Comment faire les poches quand ce n’est pas la discrétion qui vous étouffe ?

 

Etre pickpocket ne s’improvise pas. Sang-froid, ruse, sens du timing… Le plus important étant de ne pas se faire remarquer.

Autant vous dire qu’avec vos gros sabots, vous n’êtes pas taillé(e) pour le rôle. On vous repère à cent mètres. Sur votre passage, tous les chiens méchants du quartier se mettent à aboyer. Vous feriez fuir un courant d’air.

 

Pour passer inaperçu, le mieux est encore de vous terrer chez vous. Mais c’est dans la rue que tout se joue ; jamais vos proies n’accepteraient de se déplacer à domicile, seul endroit où vous soyez capable de faire diversion. Et quand bien même, en réalisant sur le pas de la porte qu’on viendrait de les dépouiller, elles feraient vite le rapprochement avec l’occupant des lieux.

 

Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en chapardeur civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  Foutu pour foutu, autant opérer de front en annonçant clairement la couleur, façon bourse ou la vie. Comme vous ne supportez rien tant que l’injustice, laissez votre carte de visite, comme le plus vulgaire terroriste.

 

♦  Stratagème éculé mais qui a fait ses preuves : désignez quelque chose du doigt en faisant « oh ! » et profitez de ce que votre cible détourne le regard pour lui retourner le veston de fond en comble. Comme vous avez aussi deux mains gauches, veillez à ne pas laisser votre bras coincé dans sa manche.

 

♦  Marche aussi avec la variante : « t’as ton lacet défait ». En s’agenouillant, la cible vous offrira quasiment le contenu de ses poches. Comme en plus vous n’avez jamais de bol, il se sera éparpillé aux quatre vents par ce qui reste de couture.

♦  Baguenaudez en tutu ; on ne s’étonnera pas de vous voir arriver sur la pointe des pieds.

 

♦  Tout l’intérêt réside dans l’adrénaline que procure le danger. Si l’effet de surprise de votre venue est gâché, le danger, lui, est toujours présent. Augmentez vos chances de frissons en jetant votre dévolu non pas sur une dame âgée ou un touriste distrait mais sur de gros malabars à l’œil torve et aux biscottos bien saillants. Vous ne le regretterez pas.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

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Gens

 

Pris individuellement, les gens redeviennent tout à fait fréquentables. Soit dit sans vouloir généraliser.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Si généraliser est cul et chemise avec gens, tout ça ne serait-il pas famille ?
Précisément.

En latin, gens (prononcé [geːns] comme dans [Mercedes-Benz]) désigne le clan, le

groupe de tous ceux qui se rattachent par les mâles à un autre ancêtre mâle commun,

autrement dit le géniteur, celui qui a les clés de la Merco.

Quant au gentleman, s’il est si gentil, c’est avant tout parce qu’il est « bien né » : gentilis, cousu à même la peau de gens, « de la même famille ou clan ».

 

Certes mais pourquoi gens est-il invariablement pluriel ? Parce qu’on imagine mal « un gens » ou pire « un gen ». D’ailleurs, un gendarme n’est rien sans ses collègues « gens d’arme ». Forcément des fliquettes, comme l’atteste la survivance du féminin « bonnes gens » ou « petites gens ». Pour une fois que la testostérone ne l’emporte pas sur les œstrogènes, arrêtons de croire que les gens sont charmants. Les gens sont terribles.

 

Fin Xe pourtant, le mot est encore singulier. Il faut dire qu’on l’écrit alors gent, « espèce » bien conservée dans son bocal. Ainsi La Fontaine évoque-t-il

la gent trotte-menu

en parlant des souris.

Génial, non ?
Précisément.

Si l’ingénieur « crée » des engins, la puissance créatrice du génie lui est bien supérieure.
C’est l’indo-européen gene- qui génère tout le reste. Pour faire genre, on a raboté un e au verbe. Et comme on avait du rab de d, on en a profité pour engendrer gendre.
C’est après que ç’a dégénéré.

Merci de votre attention.