Fulgurance #125

On ne voit pas l’utilité d’un très grand zizi.
Mis à part l’hiver où cette cheminée naturelle permet de réchauffer tout l’être en colportant le pissou plus longtemps.

Température ressentie

 

Jadis, la météo de papa ne délivrait que la sentence du thermomètre. Nous autres petits veinards avons désormais droit aux températures ressenties, plus volontiers d’ailleurs en cas de glagla. Aussitôt la question se pose : ressenties par qui exactement ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Que voilà un concept diantrement intéressant. Et pourquoi pas, à côté du compteur kilométrique, une seconde aiguille indiquant la vitesse ressentie ? Ça commencerait à devenir chouette aux anniversaires : une bougie concordant avec l’état civil, un gâteau en rab pour l’âge que vous auriez l’impression d’avoir.

Car enfin, cette température ressentie, où l’a-t-on relevée ? Certainement pas dans le fion du commun des mortels, à 37,2 °C qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige. Sans compter l’imprudence de se balader comme ça de ce temps-là, t-t-t.

 

Parce que, comme sa consoeur, ladite température est donnée à l’avance par-dessus le marché. Elle n’a pu, par définition, être ressentie par personne. Les météorologues se sont donc accordés pour établir une différence moyenne entre le nombre de degrés du dehors et celui éprouvé dans notre chair. En décidant d’un écart à tel taux d’humidité dans l’air ou au milieu de telle rafale.

Or, pour avoir tous côtoyé des frileux, nous savons par expérience que la température ressentie est d’une subjectivité à faire frémir. Ce mercure intérieur varie du tout au tout d’un individu à l’autre selon son métabolisme, son épiderme, ses épaisseurs, l’abribus…

 

D’ailleurs, si l’on veut savoir précisément à quoi s’en tenir (notamment côté garde-robe), quelle utilité d’avoir deux températures pour le prix d’une ?
Rendre la météo plus fun. Un chiffre impersonnel mais personnalisé. Une précision forcément imprécise. -3 °C ? Oui mais c’est comme s’il faisait –10, voyez comme l’hiver est rude.
On vit sa saison à fond, autrement dit.

 

Les températures ressenties sont censées pimenter le bulletin météo.
Attention cependant, beaucoup de vent à prévoir.

Merci de votre attention.

 

Comment se rabibocher avec sa sœur quand on ne connaît pas le sens du mot ?

 

Tout est parti d’une vétille, c’est monté dans les étages et advint ce qui devait arriver : vous vous fritâtes avec votre sœur. Non-dits, feu aux poudres, on connaît le topo.
Vous n’allez pas rester en froid pour le restant de vos jours respectifs. Etre issu des mêmes gamètes et se brouiller pour si peu, mais c’est un crime contre la nature allons allons.

Bien sûr, hors de question de vous réconcilier sur l’oreiller (surtout si vous êtes un gars du sexe masculin). Dégonflez un peu votre orgueil, refaites un pas vers l’autre, qui fera de même, vous aurez déjà parcouru un bout de chemin considérable.

reconciliation

D’ailleurs tout le monde vous conseille de vous rabibocher. Seulement voilà, kèzezéza, « rabibocher » ? Vous n’avez jamais entendu ce nom-là. Malgré toute votre bonne volonté, ça ne risque pas de se produire pour après-demain.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en ignare civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Ouvrir un dictionnaire. Attention, un petit peu plus haut ou plus bas, à rabaisser, rabrouer ou huile sur le feu et tout rapprochement ultérieur sera salement compromis.

 

♦  A tout hasard, puisque la chose a l’air de soigner, gagnez la pharmacie la plus proche et demandez à ce qu’on vous rabiboche avec votre sœur. Sans ordonnance, avec un peu de chance.

 

♦  A force de louper des épisodes, vous n’aviez pas su pour la conversion au judaïsme de votre sœur. Cette histoire de Rabbi Bocher ne vous dit rien qui vaille.

 

♦  Si c’est le sens du mot sœur qui vous échappe, la science ne s’est pas encore penchée sur votre cas. Laissez-lui juste le temps.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Frigo

 

Boââh mais frigo, ça vient de Frigidaire, tout le monde sait ça, faut arrêter…

Voilà l’étymo dont vous vous contentez généralement, mes pauvres moutons. Un ourlet à la marque déposée, comme pour régulier (réglo) ou mécanicien (mécano). Les anglophones eux-mêmes ne disent-ils pas familièrement fridge (de « Fwidgidaiwe ») ? Merci, au revoir m’sieu-dames.
Alors vous, vous laisseriez les choses en plan et le frigo grand ouvert ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Bé oui, pourquoi justement « Frigidaire » ? Vaguement à cause de réfrigérateur, non ? Me dites pas que le mot vous est inconnu (c’est Inuit ça quand même). Il ne vous aura pas non plus échappé que la bête sert à réfrigérer la boustifaille, et non les nouveaux-nés destinés, eux, au congélateur (ou congélo, décidément, que de tendresse dans ces petits noms). Le verbe, intact depuis le refrigerare latin (« refroidir, rafraîchir »), est venu du « froid » (frigus), ou plutôt des ceusses avec qui on était en froid, à savoir les Grecs (ῥῖγος, de même sens).

Quoique rien n’eût été possible sans l’entremise de sriges-, lointain radical indo-européen (encore lui) dont la seule sonorité évoque ce à quoi on n’a pas envie de se frotter. A rapprocher de la rigueur de l’hiver alors ? Beuh exactly. Sans compter, of course, toute la smala des frais, froid, frisquet, frisson, frimas, frileux, frigorifié et même frigide – ce qui ne réchauffe point l’ambiance.

Résultat, quand General Motors commercialisait son Frigidaire dans les années folles, elle ne faisait que recycler le frigidarium, « partie la plus froide des thermes romains ».

 

Mais le plus tordant, c’est que d’après tous les bons dictionnaires latins, frigo, 1e personne de frigere, peut signifier également « je fris ». J’fais griller, quoi ; Monsieur Graillon, en somme.

Et c’est pas tout. Hors la poêle, on trouve aussi frigere dans le sens de « sauter bruyamment ». Sans rire hein ! Ç’a d’ailleurs donné fringuer, en ancien français (« s’agiter en dansant, gambader »). Qui nous vaut les actuels fringant et fringues (« habits pour aller fringuer », on ne peut rien vous cacher).

 

Le froid, suffit de se fringuer en conséquence, pas la peine d’en faire tout un plat.

Merci de votre attention.