De préférence

 

Tu préfères papa ou maman ?

Autant demander aux mectons s’ils préférent leur khôuille gauche ou leur khôuille droite et aux fillettes de désigner leur téton préféré (si elles sont drôlement en avance). Sur ce sujet, celles-ci seraient toutefois capables de répondre, en dépit de l’indivisibilité du binôme et d’une symétrie parfaite. Les garçons sont plus rationnels, qui réservent d’égales faveurs à leurs gonades.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Que fout-ce, à la fin, de savoir où va votre préférence ? Comme s’il fallait toujours préférer ! Le plus souvent, nous hésitons comme des khôns entre deux folies en vitrine.
De plus, le cœur (préférer) ne s’aligne pas toujours, loin s’en faut, sur la raison (choisir).

Mais c’est ainsi : pour se consoler des pleins pouvoirs donnés à la raison, on aime se fabriquer de petits podiums personnels, histoire de se sentir singulier.
Et l’époque n’arrange rien. Car qu’est-ce que la mondialisation sinon une compétition à mort pour s’attirer vos préférences dans tous les domaines ?
milou-hesitation

D’ailleurs, vous ne serez jamais d’accord avec un best of ou compil’ d’aucune sorte : il y manque systématiquement une de vos préférées !
Achetez les intégrales, y’a qu’ça d’vrai.

 

Les plus zacharnés pousseront l’absurde jusqu’à ériger en dogme une « préférence nationale », aboyée très exactement comme suit :

Je préfère ma famille à mes amis, mes amis à mes voisins, mes voisins à mes compatriotes [etc. couché sale bête].

Oui mais si le voisin est un ami qui, coup de bol, se trouve être compatriote ? Il fait quasiment partie de la famille.

Peut-on diriger le pays de l’égalité et de la fraternité avec une telle finesse d’esprit ? On préfère ne pas y penser.

Merci de votre attention.

 

Brin de persil

 

A l’heure du repas, à travers tout le pays, ceusses qui incarnent la cuisine française accomplissent comme un seul homme ce geste d’une originalité suprême comme leur volaille : orner du brin de persil réglementaire le moindre mets. Une réduction de gonades en persillade, voilà ce qui leur pend au nez.

Mais revenons à nos rosbifs, moutons.

FAUT ARRÊTER, AVEC LE BRIN DE PERSIL.
Utilité ? Néant : ceux qui le bouffent cru ne se trouvent pas sous le sabot d’un steak de cheval. Il n’entre même pas dans la composition du frichti adjacent ; l’élément rapporté dans toute sa splendeur.
Frisée ou plate, la potiche n’est là que pour faire joli. Et encore, au moment du service.

Car c’est là que réside la subtilité : pour attaquer la couche inférieure, l’attablé doit retirer le papier-cadeau. Qui, de décor éphémère, devient garniture de bord d’assiette, jusqu’à ce que le serveur lance « terminé ? ». Quant à la finitude du brin de persil, tout le monde s’en fout. Il sera condamné aux poubelles du gourbi sans avoir eu l’honneur de visiter votre palais.

Songez au nombre de bouquets sacrifiés sur l’autel de cette tradition à deux ronds. Combien de farces, coulis, cassolettes, pots-au-feu, privés à la cuisson d’une telle manne ombellifère ?

Feuille de salade, fane de radis, florette de chou romanesco apporteraient une touche tout aussi verdoyante à l’ensemble.
S’il faut absolument de la couleur pour la couleur, pourquoi pas une cerise juchée sur promontoire salé, pour changer de son sempiternel gâteau ? Ou un trait de curaçao, non mais pourquoi pas hein ?

 

Chefaillons, point ne le feriez-vous pour vous-mêmes : épargnez cette faute de goût au client. Et pour l’amour de Zeus, ne confondez pas pupilles et papilles. Ou alors, renouvelez vos faire-valoir.

Merci de votre attention.

 

Que faire en cas de panne de PQ ?

 

Allez chez le voisin quémander œufs ou farine, il vous dépannera sans barguigner et à charge de revanche. Que le PQ vienne à manquer par contre et vous ne saurez plus vers qui vous tourner.

Pourtant, le produit n’est pas de consommation moins courante que les denrées comestibles ci-dessus, comme sa plaisante abréviation en témoigne. D’ailleurs la cuisson du cake peut attendre, son démoulage nettement moins.
Nonobstant le caractère d’urgence, votre amour-propre vous interdit formellement de solliciter qui que ce soit ; votre réputation en pâtirait sur le palier et au-delà. Vous préférez peut-être vous promener le slibard souillé plutôt qu’impeccablement torché ?

 

En premier lieu, il vous appartient d’inspecter l’état du stock avant vous être soulagé(e). Faute de quoi vous vous mettrez littéralement dans la merde.

Si le PQ lui-même est en panne (cas rarissime), appelez SOS PQ (0,34 € la minute, prix d’un appel local). Un réparateur agréé interviendra dans la demi-heure et décoincera le rouleau d’une seule main, l’autre lui cachant la vue de vos parties intimes.

 

Si vous êtes toujours en rade malgré ces précautions, il vous faut trouver une solution avant de ne plus pouvoir vous retenir.

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Or donc, quelle attitude adopter ?
Réagissez en inconséquent civilisé.
Plusieurs options s’offrent à vous :

 

♦  En piquer au boulot. Si l’idée ne vous a jamais effleuré, vous êtes une grande âme. Le pays a besoin de chouettes gens comme vous et ça tombe bien, les chiottes élyséennes sont toujours pourvues.
Si les distributeurs de votre lieu de travail ne délivrent qu’une feuille à la fois, autant démissionner.

 

♦  Mouchoirs en papier, essuie-tout, autant d’expédients à éliminer de suite. Quitte à vous râper le scrotum, rabattez-vous sur du papier émeri, qui vous donnera entière satisfaction.

 

♦  Comment faisait-on avant l’invention du papier toilette ? Vous avez tant de peine à l’imaginer que seule la téléportation viendra à votre secours. Si vous vous demandez comment faisait-on avant l’invention de la téléportation, un peu de papier toilette viendra à votre secours.

 

♦  Creusez le concept des toilettes sèches. La sciure de bois se charge de tout nettoyer à la place de l’eau, pourquoi pas votre séant ? En cas de lombricompostage, n’hésitez pas à expérimenter les vers, ils sont là pour ça.

 

♦  L’efficacité des sèche-mains électriques est devenue redoutable. A quand le sèche-cul électrique ? Adieu la pénurie de papier ! N’en profitez pas néanmoins pour vous faire aspirer de trop près, on vous connaît.

 

Flegme et dignité, montrez de quel bois vous vous chauffez.

 

Bactériologie

 

Le smartphone et nous, suite : quel Léonard aurait pu imaginer qu’en faisant ça avec le doigt (ou même ça), l’écran réagirait comme un fidèle toutou ? Même les plus blasés restent éberlués en secret de pouvoir à ce point commander la machine. Avec pour corollaire un état dégueulasse après utilisation.
Qu’un tel miracle côtoie l’innommable, ça ne vous débecquette pas un chouïa ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Nous l’avons tous dûment constaté, le revêtement des écrans tactiles est conçu pour n’y glisser/zoomer qu’une seule fois tout schuss. En effet, dès que vous reposez le machin à la lumière, vos empreintes apparaissent par couches superposées à faire pâlir d’envie la scientifique. Songez qu’en sus d’y mettre les paluches à longueur de journée, vous vous le collez à l’oreille. Les bactéries se mitonnent des noubas d’enfer.

 

Evidemment, la manipulation directe de jambon ou de confiture est à éviter. L’hygiène la plus élémentaire nous contraint cependant à faire place nette quasiment à chaque empoignade, grâce à des mousses de nettoyage qui valent aux fabricants des gonades plaquées or.
A croire que ceux-là sont de mèche avec les magnats de la téléphonie.

Car comment une technologie aussi avancée peut-elle encore buter sur ce hic ?

Dans votre habitacle au moins, un coup de lave-glace et ça rebrille !
(Encore que, n’exagérons rien, il reste toujours un triangle tout en bas, exclu de la course des essuie-glace ; inamovibles Bermudes dont aucun compas industriel n’est encore venu à bout.)

 

Sans doute pourra-t-on sous peu balayer l’écran et notre petit caca papillaire du même revers de main. Mais en attendant ? Gants ? Patins digitaux ? Une charlotte pour les écoutilles ?

Constructeurs, ça urge. On dit ça, c’est pour vous ; au train où vont les choses, estimez-vous heureux qu’aucun ressortissant zaméricain ne vous ait assignés en justice pour avoir contracté le coryza de son voisin.

Merci de votre attention.

 

Couvercle

 

Couvercle a beau être entré dans les mœurs, en toute logique on devrait dire couvercule. Quitte à se couvrir de ridicle.

Mais revenons à nos moutons, moutons.

On est là-dessus depuis l’apéro : aperire = ouvrir, operire = fermer. D’où l’opercule, qui maintient les denrées à l’abri des bactéries et de la lumière du jour. Frangin d’opercule, couvercle a donc rentré le bide pour ne pas faire voir son u. Les latinistes ne sont pas dupes.

 

Doit-on rappeler que le drôle naquit cooperculum, vissé sur cooperire, le préfixe se contentant de bien refermer operire basé sur l’indo-européen commun uer- ?

Quant à –culum, n’allez pas le confondre avec le diminutif à l’œuvre dans groupuscule ou pellicule – sans causer testicules. Ce petit suffixe se révèle fort pratique dès qu’il s’agit de former un nom sur un verbe : véhicule, crépuscule, tentacule

 

Et dans notre série « on ne peut pas contrefaire son ADN », l’érosion de cercle ne masquera pas plus longtemps son rapport aveuglant avec circuler, pas plus que mâle et masculin.
Y’a pas de miracle.

 

Allez hop, circulez, vous ai assez vus.

Merci de votre attention.

 

Au nom du père

 

Soyons visionnaires. On s’étrangle de moins en moins du fait que Mme Machin, lorsqu’elle épouse Tartempion, ait le choix entre garder son nom de jeune fille ou perdre son identité devenir Mme Tartempion. Dans combien de milliards d’années le fruit de leur union cessera-t-il de s’appeler automatiquement Tartempion ?

Mais revenons à nos moutons, moutons.

Article 43 de la loi n° 85-1372 du 23 décembre 1985 :

Toute personne majeure peut ajouter à son nom, à titre d’usage, le nom de celui de ses parents qui ne lui a pas transmis le sien.

A la naissance jusqu’à la majorité, avantage au père donc. Avant tout pour des raisons pratiques : madame étant en couche, c’est monsieur qui file le reconnaître.
Or contrairement à une idée reçue,

aucune disposition légale ne règle la transmission du nom patronymique à l’enfant légitime.

Mais depuis 2005 (une vibrisse de protozoaire à l’échelle de l’humanité),

un enfant dont la filiation est établie à l’égard de chacun des parents, peut porter :
soit le nom du père,
soit le nom de la mère,
soit les 2 noms accolés dans un ordre choisi par eux et dans la limite [du ridicule].

Une « déclaration conjointe de choix de nom » et emballé, c’est pesé. A défaut, le nom du père s’applique, si le couple s’est dit oui devant témoins. S’ils l’ont fait aux chandelles, et uniquement en cas de reconnaissance tardive du papa, c’est le blase maternel qui échoit à Junior. Qui le savait ?

Comme si une gamète mâle valait plus qu’une gamète femelle ! Dame Nature se bidonnerait dans les grandes largeurs.

 

Loin de toute revanchardise féministe, pouvoir choisir le nom du gniard relève de la logique pure.
Et républicaine de surcroît : liberté, égalité, fraternité. Les filles naissent libres et égales en droit à leur blaireau jules. Devraient-elles pas décider avec lui de leur lignée ?

 

Oui mais Dieu n’est-il pas le père de tous les hommes ? Nom de Dieu ! Voilà pourquoi les nanas du sexe féminin n’ont pas voix au chapitre !
Virons athées une fois pour toutes, et profitons-en pour changer de vocabulaire. Parce que prononcer a-thée (« sans dieu »), c’est encore raisonner en fonction d’une norme (« dieu ») qui manifestement n’existe pas hein.
Dans les grandes largeurs, vous dis-je.

Merci de votre attention.