Suréquipée

 

Les constructeurs automobiles pourraient se l’épargner, cette précision. Aucune chignole ne sort plus sous-équipée de l’usine. Ni même simplement équipée.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Sans toutes les options disponibles, point de salut ? Signe des temps, ou on ne s’y connaît plus. Car le propre de l’option est d’être en option, comme son nom l’indique. Si toutes les options sont « de série », relatif et absolu n’ont plus qu’à rentrer chez mémé. Suréquipée par rapport à quoi, du coup ? Les autres marques ? Il est à craindre qu’elles aussi subissent le suréquipement de rigueur.

 

Idem avec les téléphones. Ceux qui ne servent qu’à téléphoner sont devenus des pièces de musée. Mais avez-vous déjà utilisé toutes les applications d’un spécimen suréquipé ? Ou même la moitié ? Amusez-vous à recenser celles dont vous ignoriez jusqu’à l’existence – et à vous demander si ça vous empêchait de ronquer, tiens.

 

On murmure que les cuisinistes s’apprêteraient à suivre le mouvement. A l’heure qu’il est, nul doute qu’ils se creusent la soupière comme un seul homme pour vous persuader qu’une cuisine suréquipée est le secret du non-ratage de votre dinde aux marrons.

 

Comme on n’invente plus rien d’essentiel, on impose donc du superflu au gogo à longueur de temps, et dans un grand sourire.

Seulement le superflu commence tout doucettement à encombrer. Une déchetterie à chaque carrefour, un bureau des objets trouvés par mairie. Parce que nous paumons toujours tout ? Semons, plutôt. Manière inconsciente de se débarrasser du trop-plein. Cherchez pas, c’est que ça.

 

La supercherie n‘a qu’un temps. Si tout le monde se suréquipe, impossible de frimer au nez et à la barbe du voisin.
Restera plus qu’à tout miser sur le sous-équipé pour se démarquer.

Merci de votre attention.

surequipee

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Montre à mails

 

On connaissait l’amour à mort, la mouche à merde, voici la montre à mails. Pompe un temps précieux et fait dzzzz tout pareil quand elle se manifeste.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

L’heure locale étant désespérément la même pour tous, le blaireau a désormais la possibilité de se distinguer en s’enchaînant se connectant au monde par le poignet. Le laissant juge, à chaque décharge électrique vibration (faudrait surtout pas louper un spam), de l’importance d’une notification qu’il ouvrira plus tard sur un autre appareil adapté.
Notez qu’il lambinera toujours autant pour répondre à ses messages. Mais au moins, le joujou, il l’a. Et il a suffisamment raqué pour.

 

Ainsi lui suffit-il de chuchoter au cadran pour allumer la lumière de son doux foyer au moment où il franchit le seuil. Alors qu’en économisant de la salive de blaireau, il aurait déjà appuyé sur l’interrupteur. On n’arrête pas le progrès.

 

C’est dire comme la montre à mails simplifie la vie, avec des tas d’applications tellement pratiques qu’elles se trouvent aussi dans le téléphone du blaireau, qui n’en utilise pas les trois quarts.

Pour pas qu’il se doute, la fonction téléphone est elle-même incluse. Comme ça, quand le blaireau sent qu’on l’appelle sur son bracelet, il va ni une ni deux chercher son téléphone pour causer dedans.

 

Oui bon, les fabricants conviennent eux-mêmes des limites de leur couteau suisse. La taille de l’écran notamment. On laisse à penser ce que donne là-dessus la lecture d’un itinéraire ou d’un billet de blog au hasard.

Vivement la technique qui fera doubler le poignet de volume. Pour le cerveau, ça risque d’être un peu plus long.

 

Plus les montres nous prennent du temps, moins elles donnent l’heure.

Merci de votre attention.

 

Température ressentie

 

Jadis, la météo de papa ne délivrait que la sentence du thermomètre. Nous autres petits veinards avons désormais droit aux températures ressenties, plus volontiers d’ailleurs en cas de glagla. Aussitôt la question se pose : ressenties par qui exactement ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Que voilà un concept diantrement intéressant. Et pourquoi pas, à côté du compteur kilométrique, une seconde aiguille indiquant la vitesse ressentie ? Ça commencerait à devenir chouette aux anniversaires : une bougie concordant avec l’état civil, un gâteau en rab pour l’âge que vous auriez l’impression d’avoir.

Car enfin, cette température ressentie, où l’a-t-on relevée ? Certainement pas dans le fion du commun des mortels, à 37,2 °C qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige. Sans compter l’imprudence de se balader comme ça de ce temps-là, t-t-t.

 

Parce que, comme sa consoeur, ladite température est donnée à l’avance par-dessus le marché. Elle n’a pu, par définition, être ressentie par personne. Les météorologues se sont donc accordés pour établir une différence moyenne entre le nombre de degrés du dehors et celui éprouvé dans notre chair. En décidant d’un écart à tel taux d’humidité dans l’air ou au milieu de telle rafale.

Or, pour avoir tous côtoyé des frileux, nous savons par expérience que la température ressentie est d’une subjectivité à faire frémir. Ce mercure intérieur varie du tout au tout d’un individu à l’autre selon son métabolisme, son épiderme, ses épaisseurs, l’abribus…

 

D’ailleurs, si l’on veut savoir précisément à quoi s’en tenir (notamment côté garde-robe), quelle utilité d’avoir deux températures pour le prix d’une ?
Rendre la météo plus fun. Un chiffre impersonnel mais personnalisé. Une précision forcément imprécise. -3 °C ? Oui mais c’est comme s’il faisait –10, voyez comme l’hiver est rude.
On vit sa saison à fond, autrement dit.

 

Les températures ressenties sont censées pimenter le bulletin météo.
Attention cependant, beaucoup de vent à prévoir.

Merci de votre attention.