Fulgurance #158

A la question « que regardez-vous en premier chez… », pourquoi ne répond-on jamais « ça dépend de la personne » ?

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Gens

 

Pris individuellement, les gens redeviennent tout à fait fréquentables. Soit dit sans vouloir généraliser.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Si généraliser est cul et chemise avec gens, tout ça ne serait-il pas famille ?
Précisément.

En latin, gens (prononcé [geːns] comme dans [Mercedes-Benz]) désigne le clan, le

groupe de tous ceux qui se rattachent par les mâles à un autre ancêtre mâle commun,

autrement dit le géniteur, celui qui a les clés de la Merco.

Quant au gentleman, s’il est si gentil, c’est avant tout parce qu’il est « bien né » : gentilis, cousu à même la peau de gens, « de la même famille ou clan ».

 

Certes mais pourquoi gens est-il invariablement pluriel ? Parce qu’on imagine mal « un gens » ou pire « un gen ». D’ailleurs, un gendarme n’est rien sans ses collègues « gens d’arme ». Forcément des fliquettes, comme l’atteste la survivance du féminin « bonnes gens » ou « petites gens ». Pour une fois que la testostérone ne l’emporte pas sur les œstrogènes, arrêtons de croire que les gens sont charmants. Les gens sont terribles.

 

Fin Xe pourtant, le mot est encore singulier. Il faut dire qu’on l’écrit alors gent, « espèce » bien conservée dans son bocal. Ainsi La Fontaine évoque-t-il

la gent trotte-menu

en parlant des souris.

Génial, non ?
Précisément.

Si l’ingénieur « crée » des engins, la puissance créatrice du génie lui est bien supérieure.
C’est l’indo-européen gene- qui génère tout le reste. Pour faire genre, on a raboté un e au verbe. Et comme on avait du rab de d, on en a profité pour engendrer gendre.
C’est après que ç’a dégénéré.

Merci de votre attention.

Plans Marshall

 

Les médias frétillent comme un seul homme à l’annonce d’un plan Marshall, notamment pour les banlieues. Bref rappel historique : George Marshall, 1880-1959, général des Stazunis dont le fameux plan permit de reconstruire l’Europe il y a une guerre de ça. Pas étonnant qu’on ne voie jamais la couleur d’aucune réplique. Notamment pour les banlieues.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Chaque fois qu’un décideur sort un plan Marshall de son galure, pouvez être sûrs qu’il ne pèse pas ses mots : c’est du figuré. Sous-entendu : aux grands maux les grands remèdes, z’allez voir ce que vous allez voir.

Sinon foutage de gueule, l’expression est du moins à prendre avec des pincettes. Comme il s’en lance à peu près un par semaine, de plan Marshall (notamment pour les banlieues), on finit par douter, c’est humain.

 

Pour éviter qu’on ne gamberge trop, il arrive qu’on nous mette du Grenelle en attendant :

il faut un Grenelle des banlieues.

Voilà qui ne mange pas de pain et qui permet de dormir sur ses deux oreilles.
L’inconvénient, c’est que c’est moins martial que Marshall – sans mauvais jeu de mots. Parce que si le nom n’en impose pas un minimum, comment pourrait-il être suivi d’effets ? Imaginez que le grand sauveur se soit appelé Engelbert Humperdinck. Ou Michel Tupperware. Ou même George Bay. Il n’aurait sans doute pas laissé la même trace dans l’Histoire.

plan-marshallToute péroraison à base de plan Marshall est donc vivement déconseillée. Y compris si vous vous appelez Marshall ; de quoi auriez-vous l’air, autoproclamé avant même d’avoir débloqué le premier kopeck ?

 

Laissons Marshall où il est : avec les asticots à Washington. Que celui qui se retrousse les manches propose un plan tout court.
Ce que la testostérone y perdra, la modestie y gagnera.

Merci de votre attention.

 

Cro-Magnon et Néandertal

 

Toujours parler de ces deux-là sous le terme générique d’homme, c’est en faire un peu les soldats inconnus du paléolithique. Alors que sous leur air fruste, Cro-Magnon et Néandertal cachaient des personnalités aussi singulières que vous et moi (Brrnô, Gertrude, Jean-Gnoûrf dit JG, pour ne citer qu’eux).

Mais revenons à nos moutons, moutons.

En réalité, tout ça, c’est pour ne pas dire habitant. Voyons les choses comme elles sont, Cro-Magnon et Néandertal ne sont pas les noms des découvreurs mais bien ceux des patelins respectifs.

 

Et encore, pour Cro-Magnon, c’est un bien grand mot. Nom dur comme les mœurs de l’époque peut-être mais caractéristique de la roche qui en fut témoin.

En occitan, Cròs-Manhon n’est guère que le creux du père Magnon. Dans la généalogie duquel figure un grand gaillard (manhon émanant de magnus) mais aussi l’homme par qui la renommée arrive (dans un bel anachronisme dont tout le monde se fout). Vu la taille au garrot des spécimens retrouvés, c’était le même, avec un peu de chance.

 

Là-dessus arrive Néandertal.

Outre-Rhin, Neander, c’est du chinois. Ou plutôt du grec : néos, « nouveau » (neu, new, neuf, c’est pas nouveau), pour qualifier andros, « homme » (andropause, misanthrope entre autres).

Quel rapport avec la riante vallée teutonne Tal ? Il se trouve que le sieur Neumann, compositeur de son état, y filait rencart à la muse tout en se rebaptisant Neander pour le plaisir de faire grec. Dieu sait quel blase auraient pris les aïeux si l’inspiration n’avait pas posé un lapin au sieur en question.

 

Toute l’engeance s’appelle donc ainsi du simple fait que les restes de quelques-uns dormaient là plutôt qu’à trois kilomètres. Un peu facile, non ? Cro-Magnon et Néandertal se répartissaient sur un vaste territoire. Ils étaient donc plus nombreux à ne pas crécher là que l’inverse. D’après nos sources, certains Néandertaliens n’ont même jamais entendu parler de la « vallée de l’homme nouveau ».

 

C’est dire si Cro-Magnon et Néandertal méritent mieux que cette image d’Epinal. Ne serait-ce que pour l’homo spinalensis à qui l’expression hérisse le poil.

Merci de votre attention.