant – et qui vous en blâmerait ? – que la crevaison de l’abcès ne dégénère en pugilat. Et préféreriez, tant qu’à faire, cracher votre pilule sur de belles personnes de votre connaissance, celles qui ont le chic pour vous réconcilier avec le genre humain.

 

Oui mais voilà : on ne dit son fait qu’à un khôn, par définition. Partant, il est fort probable que ça vous retombe dessus.

Parce qu’on ne se méfie jamais assez du khôn, mes moutons. Neuf fois sur dix, sa mauvaise foi lui permettra de retourner la situation à son avantage. Tout ce que vous y aurez gagné, ce seront d’autres ennemis, tout aussi khôns que le premier. Voire davantage puisque en matière de khônnerie, on atteint rarement le sommet.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en fielleux civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Exposez vos sentiments au khôn de manière anonyme façon corbeau. Le plaisir sera certes gâché par le fait de ne pas assumer mais vous pouvez compter sur sa khônnerie légendaire pour ne pas faire le rapprochement avec vous.

 

♦  Récitez-lui votre laïus à l’envers (en ayant pris soin de tout apprendre phonétiquement sens l’autre dans).

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♦  Si le khôn est président de la République, il est tout à fait possible que vous l’interpelliez sans vous faire mettre sur écoute interpeller à votre tour. Le chef des armées vous enjoindra dans sa barbe à passer votre chemin. Mais pas de triomphalisme : sa répartie ne respectera pas plus les canons du français que la vôtre (« touche-moi pas » ? allons bon).

 

♦  Le principal risque après tout serait d’avoir la mort du khôn sur la conscience, si toutefois (on peut rêver) celui-ci mettait fin à ses jours suite au déclic provoqué par votre intervention. Heureusement, dans sa logique de khôn, il ne comprendra à aucun moment ce qu’on lui reproche. Dans ces conditions, autant tout lui déballer à la gueule.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.